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Garde la pêche de vigne
jeudi, 30 août 2012 / Miss Bouffe

La pêche de vigne, c’est l’abnégation faite fruit. La Didon des vignobles, la Judith du coteau. Car au temps des domaines viticoles plantés d’arbres fruitiers, le pêcher devait faire rempart, donner sa sève pour le bien précieux du raisin. Planté en même temps que les ceps, sensible aux mêmes conditions climatiques, apports nutritifs et maladies diverses, on le plaçait en bout de rang, où il faisait office de sentinelle. Sa sensibilité aux attaques d’oïdium permettait au viticulteur de repérer l’arrivée imminente du champignon et préparer sa vigne à résister.

A l’époque des vendanges, et parfois jusqu’en novembre, la pêche de vigne s’offrait comme un dernier nectar d’été, une ultime gorgée de soleil. Elle était laide, petite, bosselée, la peau épaisse. Mais sa chair juteuse couleur sang et son arôme intense faisaient oublier sa difformité. Le pêcher de vigne était résistant et ne demandait rien, ni soin, ni attention. Quelle fut la reconnaissance des hommes pour ces héros ? L’arrachage ! En cinquante ans, la mécanisation des vignobles a eu raison des pêches de vigne. Quelle importance, d’ailleurs, puisque, au pays de la chimie, qui a besoin d’un guetteur naturel ? Depuis trois ans, une association de sauvegarde suisse, ProSpecieRara, collecte des noyaux auprès de particuliers pour réintroduire des plants chez les viticulteurs du canton du Valais. En espérant que ces guerriers méprisés reprennent un jour souche… —