https://www.terraeco.net/spip.php?article40421
Durban : Tout ça pour quoi ?
dimanche, 11 décembre 2011 / Sophie Ribstein /

Correspondante de « Terra eco » en Afrique du Sud.

Les négociations se sont poursuivies jusqu’au bout de la nuit de samedi à Durban, soit avec 36h de retard sur l’horaire prévu. Pour quels résultats ?

On y croyait presque plus. Les négociations marathon ont duré 14 jours et se sont achevées avec 36h de retard. Les délégués auront passé deux nuits blanches pour parvenir à se mettre d’accord. « Quelque part, si tout le monde a joué les prolongations, ça montre bien qu’il y a une vraie volonté de chacun pour tenter d’enrayer le réchauffement climatique », confie, les yeux cernés, Tosi Mpanu Mpanu, le négociateur du groupe africain à la clôture de la conférence.

En venant à Durban, l’Union européenne souhaitait prolonger le protocole de Kyoto, signer une nouvelle période d’engagement. Bruxelles voulait aussi voir la mise en route d’un accord global juridiquement contraignant. C’est bien autour de la proposition des 27 de l’UE que les négociations se sont jouées. A l’arrivée, l’accord de Durban n’est pas aussi ambitieux, mais il pose les bases futures d’un régime où tous les états devront s’engager à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre. Une première dans l’histoire des négociations climatiques.

Nouvelle échéance : 2015

Les 194 états présents se sont entendus sur une feuille de route qui doit mener à un nouvel accord mondial. Ce texte devrait être signé en 2015, puis entrer en application en 2020. La Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie, et le Japon, les cinq plus gros pollueurs de la planète, ont accepté de faire des concessions. Mais attention, pour l’instant, aucune promesse. Dans l’accord, aucun pays ne s’engage à baisser encore plus ses émissions de CO2. Les années à venir vont être déterminantes pour définir le niveau d’ambition de chacun. L’objectif reste de limiter le réchauffement climatique de la terre à 2 degrés, même si les scientifiques assurent que les promesses sont très insuffisantes. Selon les experts, les engagements pris ne représentent que 60% des réductions qui seraient nécessaires pour tenir le cap en 2020.

Kyoto pas enterré

Par ailleurs, le protocole de Kyoto est prolongé. Le seul traité international qui contraint une quarantaine d’états industrialisés à baisser leurs émissions, n’a pas été enterré. Les pays en voie de développement ont insisté pour qu’il reste vivant après 2012, au nom de la responsabilité historique des nations développées qui ont pendant des dizaines d’années émis du C02 dans l’atmosphère. Mais, à l’arrivée, on ne sait pas vraiment encore ce que ces états vont faire. Ils ont jusqu’au 1er mai 2012 pour annoncer leurs intentions. L’Union européenne, ainsi que certainement la Norvège et la Suisse veulent s’engager dans une seconde période du protocole de Kyoto. C’est moins sûr pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces pays rejettent environ 16% des émissions mondiales. Le Canada, la Russie et le Japon ont fait comprendre qu’ils ne veulent plus s’engager. La durée de la prolongation reste aussi floue. Ce sera soit jusqu’en 2017, soit jusqu’en 2020.

Un Fonds vert enfin concret ?

Le fonds vert a aussi pris forme à Durban et a été officiellement créé. Il s’agit d’aider les pays les plus vulnérables à mieux faire face aux conséquences du réchauffement. On sait désormais que pendant une période transitoire, il sera géré par le Fonds mondial de l’environnement et par le secrétariat de la convention. Son conseil d’administration sera composé de 20 membres choisis entre les émergents, les pays industrialisés et les plus pauvres. Par contre, les ONG fulminent. « Ca reste une coquille vide, on ne sait pas comment le fonds sera financé. Il n’y a pas eu d’accord sur les financements innovants comme sur la taxe sur les transactions financières dont on parlait pendant le dernier G20, la taxe sur les transports maritimes et aériens n’apparaît pas non plus », constate déçue Anne Chetaille, porte-parole de coordination Sud sur les questions climatiques. Alors pour beaucoup, si on a sauvé Durban à la dernière minute, l’accord reste insuffisant. « Il faut faire plus, beaucoup plus ! », admet Connie Hedegaard, la commissaire européenne en charge du climat.