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Topinambour, star inconnue
jeudi, 26 janvier 2012 / Miss Bouffe

C’est une histoire d’amour et de haine. Son surnom, « l’artichaut du pauvre », dit déjà sa destinée. Quand, au XVIIe siècle, les explorateurs français rapportèrent le topinambour du Canada, ils firent le bonheur du bas peuple, qui ne pouvait se payer d’artichauts, arrivés d’Italie et vendus à prix d’or. Or, les deux légumes ont sensiblement le même goût. Celui des riches craint les climats rigoureux. Celui des pauvres pousse comme du chiendent, qu’il vente, pleuve ou gèle. Il en devint une vedette des temps de disette et de guerre. Mais les abus de topinambour laissèrent des séquelles. « On ne s’intoxique pas, mais il fait vraiment péter », précise Philippe Marchenay, du laboratoire d’éco-anthropologie du Centre national de la recherche scientifique.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on décida de l’oublier et il rejoignit les rangs des « légumes anciens ». « Comme ce légume n’intéresse personne, il n’a pas subi d’amélioration, ni de sélection : il demeure très rustique », ajoute le chercheur. Sa robustesse et ses réserves de glucides auraient pu faire sa fortune. A la fin des années 1990, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie se fendit d’une étude sur le potentiel énergétique de ses fanes. Et en matière d’agrocarburant, le ministère de l’Agriculture de l’Ontario (Canada) le voyait rivaliser avec la betterave ! Las, les labos se fichent aujourd’hui du tubercule. Mais il est timidement revenu sur les étals des marchés, où on le trouve… à prix d’artichaut !