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Les loups sont-ils des boucs émissaires ?
vendredi, 17 mai 2013 / Alexandra Bogaert

Le plan action loup vient d’être adopté. Il relève le seuil maximum de loups que l’on peut abattre. Mais sont-ils les seuls responsables des attaques de troupeaux ? Les chiens de compagnie aussi aiment croquer le bétail.

« On hurle au loup mais, en vérité, le pire ennemi des troupeaux, ce sont les chiens errants qui tuent beaucoup, et par jeu. » Cette remarque, je l’ai entendue à plusieurs reprises à l’occasion d’une randonnée sur le chemin de Stevenson, qui passe par les Cévennes. Les éleveurs ovins rencontrés lors de la traversée de ce parc national considéraient que les vrais coupables du massacre de leurs brebis étaient les grands méchants chiens.

A l’occasion de la promulgation, le 16 mai, par les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie du plan loup 2013-2017, qui double le quota maximal de loups qu’on pourra tuer sur la période 2013-2014 (le portant à 24) je me suis souvenue de ces paroles de bergers.

Les chiens croquent-ils le bétail ?

Cette page Facebook m’a d’abord incitée à le croire. Créée par l’association belge « la Buvette des alpages », elle répertorie toutes les attaques de chiens errants ou divagants [1] relayées dans la presse française. Constat : les attaques sont meurtrières, et touchent tous les territoires.

Pour autant, « dire que les chiens divagants* font plus de dégâts que les loups est une idée fausse véhiculée par ceux qui défendent les loups », tranche Laurent Garde, du Cerpam (Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée pour la gestion des espaces naturels par l’élevage). Ce chercheur en pastoralisme milite pour que « systématiquement, un loup se trouve face à un fusil quand il essaie d’approcher un troupeau ». Il rappelle que, dans les années 90, les pro-loups déclaraient que les chiens faisaient chaque année 250 000 victimes au sein du cheptel ovin. « Des chiffres gigantesques jamais corroborés par des études de terrain. » Lui a participé à une étude étalée de 1999 à 2008, portant sur 300 troupeaux dans des zones où il n’y a pas de loups, afin de chiffrer les dégâts réels causés par les chiens. Il en ressort que « un troupeau subit une attaque de chiens en moyenne une fois tous les cinq ans ».

Faut-il hurler au loup ?

A titre de comparaison, on compte en France environ 250 loups répartis dans douze départements et on a relevé, en 2012, 1842 attaques de troupeaux, et 5848 victimes (soit les brebis et agneaux tués, mais aussi les fausses couches provoquées par la peur et le stress des animaux qui altère la qualité de la viande). La fréquence des attaques dans ces zones est donc bien plus élevée.

Sauf qu’il est très difficile de dire si elles sont uniquement le fait des loups. Des chiens peuvent également avoir croqué le bétail. « La prédation n’est sûrement pas que due aux loups, mais chaque fois qu’il y a une attaque dans une zone à loup, il est préférable pour l’éleveur de dire que le loup est responsable de l’attaque car cela lui permet d’être indemnisé par l’Etat », explique Stéphanie Morel, chargée de mission biodiversité à France Nature environnement. En 2012, l’Etat a indemnisé les bergers à hauteur de deux millions d’euros.

Le loup a bon dos

Dans le cas où l’attaque aurait été perpétrée par un chien divagant, et qu’on en aurait la preuve, c’est à l’éleveur de retrouver le propriétaire de l’animal afin, ensuite, d’exiger une indemnisation. Une démarche longue, compliquée, aléatoire. « Et s’il n’arrive pas à identifier le propriétaire, il en est pour sa poche », poursuit-elle. Le loup a donc bon dos parfois.

Est-ce à dire que les dégâts qui lui sont attribués sont gonflés ? « On ne saura probablement jamais », estime Stéphanie Morel. Elle salue le plan d’action national loup car, en renforçant les mesures de protection des troupeaux contre les attaques des loups (présence de chiens de protection au sein des troupeaux, présence humaine accrue, regroupement nocturne des troupeaux dans des enclos fermés voire électrifiés), il les protège aussi des attaques de chiens divagants. « Ce qui, au final, bénéficiera aux loups, car on arrêtera de leur mettre sur le dos des attaques qu’ils n’ont pas commises ! »

Le plan d’action loup a avant tout pour but de faire cohabiter le loup avec l’homme, en éloignant le carnivore du gagne-pain du second. Mais le vrai défi est peut-être ailleurs, selon Stéphanie Morel : faire coexister les bergers et les touristes, vraie plaie des troupeaux lorsqu’ils s’amusent à les traverser - « parfois en quad » -, au risque d’effrayer et de disperser les bêtes. Dans ces cas-là, les humains en quête de nature, plus que les loups, sont les vraies brebis galeuses.