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Etats-Unis : les idées ni vertes ni mûres des républicains
vendredi, 6 janvier 2012 / Anna Baldacchi

Fin 2012, l’un d’entre eux affrontera Barack Obama dans la course aux présidentielles. Leur programme, en matière d’écologie, réserve bien des (mauvaises) surprises.

Parmi les candidats à la primaire républicaine dans l’Iowa – primaire qui doit désigner d’ici juin celui qui affrontera Barack Obama à l’élection présidentielle américaine de novembre 2012 –, un seul croit que le réchauffement climatique existe et est causé par l’homme. Jon Huntsman a même osé le dire, non sans gêne semble-t-il, sur twitter :

Cet aveu ne lui aura pas vraiment réussi : crédité de 2% des voix, le candidat malheureux se retire de la course avant même le premier scrutin de l’Iowa, mardi 3 janvier.

Si le changement climatique ne fait globalement plus de doute chez nous, il est loin d’être un présupposé admis de tous outre-Atlantique. Et surtout pas dans le camp de la droite républicaine du – désormais – second pays le plus pollueur du monde. En témoigne un sondage de Public policy polling qui, dans l’Iowa encore, montre que 21% seulement des électeurs républicains croient au réchauffement climatique et 35% à la théorie de l’évolution.

A l’échelle des Etats-Unis, un autre sondage du Pew research group estime que le nombre de personnes qui croient en le réchauffement climatique est passé de 79% en 2006 à 59% en 2010. Il est bien loin, le temps du buzz autour du film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, écrit le New York Times. Avant de résumer : « Aux Etats-Unis, l’aile droite du parti républicain a réussi à faire du climato-scepticisme un argument électoral, formant avec l’anti-avortement et le droit au port d’armes un improbable trio. » Top 6 des candidats les moins écolos du monde :

Rick Perry, ou la planète entre les mains de Dieu

Rick Perry ne croit pas en la responsabilité de l’homme dans le changement climatique, « théorie scientifique qui n’a toujours pas été prouvée et est de plus en plus remise en question », dit-il. Rien de très original jusqu’ici. Même si le gouverneur du Texas, arrivé cinquième dans l’Iowa avec 10% des voix, va un poil plus loin en accusant nombre de climatologues de manipuler les données pour continuer à percevoir leurs subventions de recherche.

Mais son originalité est ailleurs. Elle réside peut-être dans les solutions inspirées qu’il propose pour affronter certaines crises écologiques. En avril dernier, il fait ainsi face à la sécheresse qui ravage son Etat en ordonnant très officiellement trois jours de « prière pour la pluie ».

L’homme pieu n’en était pas à sa première illumination. En 2010, suite au désastre écologique causé par la fuite d’une plateforme pétrolière BP dans le golfe du Mexique, il recommande de ne surtout pas mettre un terme à l’exploitation de l’or noir, décision qui causerait « un grand danger pour l’économie américaine ». Pour cause : l’explosion pourrait être « un acte de Dieu ». « De temps en temps, il y a des choses qui se passent, qui sont des actes de Dieu, et que l’on ne peut éviter », explique-t-il, fataliste.

Rick Perry a également lancé une action en justice pour empêcher l’EPA – la grande Agence de protection de l’environnement américaine –, de limiter les émissions de CO2 des centrales à charbon et des raffineries. Il évoque brièvement le sort qu’il réserve à cette agence dans cette vidéo, où on le voit par ailleurs saisi d’un sérieux trou de mémoire en plein débat télévisé. Mais quel est donc ce ministère que j’avais prévu de zigouiller ?

Ajoutons enfin, au palmarès de notre « winner » du Top 6 républicain : sa croisade pour l’enseignement du néo-créationnisme à l’école publique ; ses efforts pour relancer la construction des centrales à charbon ; ou encore l’extension d’un site de stockage de déchets nucléaires dont le propriétaire, milliardaire, a offert 1,2 million de dollars (936 000 euros) pour soutenir sa campagne électorale, selon un article de Bastamag.

Avec Rick Santorum… tous au charbon

« Le réchauffement climatique n’existe pas. C’est juste une excuse pour imposer plus de contrôle gouvernemental… », a déclaré en juin cet ancien sénateur de Pennsylvanie, qui a bâti sa réputation sur son rejet du mariage homosexuel et de l’avortement (même en cas de viol). Encore illustre inconnu il y a quelques semaines, il est arrivé second du scrutin de l’Iowa - à huit voix prêt du vainqueur…

(Rick Santorum à droite. Crédit photo : Steve King for Congress)

Fan de développement du charbon, Rick Santorum s’est dressé contre la tentative de l’EPA de limiter les émissions de mercure des usines à charbon, l’accusant d’adhérer à une philosophie ainsi résumée : « Nous détestons le charbon, nous détestons les énergies fossiles, nous détestons les ouvriers américains qui y travaillent. » L’agence se fondait pourtant sur une étude qui, au terme de vingt ans de recherche, a estimé que cette réglementation permettrait d’éviter 11 000 morts prématurées et 130 000 attaques d’asthme par an.

Pas de jaloux, Rick Santorum est également un fervent défenseur du pétrole, des pipelines et des exploitations de gaz à fracturation hydraulique, marchant vent debout contre ces « écologistes radicaux qui refusent la production énergétique ». Et qu’on ne vienne pas dire que ces positions ont un lien quelconque avec ses activités de consultant chez Consol Energy Inc, une des plus importantes sociétés d’exploitation du charbon aux Etats-Unis : il les arborait bien avant d’obtenir ce « job ».

Michele Bachmann, sauveuse de l’ampoule à tungstène

Arrivée dernière au scrutin de l’Iowa avec 5% des voix, Michele Bachmann, Sarah Palin bis, s’est récemment enflammée pour une cause honorable : la sauvegarde des ampoules à filament de tungstène. Ces bonnes vieilles ampoules, datant du temps de Thomas Edison, sont en effet menacées par une réglementation – signée par George Bush – qui leur reproche d’être trop dépensières en énergie. L’élue du Tea party, qui n’a cure de ces considérations écologiques, brandit en guise de défense son patriotisme (c’est une invention américaine), la tradition (n’illuminent-elles pas les foyers à Noël ?), et les libertés individuelles. En 2008 déjà, elle déposait un texte de loi intitulé « la liberté de choix des ampoules ».

Michele Bachmann a un autre grand cheval de bataille : s’opposer à la lutte contre le réchauffement climatique. Avec un argument choc : ce dernier est tout bonnement faux car, comme chacun sait, « le dioxyde de carbone est un sous-produit naturellement présent dans la nature ». Et de toute façon, nul besoin de vouloir sauver la planète, puisque « nous savons tous que quelqu’un l’a déjà fait il y a 2 000 ans ». Pas d’inquiétudes donc.

Ron Paul explose le ministère de l’énergie

A l’inverse de Rick Perry, Ron Paul a le mérite de se souvenir de quels ministères il souhaite se débarrasser. Parmi ceux-ci, celui de l’énergie. Mais aussi ceux de l’éducation, du commerce, de l’aménagement du territoire et de l’intérieur. En image, ça donne :

L’élu texan, du parti libertarien (slogan : « un maximum de liberté, un minimum de gouvernement »), est arrivé troisième des primaires avec 21% des voix. En 2009, il avait qualifié le réchauffement de « plus grand canular depuis de nombreuses années ».

Mitt Romney fait flip flop

Mitt Romney, ex-gouverneur du Massachussetts, est le vainqueur du caucus de l’Iowa. Considéré comme plus modéré que ses adversaires, il est aussi célèbre pour ses changements d’avis étourdissants.

Ainsi, en juin dernier, Mitt Romney prônait la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En août, le voici soudain pris d’un sérieux doute : « Mon opinion est qu’on ne sait pas ce qui cause le changement climatique », dit-il. Du coup, « l’idée de dépenser des milliards et des milliards de dollars pour essayer de réduire les émissions de CO2 n’est pas une bonne solution pour nous. »

S’il était président, Mitt Romney développerait « de manière agressive le gaz et le pétrole », ferait tout pour utiliser les ressources en charbon de son pays, et se concentrerait sur l’une de ses priorités, le nucléaire.

Newt Gingrich au milieu de ses puits de pétrole

Ici aussi, la volte-face est érigée en art de la campagne électorale. Il y a quelques années, cet ancien président de la Chambre des représentants poussait explicitement à agir contre le changement climatique, au point d’enregistrer une déclaration commune avec la démocrate Nancy Pelosi pour sensibiliser l’opinion à cette question. « C’est probablement la chose la plus stupide que j’ai faite ces dernières années », confie-t-il aujourd’hui.

Autre preuve, s’il en faut, de son revirement : en 2010, dans son ouvrage Pour sauver l’Amérique : il faut stopper la machine laïco-socialiste d’Obama, il évoque « l’apocalyptique théorie du changement climatique », qu’il attribue à « l’écologisme de gauche, synonyme de fortes taxes, de bureaucratie, de destruction d’emplois et de gouvernement centralisé ».

Pendant sa campagne, Newt Gingrich a quelque peu surpris en proposant – entre autres idées lumineuses – de faire travailler les enfants pauvres. Sur le plan énergétique, il ne cache pas non plus ses ambitions : « Si nous étions un pays sérieux, nous ouvririons assez de puits de pétrole pour faire effondrer les cours mondiaux. »


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