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Jean-Vincent Placé : « Je suis un des rares à assumer mon ambition d’être ministre »
mercredi, 29 avril 2015 / Laure Noualhat /

Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

Quelque peu noyée dans les intrigues politiques, la face écolo du sénateur Europe Ecologie - Les Verts (EELV) nous avait jusqu’à présent échappé. Mais il se dit un homme nouveau.

Jean-Vincent Placé, homme nouveau, écologiste pour de vrai…

Chacun sa prise de conscience. Pour ma part, c’est en travaillant avec Michel Crépeau (ancien député radical-vert), il y a maintenant vingt ans, que ma conscience écologiste s’est renforcée, mais ma vie est encore plus écolo depuis la naissance de ma fille (il y a dix-huit mois, ndlr). Pollution, alimentation, prix du bio, perturbateurs endocriniens, santé… dans tous les sujets de la vie quotidienne, je suis beaucoup plus concerné. Et je suis beaucoup plus crédible quand je parle d’alimentation depuis que je mange 100% bio et que j’ai réduit la viande rouge.

Très franchement, à quoi servent les écologistes politiques aujourd’hui ?

C’est dans les exécutifs où se trouvent des écolos qu’on voit le plus d’écologie active. Le parti écologiste a toujours son utilité, mais il est nécessaire qu’on soit attentif à la société. Il ne faut pas vouloir tout fiscaliser, tout normer. Il faut trouver un équilibre entre une écologie désirable, non punitive, pour paraphraser Ségolène Royal (ministre de l’Ecologie, ndlr), et le côté replié de ce que sont les Verts aujourd’hui.

Qu’avez-vous fait du capital engrangé lors des élections européennes de 2009, quand EELV frôlait les 16% de votes ? Comment êtes-vous parvenus à perdre vos électeurs ?

(Rires) On s’est replié sur un esprit de parti et j’y ai pris ma part. Autre raison : la vie politique française se cristallise autour de l’élection présidentielle et en proposant Eva Joly, que j’estime par ailleurs, comme candidate, plutôt que Nicolas Hulot, on a apporté une mauvaise réponse. On est dans un entre-deux particulier avec, en plus, une division stratégique. D’un côté, ceux qui veulent être aux responsabilités ; de l’autre, ceux qui veulent se rapprocher de l’extrême gauche. Je ne vois pas en quoi ce dernier point permettrait de faire plus d’écologie.

Entrer au gouvernement, en revanche, si ?

Depuis vingt ans que je fais de la politique, j’ai toujours expliqué que je voulais être aux responsabilités. Je ne m’en cache pas. On a de bonnes idées et elles peuvent être utiles aux citoyens.

On ne vous entend jamais parler d’environnement.

Pas assez, c’est vrai. On doit se recentrer sur le message. Un : on est écolo, on s’occupe de climat, de nature, de biodiversité, de santé, d’environnement, d’agriculture. Deux : on rassemble sur ces sujets, on ne stigmatise pas ceux qui ne sont pas assez écolos. Et trois : on peut être utile en construisant des tramways, en interdisant le bisphénol dans les jouets pour enfants… Bref, en prenant des décisions.

La quête d’un portefeuille ne nuit-elle pas à votre crédibilité ?

Si ! Mais j’en ai marre qu’on me caricature comme le type qui veut absolument être ministre parce que je fais partie des rares à assumer mon ambition. Manuel Valls l’a dit récemment dans une émission qui lui était consacrée : qu’est-ce que la politique sans ambition ? Il en faut, de l’ambition, pour accepter de s’en prendre plein la figure, d’être critiqué tout le temps, accusé d’avoir des arrière-pensées en permanence. Je consacre un temps fou à la politique et j’ai des convictions. Parfois, l’ambition personnelle porte l’ambition collective. Arrêtons les raccourcis. Non, je ne veux pas être ministre à tout prix. Je veux agir pour plus de politique publique écologiste. Je pose la question : que serait un responsable politique qui ne voudrait pas de responsabilités ? Il faut devenir lanceur d’alerte, intellectuel ou chercheur, ce qui est tout à fait louable, par ailleurs. Mais quand on est écolo et qu’on croit que les changements climatiques vont bouleverser le monde, il faut agir. Or, la politique, c’est agir.

Quel portefeuille souhaitez-vous ? Celui qu’on vous donnera ?

En réalité, on peut faire de l’écologie dans tous les secteurs : à l’Economie, à la Santé, à l’Education. Ce qu’il faudrait, c’est un ministère transversal, face aux finances et à l’industrie, et qui tranche en faveur de politiques plus écologiques.

Quel peut être votre poids lors de la conférence de Paris sur le climat, à la fin de l’année ?

(Il ne répond pas.)

Quelle serait votre première mesure en tant que ministre de l’Environnement ?

Fermer Fessenheim (la plus ancienne centrale nucléaire française, implantée en Alsace, ndlr). Pour moi, la politique menée manque de marqueurs environnementaux. Dans le passé, il y a eu Plogoff (projet d’implantation d’une centrale dans le Finistère, abandonné en 1981, ndlr), Superphénix (réacteur situé dans l’Isère, stoppé en 1998, ndlr)… Il existe une histoire écologique qui se raconte. Mais l’écologie n’est pas la langue maternelle de ce gouvernement.

Fermer Fessenheim… et sortir du nucléaire ?

Chaque chose en son temps. J’admire toutes les luttes antinucléaires qui ont eu lieu dans le passé. Il n’empêche, je constate que la part de cette énergie est passée de 0% à 75% en quarante ans ! On ne peut pas dire que ce soit un succès. Je ne veux pas de remerciements, mais c’est quand même moi qui ai négocié l’abaissement de la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. Aujourd’hui, une loi plafonne les capacités électriques nucléaires. Quelque part, c’est une victoire culturelle ! Bien sûr, les copains écolos disent que ça ne va pas assez loin, mais moi, je tiens compte du réel : il faut une mesure volontariste de départ. Ensuite, on avance petit à petit. La loi est une orientation, il faut que les gens se bougent ensuite. C’est à la société de s’animer sur les renouvelables, la voiture électrique, la consommation...

Depuis quinze ans, on attend toujours le fameux virage écologique.

Je crois quand même que le sujet climat fait bouger les choses. A la rentrée, TF1 va faire une grande soirée climat…

Comme en 2009, avant le sommet de Copenhague.

Je suis d’accord, le climat devrait être au cœur de nos préoccupations, tout le temps. On vit un peu le syndrome du 11 Janvier : on manifeste une fois dans l’émotion et ensuite, on reprend ses mauvaises habitudes de discorde. Bien sûr, il faut rallier les acteurs économiques, les acteurs sociaux. Mais je le redis : c’est aussi aux gens de se bouger. —

Pour aller plus loin
- Le site de Jean-Vincent Placé
- Le site d’Europe Ecologie - Les Verts
- L’article de Terra eco « Fessenheim à l’arrêt : et si on ne la rallumait pas ? »