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Le cimetière du Père Lachaise, un refuge de biodiversité au cœur de Paris
lundi, 15 avril 2013 / Elsa Ponchon /

Journaliste à Terra eco. Folle des bébés chiens, droguée au chocolat et mordue de nature.

5 300 arbres, jusqu’à 80 espèces d’oiseaux. Le cimetière du Père Lachaise, le plus grand espace vert de Paris accueille entre ses murs une grande richesse de biodiversité. Découverte de ce jardin insolite à travers des visites éducatives.

A Paris, question jardins et espaces verts, je pensais avoir fait le tour : le Luxembourg, les Tuileries, le jardin des Plantes, le parc Monceau, les Buttes Chaumont... Reste pourtant un jardin plutôt insolite : le Père Lachaise. Le cimetière parisien et ses 70 000 concessions parmi lesquelles reposent des célébrités : Molière, Oscar Wilde, Edith Piaf, Jim Morrison et cie ? Je n’y avais jamais pensé. Pourtant, ombragé par 5 300 arbres répartis sur 44 hectares, le cimetière du Père Lachaise est le plus grand et le plus végétalisé des espaces verts de Paris intra-muros. Un refuge urbain de biodiversité que l’Agence d’écologie urbaine, organisme dépendant de la Direction des espaces verts et de l’environnement de la ville de Paris se propose de faire découvrir au public dans le cadre du Plan biodiversité. Rendez-vous est pris avec Pascal Bonneau, guide conférencier, rue du Repos dans le 20e arrondissement. Au programme : balade entre les tombes à la découverte de la richesse végétale et ornithologique de ce parc insolite.

Gazouillis

Arbres nus, bourgeons rares, vent frais et pluie qui menace. Le printemps tarde à pointer le bout de son nez. Alors les oiseaux... Je me dis qu’un silence de mort doit régner dans le cimetière. « Il faut prendre le temps d’écouter quelques instants. Vous verrez que la présence animale est toute proche », murmure mon guide. Oubliez les corbeaux à l’allure lugubre perchés sur une tombe et les croassements sinistres qui donnent des frissons. Au Père Lachaise, ça gazouille de tous les côtés ! Tatati-tatati. « Une mésange charbonnière », explique le spécialiste en ornithologie. Tchif-tchaf-tchif-tchaf. « Un compteur d’écus, le pouillot véloce. » L’oreille tendue, je distingue un autre chant. Je tente ma chance : un rouge-gorge (le seul oiseau que je connaisse avec le moineau et le pigeon) ? Perdu. « Ce petit oiseau niche près du sol. Or il y a plein de chats qui rodent dans le cimetière. Il est rare d’en voir ici. Par contre, vous pourrez entendre des fauvettes à tête noire, des roitelets, des sitelles torchepots, des merles, des corneilles énumère-t-il. Il y a plus de 80 espèces ». Pour ceux qui n’ont pas l’ouïe fine, il suffit d’observer. Et pas besoin de jumelles ou de se camoufler dans un bosquet : ces oiseaux urbains sont loin d’être farouches.

Un lieu de vie

Quelque 400 espèces d’arbres et d’arbustes sont recensées au Père Lachaise : érables, frênes, marronniers, platanes, hêtres, tilleuls, acacias, sophoras, noyers… Cette végétation riche pousse autour des sépultures. Parfois dedans ou au-dessus, et offre un abri de choix. « Certaines cavités sont naturellement présentes sur les troncs. D’autres se sont formées après la chute d’une branche ou ont été creusées à coups de bec. » Sinon, pour nicher, il y a les morts aussi, enfin leurs sépultures. Les chapelles, l’arrière des tombes, les recoins des sculptures... Le cimetière regorge de possibilités. Pour nourrir tout ce petit monde, le cimetière propose des repas variés et équilibrés : petits mammifères (mulots, musaraignes) mais aussi insectes nombreux et vigoureux. Pour preuve, mon guide soulève une bûche du sol humide. Il y a du monde là-dessous : vers de terre et scolopendres, mécontents d’être délogés de manière aussi soudaine, tentent de s’échapper. Néanmoins, même les petits oiseaux font office de dîner... pour les plus gros. Pascal Bonneau marche, les sens en alerte. D’un coup, il lève les yeux sur le ciel lourd de gros nuages gris et dégaine les jumelles. « Un épervier... Non deux ! C’est formidable, s’exclame-t-il. Il est possible que ce soit le même couple que l’année dernière. C’est bon signe de pouvoir observer ce rapace, qui se nourrit notamment de petits oiseaux. Ca signifie que la chaîne alimentaire est équilibrée. Un lieu de vie à préserver. »

A l’origine, un jardin

Au XVIIe siècle, les Jésuites ont acquis un jardin de 17 hectares dans l’est parisien. Le père François d’Aix de La Chaise, dit « le Père Lachaise », confesseur de Louis XIV a largement contribué à son embellissement et à son agrandissement. Au début du XIXe siècle, plusieurs nouveaux cimetières sont créés afin de pallier le manque de sépultures dans Paris intra-muros. Le Préfet de Paris demande en 1803 à l’architecte Brongniart de transformer le domaine des Jésuites en cimetière. Ce dernier y conserve une nature omniprésente.

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