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De la Martinique au supermarché : voyage avec la banane
dimanche, 8 février 2009 / Louise Allavoine

Elle est jaune, oblongue et voyageuse. Balade entre les Antilles françaises et Dunkerque avec le fruit le plus vendu au monde.

De la Martinique à Dunkerque

Certains l’ont surnommée « l’or jaune ». Non sans raison. La banane est le fruit le plus produit et le plus exporté au monde. Sur la balance, elle pèse 115 millions de tonnes par an, dont 16 millions quittent chaque année les frontières de ces différents pays d’origine. Dégustée à raison de 8 kg par an et par Français, la banane antillaise génère 10 000 emplois directs ou indirects. Entre la Martinique, sa patrie de culture et le supermarché, elle passe entre les mains de 70 à 90 personnes.


LE SOMMAIRE

Petit plant deviendra grand - Tout commence en métropole, dans un laboratoire de l’Hérault. C’est ici que la semence du plant de banane est produite. Le « vitroplant », comme le nomment les blouses blanches, s’envole ensuite vers les Antilles, à 8 000 km des éprouvettes de sa naissance. Couvé sous serre pendant trois mois, il ne met pied en terre qu’une fois les premiers centimètres atteints. Le sol martiniquais ne demande pas d’irrigation. Le taux humidité naturel est 80%. Par contre, les plants poussent à l’engrais : 100 g par pied de banane tous les mois.

Moins de pesticides tu utiliseras - Les producteurs martiniquais ont réduit de 60% l’utilisation de pesticides entre 1996 et 2006. En moyenne, 7 kg de pesticides sont utilisés par récolte, dix fois moins qu’au Costa Rica d’après le président de l’Union des groupements de producteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique. Au cinquième mois, la jeune pousse est devenue grande et voit ses premières fleurs apparaître. Dans le trimestre suivant, à l’ombre de son film de protection plastique bleu, le fruit oblong a pris forme. L’heure de la coupe a sonné.

La récolte, instant clé - Le geste doit être ferme et précis. D’un coup de coutelas en haut du régime, 30 kg de bananes encore vertes tombent. Plus loin, dans le hangar, elles sont lavées à l’eau salée, triées, découpées et rincées. Les plus jolies sont entreposées dans les boîtes de la gamme « planteur », les autres, dans celles estampillées « premier prix ». Les cartons accueillent 20 kg de bananes. Trop, c’est une perte pour le planteur, pas assez, ce n’est pas réglementaire.

Cap sur la métropole - Le mercredi, c’est jour de livraison. Les producteurs rassemblent leurs cartons sur les trois plateformes « d’empotage », ultime étape avant le départ pour le port. Les palettes sont placées dans des conteneurs réfrigérés où la température est maintenue à 13°C, pour ralentir la maturation. Le lendemain, ils sont chargés par des « cavaliers » sur le Fort Saint Pierre, dans le port de la capitale. Ce géant de 197 m de long peut accueillir 2 260 conteneurs de 10 à 20 tonnes chacun. Le vendredi, le capitaine met le cap sur la métropole avec la production d’une semaine entière.

L’arrivée à Dunkerque - Après dix jours de mer, le porte-conteneurs rejoint Dunkerque, le port d’attache de la banane antillaise. Chaque année, 400 000 tonnes du fruit made in outre-Mer débarquent ici. Des dizaines de palettes sont entreposées dans l’entrepôt Banalliance, l’une des deux entreprises spécialisées dans la banane. Le fruit y est une nouvelle fois palpé, scruté et trié. Les bananes trop molles ou trop jaunes sont détruites, les autres chargées dans un 22 tonnes. Le poids lourd prend ensuite la direction de Rungis, au sud de Paris.

Le réveil à 18°C - Dans un entrepôt de l’entreprise Fruidor, la banane verte va maintenant subir un traitement de choc : le mûrissage. De 13°C, la température passe à 18°C et de l’éthylène, un gaz naturel, est insufflé par les turbines. Le fruit a cinq à six jours pour passer au jaune. Puis, cap sur le supermarché. La banane y est vendue 1,50 euros le kilo en moyenne, selon le prix étalon établi par Aldi, le puissant distributeur allemand. Finalement, 50 centimes reviennent aux producteurs, 25 aux mûrisseurs et 75 aux distributeurs.

 Chez le géant Chiquita - Pour s’imposer en Amérique latine, la multinationale nord-américaine Chiquita n’a pas hésité à soutenir des mouvements armés. Le leader mondial du marché de la banane a reconnu avoir versé, entre 1997 et 2004, 1,7 million de dollars aux Autodéfenses unies de Colombie, une milice d’extrême droite. Pour redorer son image, l’ex-United Fruit Company a mis un peu de vert dans ses fruits en obtenant la certification de l’ONG Rainforest. Mais dans ses plantations, les bananes se ramassent toujours à la chaîne.

Bataille Dollars contre Euros - Dans la guerre commerciale qui se joue autour de la banane, les coups pleuvent. Aucun des deux blocs, euro et dollar, ne veut lâcher ce magot de plus de 6 milliards de dollars. Le billet vert bénéficie néanmoins d’une certaine avance grâce au soutien des multinationales américaines (Chiquita, Del Monte et Dole). Grâce à des coûts réduits, des techniques agricoles intensives et des bas salaires, elles affichent un prix cassé : autour de 1,20 euros le kilo. Face à elle, la "banane euro", entre 1,50 et 2,50 euro le kilo, ne représente que 16% de l’approvisionnement.

Les blocages de l’équitable - En France, la banane équitable est un mets rare. En 2007, 7189 tonnes ont été distribuées, ce qui représente tout juste 1% de la consommation nationale. La banane équitable coûte, dans un supermarché parisien, 2,50 euros le kilo. Mais ce prix garantit-il un meilleur profit pour le petit producteur ? Selon Solveig Roquigny, doctorante au Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad), certes le producteur gagne mieux sa vie car sa caisse de bananes lui rapporte deux fois plus que s’il l’avait vendue sur une filière conventionnelle. Mais sa marge est presque équivalente à d’un producteur non labellisé. Dans les deux types de filières, ce sont les grandes surfaces qui mènent la danse commente la chercheuse.


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