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Y aura-t-il une mégaferme près de chez vous ?
mardi, 3 février 2015 / Karine Le Loët /

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

Ferme des 1 000 vaches, des 1 000 taurillons, des 6 000 porcs… Les projets d’élevages XXL fleurissent dans les journaux sans qu’on en garde toujours la trace. Mais combien sont-ils ? Et où en sont-ils ? La réponse en carte.



Légende :
- En vert, les élevages déjà en cours d’exploitation
- En orange, les élevages ayant obtenu les autorisations nécessaires
- En gris, les élevages en attente de validation ou encore à l’état de projet



- La ferme des 1 000 vaches : C’est en 2011 que la polémique germe au cœur de la Somme. A l’époque, la SCEA Côte de la Justice sollicite auprès du préfet l’« autorisation d’exploiter un élevage bovin d’une capacité maximale de 1 000 vaches laitières auquel est associé une unité de méthanisation de 1,489 MW » qui doit transformer les déjections du bétail en biogaz (voir « Textes officiels » sur le site de l’association Novissen). Deux ans et une enquête publique plus tard, le préfet accorde une autorisation raccourcie à 500 bêtes seulement, la surface d’épandage prévue dans le projet initial étant trop restreinte pour accueillir le lisier d’un trop gros troupeau. Malgré le blanc-seing préfectoral, les opposants restent très remontés. Parmi eux, l’asso locale Novissen (« Nos villages se soucient de leur environnement », lisez « Nos vies saines »), l’association L214 qui défend le bien, le parti Europe Ecologie - Les Verts (EELV), ainsi que la Confédération paysanne. Tous s’inquiètent de l’impact économique et environnemental et s’interrogent sur le bien-être des animaux dans ce projet qui ressemble diablement à une usine à cracher du lait. Tous voient aussi d’un mauvais œil la présence d’un patron du BTP – Michel Ramery – à la tête de l’étable. Qu’importe. Dans le secret de la nuit, 150 premières vaches sont acheminées vers la ferme et traites au petit matin du 13 septembre 2014.


- La ferme aux 1 000 broutards : En plein Salon de l’agriculture 2014, l’annonce fait tache. Un atelier d’engraissement de 1 000 jeunes bovins (limousins et charolais) verra bientôt le jour, annonçait-t-on alors. C’est sur le plateau de Millevaches (rien à voir avec la ferme !), dans le Limousin, qu’il devrait d’ailleurs prochainement accueillir ses premiers animaux. Pas de géant du BTP dans les coulisses de l’atelier, mais une cinquantaine d’éleveurs de la Creuse et de la Corrèze réunis dans une SAS et appuyés financièrement par la société Jean Rozé, filiale du groupe Les Mousquetaires. Objectif ? « Reconquérir un marché monopolisé depuis des décennies par l’Italie, où échouent l’essentiel des broutards français », précise L’Humanité. Réalisée en 2012, l’enquête publique n’aurait rien trouver à redire. La Confédération paysanne du Limousin, pour sa part, « s’inquiète d’un des conséquences de ce projet : production de viande de basse qualité destinée à l’export, dépendance des éleveurs contractualisant avec un industriel, bilan carbone catastrophique puisque les aliments seront produits ailleurs et la viande exportée, rentabilité aléatoire dépendant – entre autres – des fluctuations des prix des aliments, création d’emplois quasi nulle… » Et ce n’est pas le seul projet de ce type.


- La ferme aux 2 000 broutards : Au nord de l’Aube, sur une friche industrielle, la coopérative Cyalin envisage de construire un atelier d’engraissement de près de 2 000 jeunes bovins. Après une enquête publique bouclée en juin 2013, l’arrivée des premiers animaux est prévue pour l’automne 2015. Afin de traiter les effluents de l’élevage, une usine de méthanisation devrait là aussi être érigée.


- La ferme aux 1 500 taurillons : Dans cette ferme de Landifay-et-Bertaignemont (Aisne), on élevait jusqu’ici des poules et 400 taurillons. A terme, on laissera tomber les premières pour engraisser 1 430 des seconds (1 380 en bâtiment, 50 en pâturage). Après deux ans de bataille, la famille Carlier, propriétaire des lieux, a obtenu les autorisations nécessaires pour monter son exploitation (voir la demande d’autorisation en pdf. Mi-janvier 2015, 650 taurillons occupaient déjà les lieux, selon L’Aisne Nouvelle. Contrairement à la ferme des 1 000 vaches, cet élevage ne fait que peu de vagues.


- L’élevage aux 6 000 porcs : Cette fois-ci, c’est à Gizy – toujours dans l’Aisne – que ce projet d’élevage géant doit voir le jour. Déposé en 2007 sur le bureau de la préfecture, il prévoit d’accueillir, à terme, 6 120 porcs. Mais l’affaire commence mal pour les propriétaires. En mars 2011, le préfet signe, par arrêté, le refus d’exploitation. Car « les parcelles où l’épandage de lisier est prévu sont situées dans une zone classée vulnérable aux pollutions par les nitrates ». En clair, les nappes phréatiques locales risquent la contamination. En septembre 2013, la situation se renverse quand le tribunal administratif d’Amiens annule l’arrêté du préfet, au grand dam des élus EELV de Picardie. Contactée, la mairie de Gizy, très remontée contre la porcherie, avoue « ne pas avoir de nouvelles du dossier ».


- L’usine aux 92 000 poulets : Elles sont aujourd’hui 42 000 à se tasser entre les murs de deux hangars d’Avesnes-le-Sec (Nord). Le nombre de volailles élevées par la famille Dequeker pourraient doubler si l’Etat autorise la construction d’un nouveau bâtiment (voir le résumé non technique. Leur demande a été soumise à une enquête publique (voir l’avis en pdf) et les habitants ont pu déposer leurs doléances auprès du commissaire enquêteur en novembre et décembre. Selon La Voix du Nord, le verdict de la préfecture devrait être connu en mars.


- L’élevage aux 2 200 animaux : La ferme des 1 000 vaches ? Une broutille en comparaison du projet d’extension de l’exploitation laitière de La Tardivière, sur la commune de Monts (Indre-et-Loire), au sud de Tours. Les trois frères Beauchesne y élèvent déjà 1 500 animaux et ont demandé à la préfecture de doubler la surface de leurs installations afin d’accueillir 420 vaches laitières (contre 200 actuellement), 210 taurillons (contre 50 actuellement), 900 chèvres et 350 chevrettes. Le projet mobilise contre lui un groupe d’habitants réunis dans le collectif « Des fermes, pas des usines », soutenu par la Confédération paysanne et plusieurs partis de gauche (Nouvelle donne, Europe Ecologie - Les Verts, Parti de gauche). Ils craignent notamment un captage excessif de la ressource en eau dans les nappes phréatiques, une pollution aux nitrates et au phosphore ou encore le manque d’autonomie en aliments de cette ferme qui devra importer beaucoup d’aliments. Une enquête publique a été menée entre septembre et octobre 2014 et l’avis – favorable – du commissaire enquêteur rendu en décembre. La validation de l’extension est désormais suspendue à l’approbation du préfet.


- Le bâtiment aux 250 000 poules : A Beauval (Somme), un projet de constructions à grand gabarit a été déposé auprès des élus locaux en mai 2013 pour abriter 250 000 pondeuses, rapporte Le Courrier Picard. « Dans les deux bâtiments de trois étages à sortir de terre : un pour vivre, un pour se nourrir, un pour pondre. Production ? 70 millions d’œufs au sol par an », précise le quotidien. Le propriétaire des lieux ? Pascal Lemaire, déjà à la tête d’un poulailler bio de 18 000 poules, d’une usine de conditionnement d’œufs baptisée Œufs Europe et d’une usine d’alimentation pour volatiles, selon Le Journal du dimanche. Les riverains ne semblent pas s’en inquiéter selon Le Courrier Picard.


- La maternité aux 1 000 truies : Plantée dans le village de Trébrivan (Côtes-d’Armor), celle-là fonctionne déjà à plein régime depuis 2011. Cinq éleveurs y exploitent une maternité porcine et font sortir des entrailles de leurs mères 23 000 porcelets chaque année, souligne Libération. Pas de quoi nourrir le scandale pour les éleveurs, qui avancent une mutualisation nécessaire des coûts. Les opposants, eux, réunis au sein de l’association « Sous le vent, les pieds sur terre », mais aussi Eaux et Rivières de Bretagne, Nature et Environnement ainsi que la Confédération paysanne dénoncent les conditions d’élevage des porcs et la pollution issue des déjections des truies et de leurs petits, qui risque de contaminer les rivières alentour. Le 26 septembre 2014, ils ont obtenu du tribunal administratif la suspension d’activité de l’exploitation, aussitôt annulée par le préfet.

Et vous, connaissez-vous d’autres exemples d’élevages XXL ? Répondez-nous dans le forum en bas de cet article

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