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Coca-Cola retrempe-t-il dans le greenwashing ?
vendredi, 5 juin 2015 / Amélie Mougey

Une bouteille 100 % végétale, un concours design durable… après la sortie de sa gamme verte, le leader mondial des sodas multiplie les initiatives pour soigner sa réputation. A tort ou à raison ?

Après avoir glissé de la stévia, cette plante aux propriétés sucrantes, dans ses canettes pour faire virer au vert ses étiquettes, Coca-Cola s’attaque au contenant. Présentée à l’Exposition universelle de Milan, la bouteille de Coca-Cola 100 % végétale, dont le plastique est intégralement produit à partir de canne à sucre et de déchets de l’industrie sucrière, est prête pour inonder le marché américain. Dans la course à la « Bouteille plante » ou « bouteille à base de plante », le leader avait un cran de retard sur Pepsi qui avait déjà présenté dès 2011 sa bouteille 100% végétale – mais pas recyclable avec les PET, (Polytéréphtalate d’éthylène), les matières utilisées, entre autres, pour les bouteilles plastiques. La raison d’être de ces inventions : réduire le recours aux ressources fossiles et afficher des baisses d’émissions de gaz à effet de serre.

Pourtant, en France, où les « PlantBottles » de Coca contiennent déjà 30 % de fibres végétales, les ONG redoutent l’arrivée de cette grande sœur modèle. « On craint une concurrence sur l’usage des terres. Si ces produits sont indexés sur pétrole – qui sert à fabriquer le plastique – plutôt que sur les cours des produits alimentaires, on craint que les exploitants choisissent comme débouché le plastique plutôt que l’alimentation », explique Camille Lecomte aux Amis de la Terre. « Sans compter que le type d’agriculture dont sont issus les produits de base est très gourmand en terre et en eau et peut justifier le recours à des plants OGM puisque les récoltes ne sont pas destinées à l’alimentation. » L’autre problème concerne la deuxième vie de ces bouteilles. « La majorité du plastique d’origine végétale n’a pas les mêmes propriétés que le PET , si toutes les entreprises s’y mettent, ça risque de poser des problèmes de recyclabilité », poursuit Camille Lecomte. « Les systèmes de recyclage actuels n’ont pas été mis en place pour des plastiques qui n’imitent pas les plastiques actuels », confirme un article de Slate US. Dès la sortie de sa bouteille vedette, Coca-Cola a coupé court à ces critiques « L’emballage ressemble, fonctionne et se recycle comme du PET traditionnel », assurait la compagnie lors de la présentation Milan. Ce qui ne résout pas tous les problèmes. « Ils utilisent simplement des plantes pour produire les mêmes polymères que l’on trouve dans d’autres plastiques. Ce qui a zéro effets sur la pollution », estime Marcus Eriksen, fondateur de l’ONG 5 Gyres, spécialiste de la plastification des océans.

Sur un autre front du verdissement, Coca-Cola France organise en ce moment le concours du Design durable, un événement qui se tiendra le 23 juin au siège de l’entreprise avec pour maîtres-mots de cette sixième édition sont « recyclage » et « valorisation des emballages ». « Si les industriels de la boisson s’intéressent tant à leurs bouteilles c’est parce qu’ils savent que l’emballage est le principal impact de la production », décrypte Camille Lecomte aux Amis de la Terre. Rien de tel qu’une action étiquetée « durable » pour faire taire les soupçons. Dans les rangs du jury, on trouve pourtant l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Une présence qu’assume complètement Nadia Boeglin, conseillère à la présidence de l’agence qui passera en revue les dix projets sélectionnés : « Une de nos missions c’est de faire progresser l’environnement dans des territoires où il est moins naturel, chez les grandes marques de consommations courante, les leaders de la distribution… En parallèle au soutien à de très bons projets pilotes, il faut faire progresser le gros de la troupe ». Pour elle, Coca-Cola est plutôt en bonne voie. Interrogé, le groupe renvoie à ses engagements en vue de la COP21 : amélioration de l’efficacité énergétique de ses usines, investissement de millions d’euros dans la filière du recyclage, réduction du poids des emballages, signature de la charte Fret21 pour l’optimisation du transport, la compagnie est sur tous les fronts… « Du moment que ça ne nuit pas à son chiffre d’affaires », nuance Nadia Boeglin. En s’associant au projet, l’Ademe ne donne-t-elle pas au groupe de trouver une caution vert à peu de frais ? Nadia Boeglin s’en défend : « évidemment c’est plus simple pour nous de travailler avec des magasins bio, mais on fera beaucoup moins notre boulot. »