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Comment sortir de la dette ? Grâce à l’écologie !
lundi, 17 janvier 2011 / Hervé Morel /

Professeur de finance à HEC. Membre de la commission économie d’Europe Ecologie - Les Verts.

Pour lutter contre les déficits inhérents à nos vieux modèles économiques, exigeons une fiscalité verte qui fasse germer le monde de demain.

Le 21 Septembre 2007, François Fillon déclarait : « Je suis à la tête d’un Etat en faillite. » La dette publique française était alors de 1 200 milliards d’euros. Elle avoisine aujourd’hui les 1 600 milliards, mais de l’Elysée au FMI, on nous affirme que « tout est sous contrôle ».

D’où provient cette montagne de dettes ? De la mise en œuvre de politiques social-démocrates d’augmentation des dépenses publiques et de politiques libérales de baisse des impôts. L’une comme l’autre font le pari que le déficit ainsi créé permettra de « relancer la croissance » et donc des recettes fiscales. C’est le grand « J », on descend pour mieux remonter ensuite. Or, de plus en plus, du « J », on n’a que la descente ; et après le déficit vient un déficit plus grand encore. Nous ne pouvons pas rester spectateurs de ces gesticulations funambulesques. Nous ne pouvons pas accepter comme seul espoir « le retour de la croissance » écologiquement insoutenable.

Les rouages de la machine à fabriquer du déficit sont connus : attractivité, compétitivité, paupérisation et ruissellement de la richesse. Cela découle de théories économiques du XIXe siècle qui nient les limites de la planète et raisonnent comme si « le frigo n’était jamais vide et la poubelle jamais pleine ».

Quelle solution, alors ? L’écologie ! Il nous faut une fiscalité écologique anticipant le coût futur des ressources rares et la réalisation d’investissements massifs dans la réduction de notre empreinte écologique, une plus grande efficacité énergétique, le développement d’une économie circulaire, le renforcement de la santé environnementale…

Comment financer ces investissements ? A terme par les économies de consommation de ressources qu’ils généreront et les catastrophes notamment sanitaires qu’ils permettront d’éviter. Mais dans un premier temps par un appel direct à l’épargne des particuliers. La dette publique avoisine les 1 600 milliards d’euros, et en même temps l’épargne financière des Français dépasse les 3 500 milliards. Placée en grande partie dans des contrats d’assurance vie en euros et donc prêtée majoritairement aux Etats, cette épargne transite par les marchés financiers. Elle devient ainsi un moyen d’action pour les traders qui s’enrichissent de l’instabilité des marchés financiers. Pour retrouver de la stabilité, l’Etat peut se passer d’intermédiaires financiers en empruntant directement aux épargnants par l’émission d’obligations bénéficiant de façon privilégiée des incitations fiscales de l’assurance vie et par le déplafonnement du livret de développement durable, ex-Codevi. Pour l’épargnant, c’est un capital garanti, c’est aussi une opportunité de donner un sens citoyen à son épargne.

Nicolas Sarkozy avait lancé l’idée d’un grand emprunt pour financer des « investissements d’avenir ». Las, le débat démocratique sur l’avenir a tourné court et c’est sur les marchés financiers que l’emprunt a été émis pour financer les pertes fiscales du bouclier fiscal et la baisse de la TVA sur la restauration. De la dette « passive » pour boucher les trous. C’est au contraire d’une dette « active » dont nous avons besoin, anticipant les évolutions, préparant le futur. Une dette choisie démocratiquement et basée sur un contrat entre citoyens-épargnants et puissance publique. Plutôt qu’une confiance aveugle dans les experts « croissantistes », faisons le choix du contrat démocratique et écologiste.

Hervé Morel vient de publier La France surendettée ? Une réponse écologique (Editions Les petits matins, 2011).