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Prenez mon temps
vendredi, 28 octobre 2011 / Walter Bouvais /

Cofondateur et directeur de la publication du magazine Terra eco et du quotidien électronique Terraeco.net

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L’autre jour, un cycliste zigzaguait intempestivement sur la chaussée, à une heure plutôt matinale, ce qui excluait la piste de l’ébriété. Parvenu à sa hauteur, sa conduite originale s’expliqua par le fait… qu’il pianotait un SMS, indifférent aux aléas de la circulation. Cette scène d’une banalité confondante rappelle que, si notre temps est plein comme un œuf, nous continuons d’y entasser tout ce que nous pouvons. Dans ce défi multi-tâches, les outils de communication et de transport sont nos alliés. Les informations nous parviennent instantanément au creux de la main et il suffit d’une journée pour nous mener à l’autre bout du pays, voire de la planète. Nous serons bientôt les maîtres du temps. Cette situation appelle au moins trois questions.

En premier lieu, vivre plus vite nous fait-il vivre mieux ? Les études disponibles indiquent clairement que non (lire notre dossier page 42). Deuxième question : pouvons-nous repousser indéfiniment les limites du temps ? Un ingénieur m’expliquait que nous sommes « à l’asymptote de notre vitesse maximale ». Les trains, disait-il, n’iront jamais plus vite que quelques centaines de kilomètres à l’heure. Les avions ne dépasseront pas significativement le millier de kilomètres à l’heure. Les transactions financières ne pourront descendre au-dessous de la fraction de seconde.

En résumé, si Internet et les transports ont redessiné nos frontières, le « rêve » collectif de vitesse se heurte, à l’instar de notre rêve de croissance infinie, aux limites de la réalité physique. Il est probable que la circulation des hommes, des biens et des idées ait déjà atteint une vitesse maximale. Tant mieux : nous pourrons enfin nous concentrer sur la finalité de nos déplacements, plutôt que sur leur forme.

Pédaler, jusqu’au « burn-out »

Dernière question : à supposer que nous aspirions à ralentir, le pouvons-nous vraiment ? En l’état, notre système économique ne fonctionne que s’il est en mouvement. S’il ralentit, c’est l’humain qui trinque : la récession planétaire de 2009 l’a démontré. Or, pour être en mouvement, notre système a besoin d’un moteur – plus de consommation – et d’un carburant : plus de productivité.

On sait déjà que la planète ne peut supporter l’extension des modes de consommation occidentaux à 9 milliards d’habitants. On voit aussi que la course à la productivité crée un monde à deux vitesses. Ceux qui peuvent s’adapter sont condamnés à pédaler plus vite, jusqu’au « burn-out » ; les autres, à glisser aux marges de la société. Pour sortir de cette impasse, les premiers pourraient revoir leurs désirs matériels à la baisse. Ceci les « autoriserait » à travailler moins et mieux. Et à partager le temps de travail ainsi dégagé avec les seconds. —