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Lagardère : une ligne très politique
jeudi, 4 janvier 2007 / David Garcia

Un coup à droite, un coup à gauche. Les succès industriels du groupe Lagardère reposent aussi sur ses relations étroites avec le pouvoir politique.

Jean-Pierre Elkabbach : Allo Nicolas ?

Nicolas Sarkozy : Oui, Jean-Pierre.

Jean-Pierre Elkabbach : Je me disais pour la musique, là, je passe plutôt Whitney Huston ou Maria Carey ?

Nicolas Sarkozy : Barbelivien.

Jean-Pierre Elkabbach : D’accord, très bien Barbelivien, je vais le passer ! Mais c’est pas toi qui me l’as dit !

Diffusé le 22 février 2006, ce sketch des Guignols de l’info parodie les informations publiées le même jour dans le Canard enchaîné. L’irrévérencieux palmipède révèle que le président d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach, a consulté Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, au sujet du recrutement d’un nouveau journaliste politique en charge de... l’UMP. Un scoop confirmé par les intéressés. "Pas gêné le moins du monde", raconte Le Canard. Le ministre explique : "J’ai été ministre de la Communication. Je suis ça de près, ça fait partie du travail politique". Loin d’être anecdotique, cette histoire témoigne du degré de dépendance de Lagardère, maison mère d’Europe 1, vis-à-vis du pouvoir politique. Dans le rapport annuel 2005 du groupe, Jean-Pierre Elkabbach signe pourtant un vibrant plaidoyer en faveur de l’indépendance de la presse. "L’entreprise Europe 1 est indépendante par tradition, conviction et pratique", s’exalte-il.

Les copains d’abord

Une "conviction" et une "pratique" dont l’ancien rédacteur en chef de Paris Match Alain Genestar, viré pour "dérive déontologique", a récemment fait les frais. Objet du litige ? La publication en une de l’hebdomadaire d’une photo de Cécilia Sarkozy donnant le bras au publicitaire Richard Attias. Après un an de tergiversations, Arnaud Lagardère sacrifie Genestar sur l’autel des intérêts du groupe. Des amis politiques, l’héritier du fondateur Jean-Luc Lagardère n’en manque pas. De droite comme de gauche. Le dernier exemple en date de ce système de renvois d’ascenseurs est cocasse. En juin 2006, le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, redevable à Arnaud de son fervent soutien à la candidature de Paris aux JO 2012, lui offre sur un plateau la concession du complexe sportif de la Croix Catelan. Lagardère se trouvait pourtant en concurrence avec l’association Racing club de France, gestionnaire depuis plus de cent ans des installations situées en plein bois de Boulogne. C’était compter sans l’inévitable... Nicolas Sarkozy.

Haro sur la presse

Allié de circonstance avec le maire de Paris, le candidat à l’élection présidentielle "retourne" au dernier moment les élus UMP. Lesquels votent comme un seul homme en faveur du projet Lagardère. Une alliance politique qui n’est pas une première. Retour en arrière. EADS naît en 2000 de la fusion d’Aérospatiale Matra, filiale de Lagardère, avec l’espagnol Casa et Dasa, filiale de l’allemand Daimler Chrysler. Par la grâce du Premier ministre socialiste de l’époque, Lionel Jospin et avec la bénédiction du président Jacques Chirac. Mais malgré la réussite industrielle d’Airbus, filiale d’EADS, qui dépasse en 2003 son rival Boeing, Arnaud Lagardère ne cache plus sa volonté de recentrer son groupe sur les médias. En témoigne le récent rapprochement des pôles presse et audiovisuel, sous l’étendard d’une nouvelle entité, baptisée Lagardère Active media.

D’où la vente le 4 avril dernier de 7,5 % du capital d’EADS. Le hic, c’est que deux mois plus tard, l’annonce de retards sur les commandes de l’Airbus gros porteur A 380 provoque une chute de 26 % de l’action EADS. De quoi alimenter un soupçon de délit d’initiés, sur lequel enquête l’Autorité des marchés financiers (AMF). Arnaud Lagardère, l’ex-patron d’EADS et d’Airbus, Noël Forgeard et ses enfants ont-ils vendu à temps leurs titres et empoché une belle plus-value, au détriment des petits actionnaires ? Réponse d’Arnaud Lagardère, dans Le Monde : « Entre le choix de passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent, je choisis cette deuxième version ».

Sources : Walter Bouvais et David Garcia, Multinationales 2005, Ed. Danger public ; Rapport annuel 2005 de Lagardère, Le Canard enchaîné.


FICHE D’IDENTITE

Nationalité : française

Création : 1980

Principal dirigeant : Arnaud Lagardère 48 245 salariés dans 39 pays

Chiffre d’affaires (2005 ) : 13, 013 milliards d’euros

Résultat net : 670 millions d’euros Marques principales : Airbus, Eurocopter, Le livre de Poche, Larousse, JC Lattès, Elle, Paris Match, Virgin, Relay, Europe 1, Canal J, Sport Five.

Principaux concurrents : Bertelsmann (médias), Boeing, Lockheed Martin (défense)