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Après les légumes, les Gueules cassées vont vendre des camemberts moches
jeudi, 22 janvier 2015 / Claire Baudiffier

Un fromage un peu moins lisse que d’habitude ou des céréales pour le petit déjeuner aux défauts microscopiques, pour 30% moins cher que des produits classiques, ça vous dit ? C’est ce que ce collectif propose.

C’est une histoire de bon sens, qui commence il y a un an. Des producteurs du sud de la France n’en peuvent plus de jeter leurs fruits. Ils ne sont ni gâtés, ni mauvais, ils sont juste… moches ! Trop petits, pas assez ronds, pas assez rouges. Ils sont déclassés, jetés, gaspillés. C’est pour mettre fin à ce non-sens économique et écologique que naissent les Gueules cassées. « Bon à consommer, pas à jeter », « Parce qu’on a tous droit à notre jour de gloire », « Un peu moins jolis mais exquis »… Les étiquettes accrocheuses fleurissent dans les rayons des supermarchés qui veulent bien accueillir ces vilains petits canards.

« Le succès fut immédiat, explique Nicolas Chabanne, le fondateur de ce collectif antigaspi, ancien membre de la Confrérie de la fraise de Carpentras, à l’origine de l’initiative. Plus de 10 000 tonnes de fruits et de légumes ont été vendus avec cette appellation. » Le fonctionnement ? Pour les producteurs, rien de plus simple : il suffit de se connecter sur le site des Gueules cassées et de présenter son ou ses produits ne rentrant pas dans les normes. Le collectif envoie ensuite des macarons à apposer sur les fruits et les légumes. Il ne reste plus qu’à appeler les revendeurs pour leur indiquer la livraison des marchandises déclassées. « Avec le buzz et l’engouement des consommateurs que nous avons pu voir, il n’y a pas eu trop de difficultés à les convaincre. »

« Moins ronds, moins lisses, mais tout aussi bons »

Mais aujourd’hui, les Gueules cassées veulent voir plus loin en élargissant leur gamme. Et pour cela, le collectif lance un appel au crowdfunding pour financer l’entrée sur le marché de deux nouveaux produits (pour l’instant). D’un côté, des camemberts au lait cru, « un peu moins ronds et lisses que ceux que l’on a l’habitude de manger, mais tout aussi bons », précise Nicolas Chabanne. De l’autre, des céréales pour le petit déjeuner qui, là encore, ne répondent pas aux normes esthétiques… pour quelques millimètres ! A l’arrivée, cette nouvelle marque évitera de jeter un million de boîtes par an – soit 15% de la production. Camemberts et céréales seront vendus (au minimum) 30% moins cher que les produits classiques.

« Notre idée est de créer un nouveau segment économique, de redonner une valeur à toutes ces marchandises », précise le fondateur du collectif. Fruits, légumes, fromages, céréales, viande, toute notre alimentation pourrait y passer. L’objectif de la collecte ? Rassembler 30 000 euros pour élaborer le packaging et booster le marketing des camemberts et des céréales, ainsi que pour créer un site dédié et des outils de promotion et de vente. « La marque sera par ailleurs mise à disposition des fabricants qui voudraient créer une extension déclassée de leurs gammes de produits classiques. » A terme, les Gueules cassées se donnent comme objectif de sensibiliser, notamment dans les écoles, en organisant des petits déjeuners. « Et qui sait, peut-être que dans quelques années nos enfants nous demanderont pourquoi on n’avait pas pensé à faire ça avant ?, lance Nicolas Chabanne. D’ailleurs, je me demande comment on n’y a pas pensé plus tôt ! »

En attendant, le collectif reste optimiste, quelques semaines avant que Guillaume Garot, ministre délégué chargé de l’Alimentation, en mission sur le gaspillage alimentaire, ne rende ses propositions pour arrêter ce gâchis national.

Pour financer le projet, c’est ici.

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