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Bientôt, les bactéries éclaireront votre ville
mardi, 30 juin 2015 / Emmanuelle Vibert

Glowee, une start-up française, travaille actuellement sur une technologie visant à allumer les vitrines des boutiques avec des micro-organismes bioluminescents. Livraison prévue à la fin de l’année.

Elles ont un temps d’avance, ces petites bestioles. Certains champignons et poissons vivant dans les profondeurs de l’océan savent en effet émettre de la lumière, sans pour autant être branchés sur le réseau électrique. Alors pourquoi ne pas utiliser la bioluminescence – la capacité qu’ont ces êtres vivants à produire de la lumière – comme une alternative à l’éclairage électrique ? C’est la proposition de la start-up française Glowee. La jeune équipe – 25 ans en moyenne – entend mettre sur le marché d’ici à la fin de l’année ses premières bactéries éclairantes. La bioluminescence est une réaction chimique au cours de laquelle la luciférine produit de la lumière au contact de l’oxygène. Elle est régie par un gène. Or, on sait déjà transférer ce gène dans un autre organisme vivant pour le rendre lumineux. En 1986, des chercheurs américains ont créé un plant de tabac brillant. En 2010, à Boston, pendant la Compétition internationale de machines génétiquement modifiées sur la biologie synthétique, des étudiants de Cambridge (Royaume-Uni) ont eux aussi tenté l’expérience. Ils ont placé des gènes de lucioles et de bactéries luminescentes dans la bactérie Escherichia coli. Et leurs fioles ont produit assez de lumière pour permettre de lire. En 2013, la start-up américaine Glowing Plant frappait un grand coup avec une campagne de crowdfunding record. Elle récoltait près de 450 000 euros en promettant de remplacer les lampadaires urbains par des arbres bioluminescents. Depuis, les fondateurs ont créé plusieurs plantes OGM luminescentes, en cours de test. Ils espèrent vite tenir la promesse faite aux contributeurs de leur campagne : envoyer des graines de plantes qui brillent.

Dissémination dans la nature

Chez Glowee aussi – qui a également, en juin, lancé un appel au crowdfunding –, on espère créer une technologie de rupture d’ici peu. Leur idée lumineuse est née en 2013 dans la tête de deux étudiantes en design aujourd’hui associées. Sandra Rey et Maëlle Chassard regardaient un documentaire sur les poissons des profondeurs. « Un an et demi plus tard, on embauchait l’équipe scientifique pour la mise en œuvre », lance Sandra Rey. Dans leur labo, les ingénieurs testent les gènes de différents organismes. Et travaillent aujourd’hui sur celui d’une bactérie marine, Aliivibrio fischeri, insérée dans une Escherichia coli. L’équipe de Glowee a aussi créé une coque biodégradable capable d’accueillir les bactéries lumineuses. Elle laisse passer l’oxygène, indispensable à la réaction chimique créant la lumière, tout en adhérant à une vitre, puisque les premiers produits sont destinés aux vitrines des magasins.

Quant aux dangers créés par la modification de gènes, chez Glowee, comme chez toutes les start-up qui manipulent génétiquement des organismes unicellulaires, on se veut rassurant. La souche d’Escherichia Coli utilisée est inoffensive, sa dissémination dans la nature ne peut avoir aucune conséquence, répète-t-on dans le milieu de la biologie de synthèse, en l’absence d’étude sur le sujet. En attendant, l’équipe de Glowee bosse dur. « On travaille sur l’intensité lumineuse, raconte Samuel Juillot, chef de projet scientifique, en faisant varier le nombre de bactéries ou en enrichissant leur milieu de culture. » A noter que les micro-organismes se nourrissent d’eau et de sucre. « On veut aussi prolonger la durée de vie de notre système, qui fonctionne pour l’instant pendant trente-six heures, poursuit-il. Et un des challenges, c’est de rendre les bactéries résistantes aux variations de température. Elles sont à l’aise autour de 25°C. Mais collées sur une vitrine en plein soleil à Marseille, il fait plus… Ou beaucoup moins, en hiver, dans le nord de l’Europe ! »

« Vide juridique »

Reste aussi la question réglementaire. « On est dans un vide juridique, souligne Sandra Rey. Des OGM sont fabriqués dans les labos pour produire des médicaments. D’autres sont utilisés en agriculture. Ces deux usages sont réglementés, mais nous n’entrons dans aucune des cases. On est en discussion avec les différents ministères concernés pour faire bouger les choses. » La jeune femme n’est pas inquiète : « On avance et le jour où notre produit sera prêt, je pense que la situation se débloquera. » Rendez-vous donc d’ici à la fin 2015 pour la mise sur le marché d’une première lampe à bactéries à la durée de vie de vingt-quatre heures. Pour 2016, l’équipe nous promet une solution pour éclairer les vitrines et, en 2017, un éclairage urbain. Le tout aux couleurs des lucioles ou poissons des grands fonds.

Glowee

Glowing Plant

Compétition internationale de machines génétiquement modifiées