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Guerre biologique contre la mafia
jeudi, 6 septembre 2007 / Anne Daubrée , / Massimiliano Verdino

En Italie, l’agriculture bio prospère sur les terres des familles mafieuses. Confisquées par la justice, celles-ci ont été confiées au mouvement Libera du prêtre Don Luigi Ciotti.

Des pâtes aux cerises. A Turin, dans le nord de l’Italie, au restaurant De Amicis, les aliments sont placés sous le signe du bio et de la lutte anti-Mafia. Les cerises sont originaires de la région piémontaise. Les pâtes sèches, elles, ont traversé toute la péninsule. L’ingrédient de base – le blé – a poussé sur un domaine confisqué à la Mafia par la justice et confié à des coopératives à but social. Aujourd’hui, cinq d’entre elles exploitent plusieurs centaines d’hectares. Elles y récoltent des tomates, y fabriquent de la farine de pois chiche ou des confitures d’agrumes. Le tout est estampillé bio et produit notamment avec l’aide d’anciens toxicomanes.

« Nous luttons pour que la société civile se réapproprie les terres de la Mafia. La réinsertion des personnes en difficulté et le choix de l’agriculture biologique répondent à un souci d’exemplarité », explique Francesca Rispoli, l’énergique porte-parole piémontaise de Libera. Cette association est la tête de réseau de toutes les organisations luttant contre la Mafia. Sa stratégie : frapper les organisations criminelles au portefeuille.

« Dans ces régions, c’est la Mafia qui fournissait du travail. Les habitants, fortement touchés par le chômage, ne comprenaient pas pourquoi les terres saisies par la justice restaient souvent à l’abandon. Mais à présent, la loi 109/96 autorise des associations à vocation sociale à gérer ces biens », ajoute Francesca Rispoli. Le vote de cette loi, en 1996, fut d’ailleurs la première victoire remportée par Don Luigi Ciotti, le fondateur de l’association. C’est en 1995 que ce prêtre, qui a vécu trois ans dans la rue avec des marginaux, s’est lancé un défi : fédérer les énergies de tous ceux qui, dans la société civile, s’élèvent contre la Mafia.

Multiples tentatives d’intimidation

Depuis 1990 et la condamnation à la prison à vie de vingt des siens, la Cosa Nostra s’était engagée dans un bras de fer avec la justice. Ses répliques furent parfois sanglantes, comme lors des assassinats des juges anti-Mafia, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Mais la société civile italienne refusa de se laisser faire. Et douze ans après sa création, Libera fédère plus de 1 200 organisations, associations locales, écoles, syndicats ou institutions. Le réseau lutte sur tous les fronts, de la connaissance du phénomène mafieux au travail de mémoire autour des victimes. Cependant, la réappropriation des biens mafieux par la société civile demeure une priorité. Et ce, d’autant que les organisations criminelles ne désarment pas.

En effet, si la surface des terres confiée à des associations grandit, le réseau de Libera fait face aux constantes tentatives d’intimidation des familles mafieuses. Début juillet, un mystérieux incendie a détruit quatre hectares de cultures de lentilles cultivés par Lavoro e non solo en Sicile. Le mois précédent, ce sont 700 des 1 000 pieds de vigne tout juste plantés par la même coopérative qui ont été saccagés. En Calabre, en juin, les membres de l’association Valle del Marro ont retrouvé leurs outils disposés en signe de croix : un symbole de mort, dans le langage de la ‘Ndrangheta, la mafia locale. Au-delà de cette mise en scène macabre, 50 000 euros de matériel ont été détruits. A chaque mise en garde, Libera mobilise son réseau, organise des manifestations de soutien. Et cet été, comme tous les ans, près de 400 étudiants américains sont venus participer bénévolement aux travaux des champs.—

- Le site de l’association Libera


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