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Eoliennes, la turbine à fantasmes (Episode 2) : les oiseaux et l’immobilier
mardi, 25 août 2015 / Amélie Mougey

Trop bruyants, mauvais pour notre santé, ces engins seraient aussi des tueurs d’oiseaux et des catastrophes pour la valeur des biens immobiliers. Décryptage.

Ils s’appellent « Vent de colère », « Vent debout » ou « Stop éole » et pourraient faire tourner au vinaigre la recette d’une électricité française 100% renouvelable concoctée par l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour 2050 (1). Si son scénario devenait réalité, l’éolien entrerait à 63% dans la composition d’une électricité décarbonée. La capacité installée serait alors multipliée par douze. Rien n’est gagné, les projections étant conditionnées par « l’acceptabilité sociale » de ces géants d’acier. La Fédération environnement durable (FED), qui regroupe plus d’un millier de collectifs hostiles aux turbines, se montre redoutable sur le terrain juridique. « On fait tomber près d’un projet sur deux », se félicite Jean-Louis Butré, son président. Aux yeux de ses opposants, l’éolienne est bruyante, dangereuse pour la santé, néfaste pour l’immobilier, destructrice de biodiversité… « On attaque sur tous les plans », reconnaît Jean-Louis Butré. Ces critiques sont-elles fondées ? Terra eco démêle fantasmes et nuisances avérées.

Des hachoirs à oiseaux ?

Entre 6 et 18 millions de volatiles tombés aux pieds des éoliennes en Espagne. 500—000 millions d’oiseaux tués par collision ou victimes de la destruction de leur habitat aux Etats-Unis. Et autant, sinon plus, de chauves-souris. Les bilans macabres des sociétés d’ornithologie sont relayés avec beaucoup de zèle par les antiéoliens. A contre-courant, une étude britannique publiée en 2012 dans le Journal of applied ecology constate que, une fois la machine installée, « il y a très peu d’éléments permettant de conclure à un déclin des populations » (2). En France, l’Ademe estime qu’une éolienne tue entre 0,2 et 1,4 oiseau par an. C’est 300 fois moins qu’en Espagne. Comment expliquer cet écart ? Le hic avec les éoliennes, c’est qu’on les installe de préférence dans les endroits venteux, les mêmes qu’affectionnent les migrateurs. Ainsi, « le pourtour méditerranéen est à la fois un point chaud de biodiversité (3) et une zone convoitée pour l’éolien », explique Yves Vérilhac, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui insiste : paradoxalement son association est « tout sauf antiéolien ». « Les deux sont compatibles à condition d’éviter les implantations en zones sensibles, type Natura 2000, et de prendre en compte dès le départ la biodiversité. »

Au sein du bureau d’études Biotope, c’est précisément la mission d’Arnaud Govaere. « On débute les inventaires un an en amont pour aider les maîtres d’ouvrage à réaliser le projet le moins impactant, explique-t-il. Que l’on installe des éoliennes au milieu de grandes cultures, pauvres en biodiversité, ou dans une zone humide, l’impact n’a rien à voir. » Quant aux chauves-souris, les mâts hauts doivent être privilégiés pour les protéger, « sinon les animaux tournent autour, sont aspirés par les pâles et risquent l’hémorragie ». Ces précautions respectées, les éoliennes tuent moins que les immeubles vitrés, la route ou même… les chats. « Certains parcs, en Espagne et aux Etats-Unis, étaient des erreurs », estime Arnaud Govaere. Pour limiter les dégâts a posteriori, des biologistes scrutent donc le ciel. La revue Nature raconte ainsi qu’à proximité de Gibraltar (enclave britannique dans le sud de l’Espagne) ils aident les oiseaux à traverser les champs d’éoliennes : à leur approche, ils appellent la tour de contrôle pour lui demander l’arrêt des pales. Un désastre immobilier ? Lorsqu’on est anti-éolien, on aime rappeler la décision de la Cour d’appel d’Angers. En 2010, les heureux acquéreurs d’une bergerie dans les coteaux du Layon (Maine-et-Loire) déchantent en apprenant l’arrivée d’une éolienne à moins d’un kilomètre. Les vendeurs, qui avaient jugé bon de taire cette installation, doivent verser 18 000 euros de dommages et intérêts soit 10% de la valeur du bien. Un pourcentage comparable aux 11% de décote observés au Royaume-Uni par une équipe de recherche de la London School of Economics. Mais lorsqu’on est proéolien, on réplique en citant la Cour d’appel de Nantes. En 2014, celle-ci a rejeté le recours contre l’installation d’éoliennes déposé par une habitante de Pontivy (Morbihan) au motif que l’immobilier perdrait 40%. A l’époque, contacté par Ouest France, le maire n’avait constaté aucun impact. Du Calvados à l’Eure-et-Loir, le son de cloche est le même dans les agences immobilières ayant réalisé des transactions à proximité de parcs. Parmi la dizaine contactée, aucune n’a constaté de baisse des prix. « Au contraire, jusqu’à présent les gens trouvent plutôt cela joli », confie une responsable d’agence. « On n’est pas du tout confronté à l’impact que peut avoir l’implantation d’une autoroute ou d’une ligne haute tension », renchérit un confrère. En 2009, dans le reportage de TF1 « Quand les éoliennes font chuter le prix de l’immobilier », l’assureur normand Bertrand Logéat vantait la pertinence d’une couverture proposée par MMA contre le risque de décote. Six ans plus tard, son discours est plus mesuré. « A l’échelle de mon portefeuille, nous n’avons jamais eu à utiliser la garantie éolienne. » Au niveau national, « peu de sinistres sont survenus », confirme la compagnie.

(1) A lire ici

(2) A lire ici

(3) Zone biogéographique, terrestre ou marine, possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l’activité humaine.