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Varsovie : les quelques avancées de la « pire conférence sur le climat »
lundi, 25 novembre 2013 / Karine Le Loët /

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

Les 195 nations présentes au sommet sont finalement parvenues à un accord après d’âpres négociations. Peu ambitieux, celui-ci comporte néanmoins quelques points positifs. Décryptage.

Vingt-quatre heures après la fin du temps réglementaire, les 195 nations présentes au sommet de Varsovie sur le climat sont finalement parvenues à un accord samedi en fin de journée. Une feuille de route peu ambitieuse arrachée au dernier moment dans un climat tendu. En toile de fond des négociations en effet, on trouvait cette année un négociateur philippin en grève de la faim pour alerter sur l’état de son pays, un ministre de l’Environnement du pays hôte remercié ou des ONG qui quittent les négociations la veille de leur clôture officielle. Pis, au moment même où se déroulaient les discussions et à 500 mètres de là, un sommet sur le charbon était organisé par le ministre des Finances polonais. Assez pour qu’on puisse se demander comme le fait Elizabeth May, leader du parti vert canadien : Varsovie fut-elle la pire conférence sur le climat depuis le début de ces raouts climatiques ? Peut-être. Reste que cette conférence a permis d’avancer sur :

- La préparation du sommet de Paris :

Le contexte  :

Dans l’optique du grand rendez-vous sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015 et qui doit absolument voir la signature d’un nouvel accord mondial pour remplacer Kyoto, les 195 nations doivent avoir préalablement fixé leur objectif de réduction de gaz à effet de serre. C’est en tout cas ce que défend l’Europe qui craint un nouveau fiasco comme à Copenhague en 2009. Problème : l’Inde et la Chine notamment sont réticentes à un tel calendrier. Et continuent de soutenir qu’elles ont – comme les pays développés en leur temps – droit au développement sans trop de contraintes.

L’avancée de Varsovie :

Signé dans la nuit de samedi, le texte final de l’accord « invite » finalement les pays à remettre « leurs contributions bien avant » la conférence de Paris et même « d’ici le premier trimestre 2015 pour les pays qui le peuvent ». Un engagement certes, mais un engagement flou, les pays en développement ayant notamment obtenu de troquer le terme d’ « engagement » jugé trop contraignant pour celui de « contribution ». Si tout va bien malgré tout, un premier projet d’accord devrait être finalisé – comme le prévoient les règles de la convention –, six mois avant la conférence de Paris, c’est-à-dire en mai 2015. Ouf. « Juste à temps, les négociateurs à Varsovie ont obtenu assez pour permettre au processus de continuer », analyse Jennifer Morgan, du think tank World Resources Institute, à l’agence américaine Associated Press.

- La lutte contre la déforestation :

Le contexte :

Sur la table depuis 2008, Redd (« Réduire les émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts ») vise à attribuer une valeur financière au service de séquestration carbone rendu par les forêts afin d’inciter les pays en développement à les préserver. Son petit frère, Redd +, né en 2011, va plus loin en incluant, dans les critères qui ouvrent potentiellement droit à des crédits, la conservation, la gestion durable des forêts et l’amélioration de la captation du carbone.

L’avancée de Varsovie :

« Nous avons maintenant une définition complète de ce qu’est ce programme, comment il fonctionne et comment les participants seront payés », estime Pipa Elias, experte de l’Union des scientifiques concernés dans une interview au Guardian. Le 20 novembre, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège et l’Allemagne ont annoncé qu’ils verseraient 280 millions de dollars (207 millions d’euros) à Bio Carbon, un fonds chapeauté par la Banque mondiale, pour lancer le programme Redd + et encourager une gestion plus durable des sols. Surtout, les critères retenus pour attribuer l’argent des pays donateurs et le processus de versement ont enfin été adoptés à Varsovie. « Cela fait presque dix ans que les ministres travaillent à finaliser les règles qui permettront aux donateurs d’investir dans des pratiques de gestion durable des forêts dans les pays en développement et qu’ils cherchent à trouver une façon de vérifier la réduction des émissions », décrypte ainsi Paul Bledsoe, expert en énergie du German Marshall Fund interrogé par la BBC. « Je crois que cet accord est sans doute le point de réussite clé de cette conférence », a-t-il ajouté.

- La compensation des pertes et préjudices :

Le contexte : Haïti meurtrie par Sandy, une partie des Philippines dévastée par Haiyan ? Des phénomènes que les scientifiques commencent tout juste à attribuer au dérèglement climatique. Les pays en développement réclament donc des compensations. Les pays développés eux sont – sans grande surprise – réticents à l’idée d’une telle compensation.

Le résultat de Varsovie : Les pays développés ont tout simplement accepté de discuter les questions mises sur la table. Notamment le fait de coordonner les interventions, de conseiller et éventuellement de verser une aide financière aux pays meurtris par les événements météorologiques intenses. C’est le « mécanisme internationale de Varsovie ». En échange, les pays en développement ont accepté de patienter jusqu’en 2016 pour exiger des engagements précis.


Ça patine en revanche sur… le fonds vert

Le contexte  : Le principe d’un fonds d’adaptation a été adopté en 2008 (à Poznan, en Pologne) pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique. En 2009, les pays riches s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars (74 milliards d’euros) par an à ce fonds à partir de 2020. Trente milliards (22 milliards d’euros) environ avaient d’ores et déjà été versés entre 2010 et 2012 au cours d’une période dite de « fast start » (début prometteur). Sauf que depuis ce temps, les pays bénéficiaires n’ont plus de nouvelles, et ne disposent d’aucun calendrier pour les prochains versements.

Le résultat de Varsovie  : Les pays en développement n’ont pas obtenu de nouvel engagement chiffré, seulement la promesse de la part des pays développés d’une augmentation progressive des fonds et d’une plus grand transparence sur leur provenance.