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« Notre poison quotidien », un polar toxique
mercredi, 23 février 2011 / Karine Le Loët /

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

Notre poison quotidien, de Marie-Monique Robin. Diffusé sur Arte le 15 mars à 20 h 40. DVD : Arte Editions/Ina Editions, à partir du 16 mars (15 euros). Livre : Arte Editions/La Découverte dès le 24 mars (20 euros).

On en regretterait nos cent derniers repas. Après Le monde selon Monsanto qui épinglait la multinationale américaine et son obsession des OGM, Marie-Monique Robin, journaliste indépendante, descend la chaîne alimentaire pas à pas. Depuis les corps de nos agriculteurs, gangrénés par les cancers, à nos assiettes, la journaliste marque les produits toxiques à la culotte. Comment passent-ils entre les mailles des filets de contrôle ? Après des jours et des jours passées dans les archives des agences de contrôle sanitaire et des heures d’interview avec leurs responsables, Marie-Monique Robin lève le voile sur un drôle de système. Dans ce monde-ci, la « dose journalière admissible », qui régit la présence de substances toxiques dans nos aliments, ne serait qu’un calcul arbitraire inventé par quatre experts. Et les études visant à prouver l’innocuité d’une substance sont réalisées… par les fabricants eux-mêmes. Bigre. La page des pesticides tournée, voilà la journaliste qui s’attaque à l’aspartame – le meilleur ami des ventres plats – et au bisphénol A contenu dans nos plastiques. Même constat, alarmant. Nous ne sommes pas protégés par les institutions censées assurer notre sécurité. Loin s’en faut.

Dans cette recette documentaire, une poignée d’ingrédients très appétissants : rigueur de l’enquête émaillée de chiffres et de données scientifiques, scènes croustillantes où les experts, face caméra, sont pris en défaut. Certes, Marie-Monique Robin se met largement en scène, utilisant sans compter le récit à la première personne, donnant à montrer ses descentes dans des montagnes d’archives. Indispensable ? Pas forcément. Mais l’enquête, ainsi rendue chronologique, se regarde comme un polar. Utile pour digérer près de deux heures de docu. Comme le sont aussi ces séquences animées ou ces archives vidéo – dont un étonnant film de 1963 sur le danger des produits chimiques. Ils rendent l’ensemble plus pédagogique et savoureux.

Trois découvertes difficiles à avaler

1/ La DJA ou « dose journalière admissible »

C’est, a priori, un calcul très précis et scientifique qui permet de garantir une dose d’innocuité. En fait, selon Marie-Monique Robin, c’est un calcul bricolé sur un coin de nappe par quatre experts de la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine.

2/ Des cancers d’origine professionnelle

En 2007, un rapport cosigné par les Académies des sciences, de médecine et le Centre international de recherche sur le cancer affirme que le « lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide » et raye ces substances de la liste des causes de cancers « attribuables aux expositions professionnelles ». Pourtant, souligne Marie-Monique Robin, la Mutuelle des agriculteurs reconnaît désormais certains cancers comme maladies professionnelles.

3/ Donald Rumsfeld, VRP de l’aspartame

Vous connaissez le faucon, ex-ministre de la Défense de George W. Bush ? Donald Rumsfeld fut aussi pédégé de la firme pharmaceutique Searle, l’inventeur de l’aspartame. En 1980, une commission de la FDA conclut qu’il ne faut pas autoriser l’aspartame, car la substance pourrait être cancérigène. En 1981, Rumsfeld rejoint l’équipe de Reagan, fraîchement élu président, et participe à la nomination du nouveau président de la FDA. Surprise : quelques temps plus tard, l’agence américaine déclare que l’aspartame est sans danger. —

Lire aussi ici le portrait de Marie-Monique Robin.