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« A qui profitent les éoliennes », un docu qui manque d’air
mercredi, 6 mai 2015 / Cécile Cazenave

On attendait beaucoup de ce reportage diffusé dans l’émission « Pièces à conviction », ce mercredi sur France 3. Las, on est restés sur notre faim.

A qui profitent les éoliennes ? On aurait bien aimé le savoir. Mais, après les cinquante-deux minutes du magazine de « Pièces à conviction » diffusé ce mercredi 6 mai sur France 3, on ne l’apprendra point. Les titres qui accompagnaient le communiqué de presse étaient pourtant alléchants : « les anti-éoliens sur le pied de guerre », « les militants s’organisent », « les cadeaux de mariage de l’éolien »… Le lancement lui-même promettait du scandale : une « gigantesque arnaque » annonçait d’un ton caverneux un témoin anonyme filmé en ombre chinoise. Mais pendant plus de quarante minutes, les voitures des reporters ont beau sillonner les campagnes hexagonales, le téléspectateur n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent.

A Laramière, dans le Lot, l’anti local ne décolère pas, nous dit-on. On ne voit pas bien pourquoi puisque les élus du village qui ont voté le projet d’installation d’un parc et signé des baux avec la compagnie Eole Res qui concernaient leurs propres terrains ont été condamnés à des amendes. Le projet n’aura pas lieu. En Lorraine, pas de quoi s’exciter non plus pour l’association Les coqs sans éoliennes : la préfète a annulé le permis d’un parc qui plaçait des mâts à 200 mètres d’un cimetière de la Grande Guerre. En Picardie, l’agriculteur Charles Brueder n’avait pas lu les petites lignes du contrat. Deux ans après avoir signé le bail permettant l’installation d’un parc sur ses terres, l’emplacement des moulins à vent et leur chemin d’accès à changé. Il se sent lésé. Mais voilà, le préfet, alerté, a, encore une fois, annulé le permis de construire. Que dire du couple Henrelle, à la tête d’une ferme de 115 hectares à Voulpaix (Aisne), qui a dû résister à de nombreux coups de fil de démarchage, et même à la visite d’un commercial qui a eu le culot de débarquer à l’improviste à l’heure du dîner. Quant au brave maire d’Ablaincourt-Pressoir (Somme), il se réjouit d’avoir un nouveau terrain de boules pour les boulistes et un trottoir pour que les enfants puissent se rendre à l’arrêt de bus sans se faire écraser, cadeaux de la société Maïa Eolis pour l’implantation de cinq éoliennes. Ces mesures compensatoires – d’une exorbitante valeur de 30 000 euros – n’ont certes pas compensé grand-chose, semble-t-il, mais comme depuis 2013 les mesures compensatoires sont encadrées par le ministère de l’Ecologie, les terrains de boules gratos, c’est de toutes façon fini.

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Cette première et longue partie du reportage se mélange douloureusement les pinceaux. On pensait en apprendre sur des affaires de gros sous et c’est un pêle-mêle de plaintes bien connues. On y entend les mots « scandale environnemental » ou « pollution visuelle », rengaines servies par tous les anti-éoliens et une partie seulement des riverains – ce qui est un autre sujet, d’ailleurs. Il aurait fallu, pour le creuser, suivre le quotidien de ces maires de petites communes rurales qui hésitent et tergiversent, au moment de prendre des décisions, entre les entrées d’argent que représente l’arrivée de l’industrie éolienne pour leurs villages parfois exsangues et les craintes de leurs administrés…

On aurait pu se réjouir de la seconde partie. Qui dure hélas moins de douze minutes. Elle replonge dans les années 2000, les engagements européens pour augmenter la part des renouvelables dans la production d’énergie et la fixation d’un tarif de rachat obligatoire en France, subventionné par le consommateur d’électricité sous la forme d’une taxe, la CSPE (Contribution au service public de l’électricité). Débarquent dans un appartement sombre Yves Cochet, à l’époque député des Verts, Christian Stoffaës, ancien directeur d’EDF, Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables, filmés comme s’ils allaient nous révéler qui a tué JFK. Ils expliquent qu’il fallait rendre cette industrie attractive pour la faire démarrer, que l’éolien doit être un business, pas une œuvre caritative. Bon.

Viennent enfin quelques minutes consacrées à plusieurs capitaines d’industrie, pionniers dans les éoliennes, qui ont revendu trop chèrement leurs actions de SIIF énergies – devenu EDF Energies nouvelles – à EDF, pour la modique somme d’un milliard d’euros, par l’intermédiaire d’une holding luxembourgeoise. Cette fois, pas de doute, c’est sans doute à eux qu’ont profité les éoliennes. Mais pour cette enquête-là, il aurait fallu brasser moins de vent et plus de chiffres. Reste un débat savoureux où Fabien Bouglé, juriste, porte-parole du réseau anti-éolien Ulysse et heureux propriétaire d’un manoir normand, crie au « scandale du vent contaminé » et au « mépris du peuple » de la part de ces profiteurs qui veulent faire de l’électricité avec le vent. A ne pas manquer.