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L’hôpital verdit à Plaisir
jeudi, 27 septembre 2012

Tri des déchets, réparation du matériel, vaisselle en porcelaine… Malgré les contraintes financières et sanitaires, un établissement des Yvelines montre la voie des soins responsables intensifs.

Ouverture 24 heures sur 24, équipements énergivores, produits chimiques et même radioactifs, matériel à usage unique… Ce n’est rien de le dire, un hôpital, c’est tout, sauf écolo. En France, les 3 000 établissements de santé génèrent 700 000 tonnes de déchets par an, soit 3,5 % de la « production » totale nationale. Et que dire de l’eau ? Entre 650 et 800 litres consommés par jour et par patient, contre moins de 200 à la maison ! Mais certains mouillent la blouse et commencent à faire de petites injections de vert et de responsabilité dans l’équation. C’est le cas de l’hôpital gérontologique et médico-social de Plaisir-Grignon, dans les Yvelines. Ses 1 100 salariés et ses 1 054 lits accueillent, au cœur de 25 hectares de verdure, des personnes âgées et handicapées, en hébergement de longue durée.

Dès le portail franchi, ce sont les « mauvaises herbes » qui souhaitent la bienvenue ! Car ici, on laisse vivre les pissenlits et les petites bêtes qui vont avec. Pour le plus grand plaisir des hirondelles qui nichent sous les toits. « Cela permet également aux jardiniers de manipuler moins de produits toxiques, se félicite Edouard Caron, le responsable des cours et des jardins de l’hôpital. On fait aussi du compost avec l’herbe et les feuilles coupées et du paillage avec les branches. Et quelle joie de voir fleurir des orchidées sauvages ! » Sous les bâtiments les plus anciens, datant du début du XXe siècle, les récupérateurs d’eau de pluie – longtemps inutilisés – servent désormais à l’arrosage des espaces verts.

« Comme à la maison »

Dans les murs aussi, la mobilisation est générale. Anne-Laure Riquet et Florence Martel, les directrices adjointes, ont d’abord lancé un appel aux volontaires auprès de tous les services et de tous les corps de métiers pour constituer une commission « développement durable ». Une petite douzaine de personnes lance alors des idées, tente de les rendre concrètes et fait participer les salariés… mais aussi les patients. « L’idée est de mettre en œuvre des actions précises et courtes », précisent les deux femmes. Leur directeur, Michel Dardé, leur en est reconnaissant : « J’étais intéressé par le sujet mais ce n’était pas dans mes priorités. On m’avait surtout demandé de veiller aux finances. Elles m’ont ouvert les yeux et, au final, on fait des économies : 250 000 euros par an ! »

Quand on pousse la porte des cuisines, la vaisselle en plastique a laissé place à la porcelaine et des récupérateurs de piles ont été installés au self-service. « On fait comme à la maison, mais à plus grande échelle », sourit Raphaëlle Brunie, cadre de santé et membre de la commission. Moins de déchets, moins d’achats, plus d’emplois, et au final moins de dépenses. L’affaire est bien huilée. « Le maire a été impressionné quand il a vu notre directeur lire son discours imprimé sur des feuilles de brouillon ! », s’amuse Sandrine Mincheneau, assistante à la direction générale.

Car évidemment, dans les bureaux, le papier est utilisé recto-verso, puis trié. Au fond d’une cour, l’atelier de Mohammed Bedredine accueille des patients mal en point : des fauteuils roulants usagés. L’hôpital en possède près de 500 et, quand l’un d’entre eux est hors service, il passe entre les mains du technicien : « J’ai constitué un stock de pièces de rechange gardées des vieux engins irrécupérables et j’achète des pièces neuves quand c’est nécessaire. Résultat : l’établissement qui “ consommait ” une vingtaine de fauteuils par an n’en a pas acheté un seul depuis trois ans ! »

Nichoirs à oiseaux

Et comme aujourd’hui le pli est pris, les 20 000 m2 de nouveaux bâtiments en construction seront labellisés Haute qualité environnementale (HQE). Une partie sera conçue en bois et les toits seront végétalisés. Cela suppose « un surcoût d’un million d’euros sur un budget de 8,5, mais nous avons obtenu une subvention du Conseil régional », souligne le directeur. Et tous les jours fusent de nouvelles idées. Des nichoirs à oiseaux ? Des véhicules électriques ? Des plats bios à la cantine ? « Pour l’instant, c’est le cas seulement pendant la semaine du développement durable. On aimerait le faire toute l’année, mais ça coûte encore trop cher, regrette Marie-Odile Malochet, autre membre de la commission, qui travaille à la direction des ressources humaines. En attendant, on privilégie les produits locaux, et nous sommes en pourparlers avec une association d’agriculteurs du coin qui pratique une culture raisonnée. » Raisonnée, comme la prise de conscience de l’hôpital. —

Impact du projet

1 100 salariés concernés dans un hôpital de 1 054 lits

250 000 euros économisés chaque année

- Le site de l’hôpital