https://www.terraeco.net/Notre-Dame-des-Landes-l,49408.html
Notre-Dame-des-Landes : l’environnement en question
mercredi, 24 avril 2013 / Simon Barthélémy

Ce sera le premier aéroport labélisé haute qualité environnementale en France… mais aussi le premier bétonnage d’envergure d’une zone humide depuis les lois Grenelle.

Promis, Notre-Dame-des-Landes sera écolo, martèlent ses promoteurs : première aérogare labélisée haute qualité environnementale (HQE) en France, elle consommera trois fois moins d’énergie que Nantes-Atlantique et sera intégrée au paysage, grâce à ses toits végétalisés et ses haies de bocage reconstituées sur le parking. Mais la taille de ce dernier, véritable tirelire pour un aéroport, a fait tiquer la commission du dialogue. Notant que ses 7 000 places au sol occuperont chacune 38 mètres carrés, elle a souligné qu’« on ne peut que constater que l’obligation de rechercher une économie dans la consommation des espaces agricoles et naturels (…) n’est pas prise en compte dans le projet. Il n’est pourtant pas douteux que le maintien, même partiel, du bocage existant ait plus d’intérêt environnemental, agricole et paysager » qu’une simulation de bocage.

Tritons marbrés et loutres

La commission propose donc de réduire les surfaces aménageables de 200 hectares (sur les 1 650 de la zone d’aménagement différé) et d’en geler 250 autres « pour permettre de vérifier l’efficacité des mesures compensatoires mises en œuvre pour la réalisation du chantier ». Cet aéroport serait le premier bétonnage d’envergure d’une zone humide depuis les lois Grenelle, qui ont souligné le rôle de ces écosystèmes pour purifier les eaux, ralentir les crues et préserver la biodiversité – 100 espèces protégées, comme le triton marbré ou la loutre d’Europe, barbotent à Notre-Dame-des-Landes. Lorsque la destruction d’un tel biotope ne peut être évitée, la loi impose désormais de compenser cette perte : on recrée ou on restaure un habitat identique, deux fois plus grand et on déménage les bestioles. L’Aéroport du Grand Ouest (AGO) devait donc trouver 2 200 hectares de zones humides dans la région : pas évident. Pour contourner l’obstacle, le concessionnaire Vinci a échafaudé une méthode attribuant des « unités de compensation » (UC) en fonction des « besoins » : une prairie bocagère vaut deux UC ; un ruisseau à la qualité dégradée seulement un quart.

In fine, AGO aurait moins de terrains à acheter et à ponctionner aux agriculteurs. Oui, mais non. Le collège d’experts scientifiques réuni pour évaluer cette méthode la critique vertement. « Excessivement complexe », « peu intelligible en l’état par les citoyens », fondée sur des analyses du milieu naturel « non pertinentes » ou « insuffisantes », elle ne respecte tout bonnement pas les principes du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux Loire-Bretagne. Son échec est donc « prévisible », concluent les spécialistes. Bref, Vinci doit sérieusement revoir sa copie, et l’Etat redoubler d’attention pour que le projet final ne contrevienne pas à ses règles, notamment celles dictées par l’Europe. Une procédure de précontentieux est en effet engagée par la commission des pétitions de l’Union européenne, saisie par les antiaéroports, qui suspectent une violation possible de quatre directives, dont celle sur l’eau. Le gouvernement devait y répondre avant la mi-avril.

Voiture obligatoire

Une autre question plombe l’image écolo de l’aéroport, rappelle la commission du dialogue : les projets de tram-train et de LGV Rennes-Nantes ne disposant pas encore de calendrier précis, sa desserte ne pourrait se faire en 2017 qu’en voiture. Heureusement, les parkings seront spacieux ! —