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Baisser la vitesse sur le périph, à quoi ça sert ?
lundi, 16 décembre 2013 / Thibaut Schepman /

Non, nous n’avons pas à « sauver la planète ». Elle s’en sort très bien toute seule. C’est nous qui avons besoin d’elle pour nous en sortir.

Dès janvier, les automobilistes franciliens seront limités à 70 km/h sur le périphérique. Cette mesure ne fera que peu baisser le bruit, la pollution et les accidents. Pour l’instant.

A partir du mois de janvier, la vitesse maximale autorisée sur le périphérique parisien va être réduite à 70 km/h, a révélé Le Monde ce lundi. L’objectif ? Il est triple selon le maire de Paris qui défend cette idée depuis de nombreuses années – et fait valoir qu’il ne faudra que 2 minutes de plus pour parcourir la moitié de l’anneau. Il s’agit de réduire les trois plaies du périph : le bruit, la pollution et les accidents. Sauf qu’aucune étude sérieuse ne permet de confirmer un impact notable dans chacun de ces domaines.

- Accidents : un impact très faible

Plus les voitures roulent vite, plus il y a d’accidents. Et vice versa. Les promoteurs du périph à 70km/h s’appuient sur cette règle vérifiée dans le monde entier depuis les années 1970. Mais il ne faut pas s’attendre à des changements de taille. En effet, la vitesse moyenne est déjà de 40 km/h seulement sur cette rocade, ce qui veut dire que la plupart des automobilistes ne vont pas changer d’allure avec la nouvelle réglementation. Quant aux tronçons les plus dangereux, ils sont déjà limités à 50 km/h. Ainsi, Chantal Perrichon, la porte-parole de l’association Ligue contre la violence routière, recommande une baisse générale des vitesses sur les routes de France... mais pas nécessairement sur le périph. « Il n’y aura pas de répercussion majeure sur l’accidentalité. Avec la mise en place des radars (en 2004, ndlr), on est passé de 15 morts à deux ou trois tués par an, le périphérique est maintenant une voie sûre », indique-t-elle, interrogée par l’agence AFP.

- Bruit : un impact faible

Attaquons-nous ensuite au bruit. Selon l’association Bruitparif, l’impact de cette mesure sera « peu perceptible par l’oreille » puisque limitée à un décibel. De quoi tout de même faire passer de 37 300 à 34 100 le nombre de personnes exposées à des nuisances sonores dépassant la valeur limite de nuit, selon les calculs de l’organisme régional. L’association réclame, elle, une baisse de la vitesse limite autorisée à 50 km/h pour parvenir à une baisse audible du bruit, soit environ 3 décibels.

- Pollution : personne ne sait

Peut-on affirmer avec certitude que la pollution va baisser ? En tout cas, aucune étude sérieuse n’a été menée sur ce point, confirme Karine Léger, adjointe au directeur d’Airparif, l’organisme chargé des études dans ce domaine. Celle-ci rappelle tout de même que « l’optimum de vitesse pour lequel une voiture émet le moins de pollution se situe entre 40 km/h et 70km/h » et conclut donc : « On peut penser que cette mesure va dans le bon sens pour réduire la pollution pour les automobilistes et les 100 000 personnes qui vivent à moins de 200 mètres du périphérique. »

Pour comparaison, une étude a été menée sur les conséquences d’une éventuelle baisse généralisée des vitesses sur plusieurs axes routiers de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Résultat : une très légère hausse des émissions de benzène (notamment parce que les voitures ont roulé un peu plus longtemps) mais une très légère baisse des autres polluants dont les particules fines et le dioxyde de carbone. A titre de comparaison, la seule amélioration technologique des véhicules particuliers a fait baisser les émissions de pollution de manière bien plus importante en région parisienne. Et ce alors que la voiture idéale à 2 litres aux 100 n’est pas encore au catalogue.

- Peut-on faire autrement ?

Certains ont pensé à couvrir le périphérique. Les habitants des quartiers chics de l’Ouest parisien ont y déjà droit. Mais la mesure coûte très cher et ne permet pas de réduire, in fine, la quantité de pollution émise. « Pour réduire la pollution dans des proportions notables à l’échelle de la région parisienne, la seule solution est de réduire le trafic », assure Karine Léger. Pour ce faire, on peut continuer à réfléchir à l’avenir – voire à la mort – du périph et baisser la vitesse à 70 km/h est un premier pas. On peut aussi taxer ou interdire les véhicules polluants : l’idée a failli être expérimentée dans sept villes françaises... avant d’être jugée injuste socialement et annulée en septembre 2013. On peut aussi favoriser les mobilités douces ou développer des systèmes très efficaces et peu coûteux comme les cars pour périurbains. Et rappeler qu’en dehors du cas particulier du périph, réduire la vitesse des voitures est toujours une bonne idée.