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Le Japon sera-t-il décontaminé ?
mercredi, 13 juillet 2011 / Julia Pascual /

Journaliste indépendante. Collabore à Terra eco depuis novembre 2010.

Le Japon est aujourd’hui contaminé. Les radioparticules rejetées par la centrale nucléaire de Fukushima ont été dispersées dans l’air, et ont gagné l’eau, la terre, les aliments, les hommes. Y a-t-il une chance que le pays soit un jour décontaminé ?

Quatre mois après l’une des pires catastrophes du nucléaire civil, quelles mesures le pays envisage-t-il pour nettoyer les zones entières sur lesquelles des radioparticules se sont déposées ? Pour l’instant, l’urgence est très localisée dans la centrale de Fukushima.

Depuis le mois de juin, les groupes français Areva et Veolia, avec le groupe américain de gestion de déchets nucléaires Kurion, ont mis en place un système de décontamination des eaux de refroidissement des réacteurs. Avec ce procédé, « la radioactivité devient intraçable », assure un porte-parole d’Areva. L’objectif : diminuer la radioactivité et parvenir à refroidir suffisamment les réacteurs pour pouvoir ensuite les arrêter. « On en a pour neuf mois à un an », jauge Areva. 15% des 110 000 tonnes d’eau contaminées auraient déjà été traités.

Plusieurs décennies

En réalité, la radioactivité n’a pas disparu. Elle a simplement été isolée sous forme de boue radioactive, stockée dans des cuves étanches. Et le reste du site ? Le gouvernement japonais doit annoncer un nouveau programme de décontamination mardi 19 juillet, ainsi que sa « vision à long terme de la gestion de l’accident ». Mais le premier Ministre a déjà prévenu que la décontamination de la centrale pourrait prendre plusieurs dizaines d’années. Le retrait du combustible nucléaire fondu ne commencerait qu’en 2021. « Décontaminer le site, c’est problématique, souligne Jean-Claude Zerbib, expert en radioprotection et ancien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Mais le vrai problème, c’est surtout le niveau d’irradiation » auquel seront exposés les travailleurs qui interviendront dans la centrale. « Il y a des endroits où les gens ne pourront pas intervenir », craint Jean-Claude Zerbib.

Mission impossible

Et ailleurs ? L’air, les végétaux, les sols, puis l’eau... Autour de Fukushima, la contamination radiologique s’étale dans de nombreux espaces et sur de larges étendues. Elle se fixe par endroits, continue ailleurs de voyager dans l’atmosphère, est déposée par la pluie, peut s’infiltrer par le sol, gagner des nappes phréatiques, finir par être ingérée par les hommes à travers l’eau ou l’alimentation... Strontium, césium, iode, plutonium... Des zones d’habitation ont été évacuées et interdites, des normes restrictives édictées pour contenir les risques d’ingestion d’aliments contaminés. Fin mars, la consommation d’eau potable a été déconseillée aux enfants de Tokyo. Et après ? « A grande échelle, la décontamination, c’est mission impossible, tranche Roland Debordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). Autour de Fukushima, il faudrait décaper cinq à dix centimètres de sol sur des surfaces de plusieurs milliers de km2. »

Un processus très long

En revanche, le physicien juge autrement plus envisageable – et urgent – de décontaminer des zones telles que les écoles et les parcs où des doses de contamination élevées ont été retrouvées. « Au Japon, des parents d’élèves ont eux-même lavé et frotté les surfaces contaminées pour éliminer les particules radioactives », explique Pierre Barbey, conseiller scientifique à l’Association pour le contrôle de la radioactivité de l’Ouest (Acro) qui est doté d’un laboratoire d’analyse et qui est allé, comme la Criirad, faire des mesures de contamination au Japon.

Jean-Claude Zerbib confirme : « Sur des petites surfaces comme des bâtiments, des immeubles... On sait faire. Mais on va produire beaucoup de déchets et le problème va être de savoir où et comment les stocker et de mettre en place un suivi de ces opérations ». Car décontaminer, c’est enlever la contamination pour la mettre ailleurs. « C’est une galère pas possible, se désespère le président de la Criirad. Car la radioactivité disparaît à son propre rythme, vous ne pouvez pas modifier son propre processus ».

« Des radioéléments comme le césium et le strontium ont une durée de vie de trente ans, mais celle de l’américium et du plutonium s’étale sur 24 000 ans, prévient Pierre Barbey. On parle de générations ». Le conseiller scientifique se dit peu optimiste : « La solution la plus simple, ce sera d’abandonner les territoires et d’interdire des zones pendant des décennies ». A l’image de ce qui s’est fait autour de Tchernobyl. A la différence près qu’au Japon, le manque chronique d’espace de vie rendra la tâche moins aisée.