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Rennes porte la couronne
jeudi, 27 février 2014 / Nicolas Legendre

La Bretonne est la gagnante de notre palmarès. Piétonne, avec un faible taux de chômage et une vie associative dense, elle a bénéficié de choix politiques ambitieux.

C’était en 1998. Rennes venait de se doter d’un service de location de vélos dans l’espace public. Bien avant Paris – le Vélib a été créé en 2007. Une première dans l’Hexagone. La capitale bretonne se voulait pionnière, alors que la « durabilité » ne s’était pas encore imposée dans le vocabulaire politique. Seize ans plus tard, elle pointe en tête du palmarès de Terra eco. Elle brille dans plusieurs catégories majeures : taux de chômage, transports en commun, nombre d’associations… Rien de surprenant : la cité des Transmusicales rafle depuis plusieurs années les récompenses pour ses politiques sociale, environnementale et de transport.

Aux manettes depuis 1977, la municipalité socialiste récolte les fruits de choix ambitieux. La piétonisation précoce du centre-ville a anticipé le crépuscule du « tout-bagnole ». La politique de l’habitat privilégiant la mixité – 29,4 % de logements sociaux en 2009 dans Rennes – couplée à une action sociale offensive a forgé une réputation de havre quasi exempt de quartiers chauds. A l’échelle métropolitaine, le développement urbanistique « en archipel » a permis la préservation d’un corridor de verdure autour du périphérique.

Alchimie économique

Sans surprise, Daniel Delaveau, maire et président de Rennes Métropole depuis 2008, envisage l’intercommunalité comme « la coopération d’élus qui construisent ensemble un projet de développement durable avec toutes ses composantes, l’habitat, les déplacements, l’environnement, les politiques de solidarité sociale, etc. », rapportait en 2011 la revue Place publique Rennes. La mise en service d’une ligne de métro en 2002, prochainement agrémentée d’une petite sœur – dont l’inauguration est prévue en 2019 – a fait croître la part modale des transports en commun de 11 % à 17 % entre 2000 et 2007. Le Plan énergie climat entériné en 2012 prévoit une réduction de 20 % des émissions de CO2 d’ici à 2020. Le dispositif « Sortir ! », lancé en 2010, offre à plus de 20 000 bénéficiaires des tarifs préférentiels pour les loisirs, les activités sportives et culturelles. Le slogan « Vivre en intelligence » trouve un écho concret au-delà de son emphase.

Aux sources de l’alchimie : un contexte socio-économique favorable. Locomotive d’un bassin d’emploi globalement épargné par les crises ouvrières, Rennes a effectué sa mue tertiaire de longue date. Dans ce bastion universitaire, le développement des télécommunications hier et celui du numérique aujourd’hui ont fait les affaires de Pôle emploi : 8,5 % de taux de chômage au second semestre 2013, contre 10,5 % en France.

Des défis colossaux

Présentée par les élus comme un labo de la ville durable, Rennes devra cependant relever de colossaux défis dans les prochaines années. Le déclin de la filière auto, pilier local, n’a pas trouvé de réponse politique. Et des chantiers de grande ampleur devront être « cousus » géographiquement et socialement à la ville. L’écoquartier de La Courrouze doit accueillir 10 000 nouveaux habitants ; le projet d’écocité ViaSilva est censé en absorber 40 000. Les énergies vertes ne bénéficient pas d’un plan global. La voiture demeure reine aux abords de la ville… Et dans un contexte de concurrence entre métropoles, où l’on rivalise pour revendiquer l’étiquette « smart city » (« ville intelligente »), Rennes n’est plus seule au front : beaucoup d’autres veulent (et pourraient bien) prendre sa place. —



- Coups de cœur

Nantes : Capitale verte de l’Europe 2013, la ville termine 7e : un brin décevant ! Elle brille en revanche par sa transparence, avec un site open data très riche. Strasbourg est aussi performante dans ce domaine.

Angers : La capitale du Maine-et-Loire sait prendre son temps. D’ici à la fin de l’année 2014, toute la ville sera en zone 30 ou en zone piétonne ! A Paris, la zone 30 est également la règle dans 37 % des rues, soit 560 km de voirie. Chapeau !

Dijon : La ville résiste à l’agaçant potelet, ce poteau antistationnement qui envahit nos trottoirs. On en dénombre 973, contre 35 000 à Lille ! Clermont-Ferrand fait aussi dans la modération dans ce domaine, avec 2 107 potelets.


- Coups de griffe

Nice : Comme à Aix (13 %) ou Toulon (15 %), les logements sociaux ne sont pas légion à Nice (12 %). Le seuil légal était pourtant de 20 % jusqu’en 2012, année où un objectif de 25 % d’ici à 2025 a été fixé par la loi. Il y a du boulot…

Lille : Même avec Martine Aubry à la mairie, l’agglo lilloise ne brille pas par sa parité (20,5 % de femmes au conseil communautaire). Le Havre fait pire (16,6 %) et même le bon élève, Saint-Denis, n’atteint pas 50 %. Consternant.