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La RDC, future locomotive de l’Afrique ?
jeudi, 13 octobre 2011 / Marie Molinario

Une étude des Nations unies démontre l’énorme potentiel de la République démocratique du Congo et pose des pistes pour le développement d’une économie « verte ».

Avec ses plus de 2 millions de km2 (4 fois la France), c’est le plus grand pays d’Afrique subsaharienne. Il possède la moitié des forêts et des ressources en eau du continent, et des réserves minières non moins importantes. D’immenses ressources naturelles qui donnent à la République démocratique du Congo (RDC) une importance stratégique.

Le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a dévoilé ce mardi 11 octobre les résultats de son « évaluation environnementale post-conflit », lancée en 2009 en RDC. Dans ces pages on découvre un pays riche en ressources naturelles : les réserves minérales inexploitées sont par exemple estimées à 24 000 milliards de dollars (17 600 milliards d’euros) et le pays est le premier réservoir de cobalt au monde.

« Un potentiel énergétique qui pourrait alimenter l’Afrique »

Outre le potentiel minier, la forêt tropicale – qui s’étend sur plus de 1,55 million de km2 – pourrait devenir une source importante de revenus. Selon le rapport, le pays pourrait y puiser jusqu’à 900 millions de dollars annuellement (660 millions d’euros) d’ici à 2030 dans le cadre du programme Redd de l’ONU. Redd ? Un mécanisme visant à récompenser les pays en développement qui protègent leurs ressources forestières. Ceux-là reçoivent des sommes d’argent correspondant aux quantités de dioxyde de carbone (CO2) qui auraient pu être émises s’il y avait eu déforestation.

La RDC a également un immense potentiel hydroélectrique de 100 000 mégawatts, soit 13% du potentiel mondial. Pourtant, aujourd’hui, seul 9% de la population a accès à l’électricité. « Tout ce potentiel énergétique pourrait à lui seul alimenter l’Afrique, assure Michel Bouchard, expert en évaluation et stratégie environnementale pour le PNUE. La RDC possède tout ce que vous pouvez espérer dans une région ou sur un continent : les matières premières, la base énergétique, 70 millions d’habitants, une démographie croissante… Elle a donc un marché potentiel, une ressource en main-d’œuvre et une capacité de production suffisants pour déclencher une économie prospère. Avec le Nigeria, ce sont les deux pôles de croissance majeurs de l’Afrique pour le siècle prochain. »

Enrayer les dégradations environnementales

« Cette évaluation confirme la richesse unique des ressources naturelles de la RDC et illustre comment celles-ci peuvent contribuer à une croissance économique durable », a déclaré Achim Steiner, sous-secrétaire général des Nations unies et directeur exécutif du PNUE lors de la présentation du rapport à Kinshasa. Cependant, l’étude révèle aussi les séquelles laissées par un conflit financé largement par l’exploitation de ces ressources, ainsi que la tragédie humaine dont souffre le peuple depuis trop longtemps. »

Des ressources oui, des dégradations environnementales aussi. Pour s’engager vers une économie « verte », le pays a besoin de protéger son patrimoine naturel. Or, le territoire fait face à une accélération de la déforestation (due à la coupe illégale de bois), à l’extinction de nombreuses espèces (190 sont classées en danger) ainsi qu’à une pénurie aiguë d’eau potable qui affecte quelque 51 millions de Congolais. Par ailleurs, les activités minières peu contrôlées entraînent une pollution par les métaux lourds et une dégradation importante des terres : 15 tonnes de mercure sont utilisées chaque année. « On peut imaginer une production qui respecterait toutes les normes environnementales : si c’est bien règlementé, si les technologies sont appropriées, si tout le réseau de transformation, de transport, d’exploitation et d’entreposage des minerais est bien pensé, ce n’est pas incompatible avec une économie verte », souligne Michel Bouchard.

Mines de cassiterite et wolframite à Kailo (RDC). Crédit photo : Julien Harneis

« Arriver à une stabilité et à un changement de mentalité »

L’étude juge ainsi que les problèmes de la RDC ne sont pas irréversibles. Déjà l’Etat est parvenu à renforcer les patrouilles anti-braconnage et a mis sur pied l’Institut congolais pour la conservation de la nature. Reste la volonté de la population. Michel Bouchard, qui a séjourné à plusieurs reprises en Afrique, fait confiance aux Congolais : « Ils sont très débrouillards et ont un réflexe communautaire et associatif qui est, en soit, une ressource. Nous pensons que ça peut être la base d’une économie sociale. Mais la population est pauvre et fatiguée. Il faudra aussi développer l’éducation, c’est la base de tout. »

Afin d’aider la RDC, le PNUE appelle à un doublement urgent de l’aide au développement, dont 200 millions de dollars (146 millions d’euros) devront être alloués à l’environnement, et formule 70 recommandations pour relever les défis qui attendent la jeune république. « Je pense que ça n’est pas strictement une question d’argent, remarque Michel Bouchard. Ça va demander des fonds bien sûr, mais c’est surtout une question d’organisation, de gestion et de gouvernance. Il faut arriver à une stabilité et à un changement de mentalité. L’Etat doit jouer un rôle incitatif, accompagner des initiatives communautaires, plutôt qu’être un Etat-providence. » Alors peut-être la RDC pourra devenir ce que l’ONU rêve d’en faire : « une locomotive pour le développement du continent africain ».


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