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Noémie, 26 ans : « Avant, je ne savais que lire, maintenant, je peux construire une maison »
mercredi, 26 février 2014 / Claire Baudiffier

Depuis presque deux ans, Noémie travaille deux mois par an et vit le reste de l’année dans des communautés autonomes en Espagne. La-bas, elle se nourrit de la terre et a trouvé un rythme qui lui convient.

Faire une pause, dire stop, s’offrir une parenthèse… Vous en rêvez ? Eux l’ont fait. Et ils témoignent pour « Terra eco ». C’est le sens de cette nouvelle rubrique : « Aujourd’hui, j’arrête ».

Quel est votre parcours ?

Après des études de lettres, je suis partie en 2009 en Colombie dans le cadre d’un échange universitaire. Au retour, j’ai bifurqué vers un Master de sociologie appliquée à l’Amérique latine. L’idée était de travailler dans les métiers de la coopération. En 2012, j’ai voyagé en Espagne et suis rentrée en contact avec le mouvement des Indignés. Au retour, je me suis rendu compte que la notion de « coopération » telle qu’elle nous était présentée ne correspondait pas à l’image que j’en avais.

C’est-à-dire ?

En gros, l’idée dominante, c’est d’inculquer notre manière de vivre, de penser à des peuples que l’on estime sous-développés. Quand j’ai compris ça, je me suis dit « au secours ». Je suis par ailleurs retournée à ce moment-là en Colombie pour effectuer un stage-recherche auprès de populations vivant dans la jungle. Ces communautés sont « autonomes », pas par choix mais par obligation (loin de tout, coupées de la route…). Au retour, j’ai voulu m’orienter vers un Master recherche pour comparer la notion d’autonomie en Europe et celle d’autonomie dans ces communautés-là. Et puis, je me suis dit que c’était reculer pour mieux sauter, que si je ne quittais pas les études c’était par peur…

Quelle a été votre décision ?

J’ai décidé de vivre moi-même l’expérience de l’autonomie. Toutes mes études m’ont amenée à me dire : je veux un travail qui m’épanouisse. Seulement, le schéma classique ne me convient pas. D’un côté, le travail. De l’autre, la vie personnelle dans laquelle on se faufile seulement le soir en déconnectant du boulot me paraissait impensable. J’avais envie de produire directement ce qui allait me nourrir, pas seulement au niveau alimentaire, mais en général !

Comment est votre vie maintenant ?

Je travaille deux mois par an, l’été, où vit ma famille, en Vendée. Cela me permet de toucher entre 2500 et 3000 euros et donc de vivre toute l’année avec en moyenne entre 200 et 250 euros par mois. Sans toucher de chômage. Je vis ensuite dans ce que l’on appelle des communautés autonomes alternatives, en Espagne. Il y en a eu d’abord une près de Grenade et une autre vers Almeria. Là-bas, nous avons construit nos propres maisons. Lorsque j’y étais, nous nous nourrissions grâce au potager, au verger et au poulailler et faisions du troc pour des aliments comme le fromage (Noémie est devenue végétarienne depuis deux ans, ndlr). Nous faisions nous-mêmes notre pain. Le rythme de vie n’était imposé par personne.

Quelle a été la réaction de vos proches ?

J’ai dû me justifier souvent, expliquer ma démarche. J’ai de la chance car mes parents m’ont soutenue même s’ils ont exprimé leurs inquiétudes, que je comprends tout à fait. Mon père et sa femme sont venus voir comment je vivais. Ils ont été rassurés et se sont aperçus que dans les communautés, il y avait également des enfants, des personnes âgées…

Vous dites avoir eu à vous justifier. Quelles sont les remarques que vous avez entendues ?

Par exemple « mais comment tu vas faire quand tu auras des enfants ? » C’est drôle, car justement, quand j’aurais des enfants, je les vois davantage vivre dans ce genre d’environnement qu’à la ville ! Tous les enfants que j’ai vus dans les communautés sont très développés, débrouillards, etc. Après, j’avoue que je ne me pose pas trop de questions sur le futur. Je me dis quand même que j’aimerais peut-être un jour avoir quelque chose à moi, retaper des maisons et vivre de cette manière avec ma famille ou quelques familles, en France donc.

Les gens vous font-ils culpabiliser ?

Ici, c’est ancré dans la mentalité que si tu ne vas pas au bureau chaque jour, tu es un fainéant. Le travail est la valeur principale. Croyez-moi, travailler la terre pour se nourrir et vivre, c’est un boulot à temps plein ! C’est bien simple, avant je ne savais que lire des livres, maintenant je sais construire une maison ! Mais c’est vrai qu’on m’attend toujours au tournant, on cherche la moindre petite bête dans mes actes quotidiens, quand je suis en France notamment. Mais je ne suis pas portée par une idéologie, je ne dis pas que mon mode de vie est le meilleur, je ne suis pas une militante.

A part l’été, vous revenez souvent en France ?

Régulièrement. Grâce à cette vie, je peux me permettre ce luxe là. En ce moment, par exemple, ma mère doit être hospitalisée, je suis rentrée pour être à ses côtés. Si un ami ne va pas bien, je peux lui rendre visite et passer du temps avec lui.

Certaines choses de votre vie d’avant vous manquent-elles ?

Non pas spécialement, mais je suis contente quand je retourne à Paris par exemple. C’est les vacances à la ville en quelque sorte ! Et puis, je n’ai pas le temps d’en voir les mauvais côtés.

Quand repartez-vous ?

D’ici un mois. Je vais passer ce que l’on nomme une période d’essai dans une communauté située dans les Pyrénées espagnoles.


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