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Lesieur et Areva, menteurs de l’année
mardi, 13 novembre 2012 / Karine Le Loët /

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

Péché d’hypocrisie, d’ignorance, de silence… Le prix Pinocchio décerné par les Amis de la Terre récompense pour la 4e année consécutive les entreprises coupables de greenwashing.

« Aidons l’Afrique : une bouteille d’huile achetée, une bouteille envoyée ». Lesieur a le cœur généreux. C’est pour mettre des bâtons dans les roues de la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique (Somalie, Ethiopie, Kenya, Djibouti) et touche « plus de 12 millions de personnes » que Lesieur a lancé sa campagne, sur son site internet

Une goutte d’huile dans un océan de dénutrition, sans doute. Pis, pour les Amis de la Terre, un péché d’hypocrisie. Car – pas d’erreur - Lesieur appartient à Sofiprotéol, un acteur majeur sur le marché des agrocarburants. Or, leur culture grignote souvent des terres traditionnellement dédiées à l’agriculture vivrière. Les agrocarburants sont aussi suspectés de faire grimper le prix des matières premières alimentaires sur les marchés. « Entre 2002 et 2008, près de 75 % de la hausse des prix alimentaires serait en effet imputable aux mouvements financiers spéculatifs utilisant les politiques de soutien aux agrocarburants dans l’Union européenne et aux Etats-unis », soulignent les Amis de la Terre dans un communiqué. L’ONG, en partenariat avec le Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid) et Peuples solidaires a donc décerné le Prix Pinocchio « plus vert que vert » à la marque française, suivant le choix de 38 % des internautes.

Bolloré et Areva aussi épinglées

- Sur le podium, Lesieur retrouvera Bolera Minera, une joint venture formée par l’industriel Bolloré et la société minière Eramet qui remporte le prix « Une pour tous, tout pour moi ». L’entreprise est récompensée pour avoir tout bonnement fait fi du droit des communautés locales à être consultées. Celles-ci n’ont pas pu donner leur avis sur des travaux d’exploration menés par Bolera Minera pour trouver du lithium en Argentine et soupçonnés d’avoir un fort impact sur l’environnement.

- Areva l’emporte elle dans la catégorie « Mains sales, poches pleines ». Le géant du nucléaire français est ainsi salué pour ses performances sur plusieurs tableaux : refus de reconnaître sa responsabilité dans la dégradation des conditions de vie des populations vivant à proximité de ses mines d’uranium en Afrique, décès d’un de ses ex-salariés par cancer du poumon, implication possible dans un montage financier litigieux pour décrocher le marché des centrales nucléaires en Afrique du Sud.

- Et pour célébrer sa quatrième année d’existence, les organisateurs se sont fendus d’un Pinocchio d’honneur décerné conjointement à Vinci et aux pouvoirs publics russes et français. L’entrepreneur est en effet en charge d’un projet d’autoroute entre Moscou et Saint Petersbourg qui doit traverser la forêt de Khimki, berceau d’une riche biodiversité. Il est aussi coupable de « violences à l’encontre des citoyens qui luttent contre ce projet sur place. C’est une situation qu’on peut mettre en parallèle avec celle du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Dans les deux cas, Vinci est concessionnaire et s’acharne à ce que les projets se fassent », souligne Romain Porcheron, chargé de missions aux Amis de la Terre. Les pouvoirs publics sont coupables, eux, de les avoir commandés.

Les entreprises craignent le bonnet d’âne

Mais qu’en disent les intéressés ? Pas grand chose pour le moment. « Jusque là nous avons eu assez peu de retour », souligne Romain Porcheron. Seul Eramet avait contacté Les Amis de la Terre une semaine avant la remise des prix pour contester certains faits. « On essaye de tirer les choses au clair. Nous avons fait des demandes officielles d’information. Mais nous tenons à rappeler que nous ciblons justement Bollera (la joint venture détenue par Bolloré et Eramet, ndlr) pour le peu d’informations données aux populations locales », rappelle le chargé de misssion. Reste que, selon lui, « cette réaction est intéressante. Elle prouve que le prix Pinocchio est de plus en plus inquiétant pour les sociétés ». Sans doute parce qu’il fait de plus en plus d’émules : 17 000 internautes ont voté cette année pour épingler les multinationales nominées contre 13000 l’an passé.

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