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La consommation au régime sec
lundi, 25 avril 2011 / Arnaud Gonzague

« Comment sortir de la société de consommation », Erik Assadourian (sous la direction de), Ed. de la Martinière, 576 p., 24 euros

On pourrait appeler ça le théorème du conducteur beurré. Dans les années 1970, un automobiliste moyen pouvait tranquillement rouler avec 3 g d’alcool dans le sang sans, une seconde, se considérer comme un danger public. Pas besoin d’être bien finaud pour se savoir nocif quand on prend le volant dans l’état favori d’Amy Winehouse… Oui, mais la législation, à l’époque, n’en disait rien. Culturellement, la chose était donc acceptable.

Dans les années 1980, on a inventé le « soufflez dans le ballon » et aplati drastiquement le seuil de tolérance alcoolémique. Résultat : entre 1972 et aujourd’hui, le nombre de morts sur la route a été divisé par quatre. Et les quelques conducteurs français roulant beurrés (il en reste) savent qu’ils enfreignent la bienséance. C’est cela, un changement de mentalité.

Rythme intenable

Est-ce que ça peut marcher pour la planète ? L’Européen ordinaire consomme 43 kg de ressources par an (un Américain, 88 kg) et trouve naturel de prendre l’avion pour un week-end au Maroc, de manger de la viande deux fois par jour et d’avoir la clim dans sa Xsara. Nul besoin de rappeler que c’est intenable pour la Terre. Et que même moins serait déjà trop.

Comment sortir de la société de consommation précise qu’au-delà de 5 000 dollars par an et par habitant (oui, oui, 3 551 euros), l’humain consomme déjà une biocapacité qui n’est pas soutenable. Le Thaïlandais ou le Jordanien moyen sont, eux aussi, trop gourmands… Comme on est un peu abasourdi, du coup, on lit le message du monsieur.

« Nous allons devoir changer de culture », écrit Erik Assadourian, le directeur de l’ouvrage. Et il égrène ce à quoi devra ressembler la « régulation par l’Etat des choix mis à la disposition du consommateur » (ouille !) : remplacer les samedis shopping par des samedis au jardin public ou à la bibliothèque, les Big Mac par des macédoines locales, les virées en break familial par un abonnement au RER, etc. Impossible ? Non, développe-t-il, si l’on fait passer le message partout : à l’école, en entreprise, dans les églises, auprès des agriculteurs… Et l’ouvrage – ambitieux – d’explorer chacune des facettes de cette « résilience culturelle » mondiale.

Plein le cornet

Sauf que, dans nos têtes, la société de consommation n’est pas « sur le déclin », comme il est énoncé dans l’ouvrage. Même s’ils ne sont en rien essentiels à notre bonheur, un lave-vaisselle, un lecteur DVD et trois paires de Nike nous rendent très heureux. De même que le conducteur des années 1970 appréciait la possibilité de s’en mettre plein le cornet, fût-ce au péril de sa vie. Comment l’Occidental va-t-il se passer de ce superflu insoutenable, mais agréable à court terme ? Et surtout, par où commencer ? Par le Big Mac, les Nike, la clim ? Cernés, nous sommes, par le superflu indispensable ! —


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