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La révolution à papa
jeudi, 10 juin 2004 / Arnaud Gonzague

Susan George, égérie de l’association Attac, dresse un panorama des idées "alters". Foisonnement utopique ? Que nenni : nostalgie du fordisme !

Susan George, Un autre monde est possible si..., Fayard, 289 pages, 18 euros.

Précisons-le d’emblée : un précédent ouvrage de Susan George, vice-présidente d’Attac et éminence de l’altermondialisation française, nous avait laissé un arrière-goût amer dans la bouche. Son Rapport Lugano (Fayard) était en effet une semi-fiction sous forme d’un rapport imaginaire secrètement rédigé par les maîtres du monde. Leur objectif ? Détruire la majorité de la population humaine, incapable d’avoir accès au bonheur capitaliste ! Sous couvert de dénoncer l’inhumanité des grandes organisations financières, cet exercice caricatural laissait poindre une douteuse théorie du complot, qui ne pouvait que desservir le propos de son auteur.

Pour ceux qui doutent

Dans Un autre monde est possible si..., on sait gré à Susan George d’avoir laissé de côté les audaces littéraires pour nous parler de ce qu’elle connaît. "Ce livre s’adresse aux hésitants, ceux qui doutent que l’on puisse vraiment faire quelque chose ou qui ne savent pas trop comment franchir le pas", écrit-elle. On ne saurait mieux introduire l’ouvrage, qui se présente comme un florilège vulgarisé des idées et des objectifs du mouvement : le FMI, l’OMC, la taxe Tobin, le développement durable, etc. Tout y passe.

Le Grand Soir passe à l’as

Mais stupéfaction : pas le moindre début de commencement de Grand Soir ni de lendemains qui chantent. Les idées économiques défendues confirment ce que le Nouveau Capitalisme de Dominique Plihon (Terra economica numéro 9) laissait entrevoir : l’association Attac n’est pas un groupuscule d’utopistes aux propositions farfelues. Son programme est certes ambitieux, on peut même le contester sur le fond, mais il apparaît parfaitement applicable à notre planète. La preuve : il a déjà été appliqué.

Et l’écologie, alors ?

En effet, cette soif de réglementations, cette foi dans le rôle directeur des Etats... Tout ceci n’est jamais que l’adaptation au système-monde de la pensée sociale-démocrate. Oui, oui, celle de nos papas, qui ont construit l’Europe d’après-Guerre, avec ses services publics, sa Sécurité sociale, son accès à l’éducation, à la santé et à la culture (mais sans l’écologie). La crème des alters français est tout bonnement nostalgique du capitalisme fordiste ! D’ailleurs, Susan George l’écrit : "La grande majorité du mouvement (...) propose au fond un "modèle européen" aux dimensions du monde entier". Modèle qu’elle désigne comme "l’une des plus brillantes inventions collectives depuis le début de l’histoire moderne". Si les révolutionnaires se mettent à être raisonnables, y’a plus de repères, ma bonne dame !

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