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A Tchernobyl, on soigne enfin les riverains
mardi, 30 avril 2013 / Novethic /

Le média expert du développement durable

27 ans après l’accident de Tchernobyl, 100 000 personnes vivent encore en zones contaminées. Un centre médical fraîchement inauguré va permettre d’assurer un suivi médical des populations.

Aujourd’hui encore, quelque 100 000 personnes vivent dans les zones contaminées par la terre ou par l’eau suite à l’accident de Tchernobyl. Les problèmes y sont nombreux, même pour satisfaire aux besoins fondamentaux d’accès à l’eau ou à une alimentation saine. La population se trouve également « confrontée à des traumatismes psychologiques sévères et on observe des conséquences sur les nouvelles générations, qu’elles aient ou non quitté les zones contaminées depuis, dues aux carences pendant l’état de grossesse des mères », rapportait ainsi Nicolas Imbert, directeur exécutif de Green Cross France et territoires au retour de son voyage sur place l’an dernier. A l’époque, il dénonçait un « suivi médico-social largement insuffisant » pour les populations et de nombreux efforts à assurer pour mettre en place « un suivi sanitaire et social de proximité » et permettre une production et une consommation de denrées alimentaires non contaminées.

Un centre médical pour le suivi des populations

Un an plus tard, qu’en est-il ? Ce 26 avril, un centre médical, financé par le Parlement européen (à hauteur de 4 millions d’euros) a été inauguré par les eurodéputées Michèle Rivasi (Verts/ALE) et Corinne Lepage (Libéraux et démocrates). Cela fait suite à un « long processus institutionnel et à l’obstination des Verts/ALE (Alliance libre européenne, ndlr) au Parlement » qui a permis l’introduction d’un « amendement demandant à ce que l’étude des conséquences de Tchernobyl et le suivi médical des victimes soit inclus dans l’assistance aux pays tiers dans le domaine du nucléaire civil (1) », souligne le groupe parlementaire vert dans un communiqué.

Le centre médical assurera un suivi médical et épidémiologique des victimes tout en leur assurant le niveau d’information et d’aide médicale nécessaires pour limiter l’impact sanitaire continu de la radioactivité dans l’environnement. Par ailleurs, pour éviter la combustion de bois contaminé, un incinérateur équipé de filtres va être mis en marche. Il empêchera la dissémination de radioactivité dans l’environnement. Enfin, une serre va permettre de cultiver des aliments sur des terrains non contaminés.

Des inquiétudes autour de l’état du sarcophage

Reste que le sarcophage de béton et d’acier qui enferme le réacteur n°4 de la centrale, construit à la hâte après son explosion en 1986, est aujourd’hui fragilisé. Il n’est pas étanche et l’on compte des centaines de m² d’interstices. « Avec le temps, sans entretien, les structures ont vieilli en se dégradant continûment, subissant en particulier l’usure par corrosion », souligne ainsi Michel Chouha, représentant officiel de l’IRSN (Institut de sûreté et de radioprotection nucléaire) pour l’Europe de l’est et l’Europe centrale, basé à Kiev. Le 12 février dernier, une partie d’un toit et d’un mur attenant au sarcophage s’ est carrément effondré sous le poids de la neige, entraînant l’évacuation de 80 personnes travaillant sur le chantier de la nouvelle arche destinée à confiner les matières radioactives et protéger le réacteur contre les agressions climatiques.

Plus de peur que de mal a cependant affirmé la porte-parole de la centrale de Tchernobyl. Trois mois plus tard, l’IRSN, qui s’était déjà exprimé en ce sens en février, confirme. « L’incident n’a causé ni victimes ni dommages à l’environnement, affirme Michel Chouha. Il n’a pas concerné directement le sarcophage mais il a naturellement soulevé la question de l’impact sur ce dernier de l’effondrement partiel de structures contigües ». De fait « un écroulement du sarcophage aboutirait à la mise en suspension de poussières radioactives qui pourraient, à nouveau, contaminer le voisinage du site », précisait l’IRSN dans un document publié à l’occasion des 25 ans de Tchernobyl) par le consortium Novarka (Bouygues + Vinci) qui doit permettre d’assurer une étanchéité totale des ruines radioactives du réacteur détruit. Cette nouvelle arche de béton et d’acier, de 108 mètres de haut (deux fois l’arc de triomphe), 162 mètres de long et de 25 000 tonnes, est prévue pour être opérationnelle en 2015, pour au moins 100 ans. Au vu de la radioactivité aux alentours immédiats du site, il faut savoir que les éléments de structures sont préfabriqués en usine, en Italie et assemblés dans une zone distante d’une centaine de mètres du sarcophage actuel. Tous les employés intervenant sur le chantier, environ 1200, sont d’ailleurs suivis individuellement et les doses radioactives qu’ils reçoivent sont mesurées.

(1) Aujourd’hui, l’investissement de l’Union dans les projets socio-économiques autour de Tchernobyl tourne autour de 10 millions d’euros, précise la Commission européenne dans un document sur son implication dans la région (« EU work on nuclear safety in Chernobyl »).


De multiples incidents à Fukushima

De l’autre côté du Pacifique, au Japon, les incidents se multiplient à la centrale accidentée de Fukushima Daïchi. Plusieurs arrêts du système de refroidissement et d’importantes fuites radioactives ont été observés, entraînant une inspection des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Celle-ci a mis en cause les progrès de Tepco et lui a demandé d’améliorer la stabilité du site. Ces multiples défaillances inquiètent le gendarme du nucléaire. Il estime en outre que le démantèlement de la centrale prévu sur 40 ans par le gouvernement japonais et Tepco sera certainement plus long que prévu.

Cet article de Béatrice Héraud a été initialement publié sur Novethic le 26 avril 2013


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