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Fukushima : la vie, deux ans après
mardi, 5 mars 2013 / Claire Baudiffier

Comment vivre avec une pollution invisible, impalpable ? Deux ans après la catastrophe, Arte pose l’œil de sa caméra sur les habitants de Fukushima, résistants ou abattus. Et signe l’un des deux documentaires de cette soirée spéciale.

Capturer l’insaisissable. Voir l’invisible. C’est ainsi que vivent les habitants de Fukushima depuis la catastrophe. Depuis ce 11 mars 2011 où le réacteur de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a explosé. Dans le documentaire Le monde après Fukushima, diffusé ce mardi 5 mars sur Arte, le réalisateur montre à quoi ressemble la vie des Japonais dans la région de Fukushima (ils sont environ deux millions et 150 000 n’ont toujours pas pu rentrer chez eux). Qu’ils soient agriculteurs, pêcheurs ou commerçants, ils passent leur temps à traquer la radioactivité, inlassablement. Cette pollution qui ne se voit pas, ne se sent pas, ne se touche pas.

On y voit cette mère de famille recevoir, au Centre de mesure d’irradiation de Nihonmatsu (situé à 50 km de la centrale), des conseils pour réduire la radioactivité à la maison. Ainsi, il faut « remplir des bouteilles d’eau et les poser aux fenêtres ou bien encore faire dormir les enfants plutôt au rez de chaussée qu’au 1er étage, et au milieu de la pièce, car c’est là que le danger est le moins important », lui explique un employé du Centre. Un peu plus loin, au cœur d’une nature sublime qui semble endormie, des enfants d’agriculteurs portent constamment autour du cou, depuis deux ans, ce dosimètre pour leur signaler s’ils se trouvent dans une zone très polluée.

« L’homme a fabriqué un monstre en prétextant la sécurité absolue »

Pour les pêcheurs, la catastrophe a entraîné la plus forte pollution maritime jamais observée. La contamination remonte des sédiments du plancton jusqu’à la chair du poisson via la chaîne alimentaire. A l’arrivée à quai, les marins mesurent toutes leurs caisses et une grande partie des poissons (ceux qui affichent plus de 80 becquerels) sont rejetés. Tepco indemnise les pêcheurs en fonction du poids de la prise remise à la mer.

Les agriculteurs, quant à eux, ne peuvent pas vendre leur production en dehors de la région. « Je hais, je déteste le nucléaire, vraiment, vraiment. Je n’arrête pas de penser que l’on a inventé quelque chose d’effroyable. C’est un vrai désastre fabriqué par l’homme. Il a fabriqué un monstre pareil en prétextant une sécurité absolue », lâche en sanglotant Mikiko Sato, agricultrice, qui en coupant quelques jonquilles dans son jardin pour s’en faire un bouquet a absorbé (en proportion du temps passé) autant que la dose admise pour un travailleur du nucléaire.

Entre les témoignages des victimes, résistantes ou abattues, et les interventions des différents experts (sociologue, médecins…), ce documentaire souligne les failles multiples dans la gestion japonaise du nucléaire, des informations cachées aux risques minimisés. Il nous fait comprendre que nous sommes entrés dans une ère nouvelle. L’ère de la radioactivité. Et qu’il ne sera jamais possible de revenir en arrière.

- Le monde après Fukushima, documentaire de Kenichi Watanabe à voir mardi 5 mars à 22h25 sur Arte.


Fukushima, le jour où tout a basculé

Pour ces deux soirées spéciales consacrées aux deux ans de la catastrophe, Arte diffuse un deuxième documentaire de la télévision publique japonaise NHK. Il retrace chronologiquement la journée du 11 mars 2011 en s’appuyant sur les témoignages d’ingénieurs et des simulations scientifiques et soulève de nombreuses interrogations techniques.

- Fukushima, chronique d’un désastre, documentaire d’Akio Suzuki et Akihiko Nakai, jeudi 7 mars à 22h50 sur Arte.


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