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Lockheed Martin : La guerre est mon métier
jeudi, 16 février 2006 / Walter Bouvais /

Cofondateur et directeur de la publication du magazine Terra eco et du quotidien électronique Terraeco.net

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Est-ce la guerre qui profite aux marchands d’armes comme Lockheed Martin ? Ou le complexe militaro-industriel qui pousse à la guerre ? Les deux, mon capitaine !

Depuis septembre 2001, depuis le déclenchement de la guerre en Afghanistan et en Irak, la vie est belle pour Lockheed Martin. En 2005, la multinationale a réalisé 37,2 milliards de ventes et affiche un carnet de commandes de 75 milliards de dollars. En fait, les ventes ont cru de 57 % depuis la déclaration de guerre du président américain George W. Bush contre "l’axe du mal". Mieux, une étude du groupe de pression Government Electronics and Information Technology Association (GEIA) prévoit que le budget du Pentagone devrait encore croître de 5 % par an d’ici à 2009. Or, l’activité de la multinationale dépend largement de l’administration américaine (Pentagone, Nasa, FBI...), dont les commandes constituent 80% de ses revenus.

L’ami Bush

L’équipe Bush bénéficie donc de tous les égards de Lockheed, dont le budget de lobbying aurait atteint 3,3 millions de dollars en 2003, selon le Center for Responsive Politics. Cet observatoire américain souligne que l’entreprise demeure le premier financeur des campagnes politiques du pays, dans la catégorie des compagnies d’armement. Depuis 2000, 8 millions de dollars ont été versés aux partis et candidats politiques au nom de Lockheed Martin, dont 61% au profit des républicains.

L’investissement paie. Lockheed Martin a remporté, au nez et à la barbe de Boeing, la commande la plus spectaculaire de l’histoire : le remplacement de la flotte d’avions F-16, par les F-35 "Joint Strike Fighter". La multinationale du Maryland a encaissé 19 milliards de dollars pour la phase de test, jusqu’en 2007-2008. Si la décision du Pentagone est validée, il faudra produire 3 000 appareils dans les trente ans (200 milliards de dollars). Lockheed Martin est également engagée dans la production du chasseur bombardier furtif F-22 Raptor (3,6 milliards de dollars). Enfin, un contrat remporté avec Raytheon, estimé à 2 milliards de dollars, signe la production de bombes "Paveway", guidées au laser. Ces engins de destruction ont été utilisés en Irak. Dans le même temps, et toujours dans la perspective du conflit irakien, Lockheed avait reçu une commande pour 200 missiles Patriot de nouvelle génération.

Le comité très spécial de M. Jackson

Pourtant, Lockheed évite toute référence directe à la guerre en Irak ou au climat sécuritaire qui règne aux Etats-Unis. Aucune référence non plus aux liens qu’entretient avec l’administration américaine Bruce P. Jackson, vice-président de Lockheed Martin jusqu’en 2002. Fondateur en 1996 du Comité américain pour l’Otan, cet ex-officier défendit l’ouverture de l’organisation transatlantique aux pays d’Europe centrale et orientale, tissant au sein de leurs élites un solide réseau d’amitiés... Autant de cibles commerciales pour Lockheed Martin, depuis longtemps fournisseur de l’Otan. Dans ce cadre, la Pologne a confirmé en 2003, une commande d’avions F-16 de 6 milliards de dollars, appuyée par un prêt amical des Etats-Unis. Bruce Jackson fut aussi le fondateur du Comité de libération pour l’Irak, prônant l’intervention américaine. Face à la France et à l’Allemagne, Jackson contribua à la rédaction de la lettre des "Dix de Vilnius", exhortant les Nations Unies à renverser Saddam Hussein par la force. Ce faisant, il aida à la marginalisation du camp de la paix. Et facilita le déclenchement d’une guerre rémunératrice pour les industriels américains, comme Lockheed Martin.

Sources : Multinationales 2005, Walter Bouvais et David Garcia, Ed. Danger public, Center for Responsive Politics, Oligopoly Watch, World Policy Institute (Arms Trade Resource Center).


FICHE D’IDENTITE

- Nationalité : américaine

- Créée en 1995

- 135 000 salariés dans 56 pays

- Principaux dirigeants : Robert Stevens

- Rémunération annuelle : 3,37 millions de dollars

- Chiffre d’affaires : 37,2 milliards de dollars (2005)

- Carnet de commande : 74,8 milliards de dollars

- Marques principales : avions U-2, Hercules C-130, F-22 Raptor, F117 NightHawk et F-16 Fighting Falcon ; satellite Hubble

- Principaux concurrents : Boeing, Northrop, Raytheon, EADS


ACTIVITE

Lockheed Martin, issue de la fusion en 1995 de Lockheed et Martin Marietta, est le premier vendeur d’armes au monde. L’entreprise conçoit, développe, produit et intègre des "systèmes technologiques" : avion espion U2, avion de combat F16, missiles Patriot, satellite Hubble. Les activités de l’entreprise sont réparties en cinq départements : aéronautique, systèmes électroniques (dont les missiles et les équipements navals), activités spatiales, activités de réseaux, services technologiques et d’information. La multinationale américaine a pour principal client l’administration de son pays.