https://www.terraeco.net/Le-bilan-carbone-d-un-vol-a-bord-d,14976.html
Le bilan carbone... d’un vol à bord d’une navette spatiale
mercredi, 2 février 2011 / Mike Berners-Lee /

Directeur du cabinet Small World Consulting spécialisé en bilans carbone, Mike Berners-Lee est l’auteur de « How bad are bananas ? »

Pour émettre encore plus qu’en train, en voiture ou même en avion, une seule solution : grimper à bord de la navette spatiale de la Nasa.

-  Au moins 4 600 tonnes de CO2eq (1)

Soit l’équivalent d’une demi-feuille de papier toilette recyclé pour chaque habitant du globe.

Le réservoir extérieur de la navette spatiale de la Nasa (celui qui se détache après quelques minutes de vol et se désintégre avant de toucher le sol) consomme 106 tonnes d’hydrogène. Quant aux deux propulseurs d’appoint, ils consomment 527 tonnes de carburant solide (2).

Mon estimation du bilan carbone d’un vol spatial est a minima et ce, pour plusieurs raisons. Je suis parti de l’hypothèse que la production d’hydrogène et de combustible fossile à partir d’énergies fossiles était efficace à 80% (soit une déperdition d’énergie limitée à 20%). En d’autres termes, j’ai considéré que 4/5e de l’énergie du combustible fossile se retrouvent dans le carburant de la navette. C’est ce que l’on peut espérer de mieux en matière de production d’hydrogène et honnêtement, je serais surpris que l’efficacité énergétique soit la priorité de la Nasa. Je serais encore plus surpris d’apprendre que la production de carburant solide atteigne ce même niveau d’efficacité.

Pour être vraiment rigoureux, il aurait fallu intégrer dans le calcul une bonne part du bilan carbone imputable à la Nasa elle-même. Richard Feynman, prix Nobel de mathématiques, qui a participé à l’enquête sur l’accident de Challenger, parle du chantier de la navette comme d’une « raison d’être » de la Nasa, injustifiable après la conquête de la Lune (3).

J’ai fait une troisième grosse omission dans mon calcul : je n’ai introduit aucun facteur de pondération pour prendre en compte l’altitude à laquelle les émissions ont lieu. Quand elle est dans l’espace, la navette n’utilise pas le même carburant qu’un avion classique et rejette des gaz différents. On ne peut donc pas la comparer à un avion classique en raison de la différence d’altitude et des gaz rejetés. Il est probable que l’eau provenant de la combustion de l’hydrogène génère des traînées de condensation mais c’est tout ce que je peux en dire. Peut-être quelqu’un de plus connaisseur pourrait-il m’éclairer ?

Enfin, je n’ai pas intégré la dépense énergétique résultant de la construction même de la navette. Dans la mesure où chaque navette (sauf Challenger qui s’est écrasée après 10 voyages) a été utilisée une trentaine de fois, il me semble que les émissions imputables au processus de fabrication sont peu importantes en comparaison de celles dues à la combustion de carburant.

Une chose est sûre, le tourisme dans l’espace n’est pas franchement une option verte.


(1) Comme la fabrication d’un objet ou la pratique d’une activité peut entraîner l’émission de plusieurs gaz à effet de serre à la fois, et chacun dans des quantités différentes, le bilan carbone, s’il est calculé en détails, peut devenir vite très complexe. L’usage veut ainsi que l’on exprime le bilan carbone en équivalent carbone ou CO2eq. L’impact total sur le changement climatique de tous les gaz à effet de serre est alors transformé et exprimé en quantité de dioxyde de carbone.
- En savoir plus sur le bilan carbone.

(2) Les données relatives à la navette américaine sont tirées de Wikipedia. Les autres données utilisées dans mon calcul sont : 31 MJ par kg pour le carburant solide – 143 MJ pour l’hydrogène. J’ai utilisé le chiffre de 0,07 kg de CO2eq par MJ pour les émissions relatives à la combustion des énergies fossiles et j’ai ajouté 10% pour la chaîne d’approvisionnement jusqu’à la combustion.

(3) « What do you care what other people think » (« Ne t’occupe pas de l’opinion des autres »), 1989. L’ouvrage de Richard Feynman est un récit fascinant des erreurs techniques et de management à l’origine de la catastrophe.

Cet article, tiré du livre « How bad are bananas ? The carbon footprint of everything », de Mike Berners-Lee (éd. Profile Books, 2010), est traduit et republié avec l’autorisation de l’auteur.

Traduit par Alice Boussicaut et Françoise Marceau, « lectrices responsables » de Terra eco ayant répondu positivement – et nous les remercions – à notre appel. Si vous voulez les rejoindre :
cliquez ici et remplissez le formulaire de contact qui s’affichera
ou écrivez à agir [at] terraeco.net