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L’« exposome » : un mot barbare, mais un atout pour les victimes des pesticides
lundi, 25 mai 2015 / Jade Lemaire

Ce nouveau concept a été introduit dans le projet de loi de santé, déjà adopté par l’Assemblée et bientôt examiné par le Sénat. Il ouvre la porte à une meilleure prise en compte des risques environnementaux pour la santé.

C’est sur la pointe des pieds qu’il est entré dans la loi de santé. Couvert par le tapage autour du paquet de cigarettes neutre, de la généralisation du tiers payant ou de l’ouverture de salles de shoot. Sous ses airs de gros mot, l’« exposome » est une petite révolution. Mais une révolution « silencieuse », précise François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.

Ce concept, tout droit importé de la recherche en toxicologie, désigne l’ensemble des expositions, sur la vie entière, y compris fœtale, à des facteurs non génétiques qui peuvent influencer la santé humaine. C’est sur cette base que se fondera désormais l’identification des risques sanitaires, ainsi que « des actions de prévention et d’information sur les risques pour la santé liés à des facteurs d’environnement », parmi lesquels les particules fines, les produits phytosanitaires, les perturbateurs endocriniens…

« Des pesticides sont pulvérisés jusque sur le linge qui sèche »

Stéphane Cottineau, avocat de la première salariée agricole victime des pesticides ayant obtenu la reconnaissance d’une « faute inexcusable » de son employeur, y voit une avancée : « Les maladies résultant de facteurs environnementaux sont une réalité qui n’avait jamais été actée par un mot. Jusqu’à maintenant, on faisait de belles phrases. Désormais, il y a une certaine reconnaissance de la chose. »

Sa cliente, Sylvie S., avait été envoyée travailler dans les vignes du château Monestier La Tour, en Dordogne, moins de vingt-quatre heures après la pulvérisation d’un pesticide, dont la notice prescrivait pourtant le respect d’un délai d’attente d’une journée. Résultats : maux de tête, vomissements et irritations de la peau. Des symptômes bien connus de l’association Générations futures, qui lutte pour la défense de l’environnement et de la santé contre – entre autres – les pesticides. « C’est une période chargée pour nous, témoigne François Veillerette. D’avril à août, nous sommes assaillis de coups de fil de gens qui se plaignent parce qu’ils ne peuvent pas sortir de chez eux. Des pesticides sont pulvérisés jusque sur le linge qui sèche… »

Car les agriculteurs et leurs salariés ne sont pas les seuls exposés aux pesticides, comme le clame encore une fois un rapport de Greenpeace paru au début du mois. Mais ils sont bien mieux protégés que les autres victimes potentielles des pesticides : les riverains et les consommateurs des produits traités. « Avec le concept d’exposome, on peut enfin imaginer prendre en compte leur cas », avance Stéphane Cottineau.

« Ce n’est pas un mot dans une loi qui va changer les choses »

C’est en tout cas le but de Gérard Bapt, auteur de l’amendement sur l’exposome dans la loi de santé. « Evaluer les risques sanitaires en se fondant sur le concept d’exposome permettra de surveiller la qualité de l’air, de l’eau, etc. en incluant plus de substances qu’auparavant, et en prenant en compte l’existence d’effets “cocktails”. Car même à faible dose un produit chimique peut altérer la santé en s’associant à un autre », explique l’élu.

La loi ouvre la porte à la généralisation et à la pérennisation d’études déjà menées dans certaines régions, comme en Midi-Pyrénées, avant de prendre des mesures plus radicales. « Mais cela aura un coût… Il y a des méthodologies à changer, des arbitrages à faire, car on ne peut pas mesurer toutes les substances chimiques à la fois », tempère Gérard Bapt.

Générations futures préfère donc modérer son enthousiasme : « Oui, c’est une révolution scientifique et sociétale, mais nous ne sommes pas nés de la dernière pluie : ce n’est pas un mot dans une loi qui va changer les choses. L’exposome ne fournit qu’un appui à des applications concrètes qui prendront beaucoup de temps à se mettre en place. »

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