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A Cancún, c’était Noël avant l’heure
dimanche, 12 décembre 2010 / Stéphane Hallegatte /

Economiste de l’environnement au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired) et Météo-France.

Même s’il est loin de tout régler, l’accord signé à Cancún le 10 décembre est un petit miracle qui relance les négociations climatiques. L’analyse de notre chroniqueur Stéphane Hallegatte.

Par Stéphane Hallegatte, Cancun, Mexique 12 Décembre 2010

La Conférence de Cancún sur le climat vient de se conclure sur un accord inespéré, dans une ambiance euphorique. Tous les participants avaient en tête le scénario de Copenhague, et étaient bien conscients de la nécessité d’un succès. Mais la confiance dans le processus onusien avait été profondément ébranlée par l’expérience Danoise. Or sans confiance, il n’y a pas de négociation possible, et le défi de Cancún paraissait immense. L’objectif était à la fois de restaurer la confiance dans le système multilatéral et d’avancer sur le dossier climatique lui-même. C’est donc une avancée considérable de repartir de Cancún avec un accord entériné dans le cadre des Nations Unis, et de constater la volonté de la communauté internationale de collaborer sur le sujet.

Ce texte approuvé à Cancún est loin de régler le problème, mais il pose des bases indispensables à une action internationale efficace sur le climat. Il répète l’objectif de limiter le réchauffement à 2°C. Il installe dans le système onusien les avancées de Copenhague, et en particulier les objectifs quantifiés de réduction des émissions des pays riches et les engagements sur les politiques climatiques des pays en développement. L’accord de Cancún pose aussi les bases d’un système pour mesurer et vérifier les efforts de réduction des émissions, apportant ainsi des outils pour contrôler que le respect des engagements de chacun. En acceptant ces contrôles, l’Inde, le Brésil et la Chine montrent leur volonté de faire des compromis, et crédibilisent leurs efforts internes sur le climat.

L’accord crée également un cadre pour l’adaptation pour les pays pauvres, avec la mise en place d’un comité d’adaptation, de centres régionaux, et d’un système pour aider les pays pauvres à développer des plans nationaux d’adaptation. Sujet particulièrement délicat, l’accord établit le Fond Climatique Vert, prévoit les modalités de sa gouvernance, et répète l’objectif de fournir 100 milliards de dollars par an pour aider les pays pauvres à réduire les émissions et à s’adapter aux effets du changement climatique. Enfin, le texte met en place un mécanisme pour lutter contre la déforestation dans les pays en développement, et contient des engagements pour la réduction des émissions liées à l’usage des terres dans les pays développés.

Bien sûr, les insuffisances sont flagrantes. Le texte n’a pas de valeur juridique, et rien ne force les pays à tenir leurs engagements, sauf la volonté de préserver leur réputation et leur crédibilité. Les objectifs de réduction des émissions sont ceux de Copenhague, et ils sont insuffisants pour limiter le réchauffement à 2°C, objectif pourtant rappelé par le texte ! Quant au financement des pays du Sud, la source de l’argent reste incertaine, alors qu’aucune avancée n’a été faite sur les financements innovants (taxes sur les transports internationaux ou les transactions financières). Mais ces limites ne pèsent pas lourd face aux conséquences qu’aurait pu avoir un échec de la conférence.

Alors qu’à Copenhague les tensions étaient immenses, la conférence de Cancún restera marquée par les longues minutes d’applaudissement que les délégués, debout, ont accordées à Patricia Espinosa, la ministre mexicaine des affaires étrangères et présidente de la conférence. Elle a su conduire les débats et faire progresser le texte de négociation en toute transparence. Grace à la confiance qu’elle a crée dans les premiers jours de la conférence, elle a pu intervenir le dernier jour, en proposant un « vrai » texte de compromis. Les délégués se sont succédés pour la féliciter chaleureusement et, événements peu courants dans les enceintes internationales, Patricia Espinosa a été comparée à une déesse en séance plénière par le ministre indien de l’environnement, Jairam Ramesh, et elle a eu droit à une standing ovation de dix minutes, par l’ensemble de la salle.

Preuve du retour en grâce du processus onusien, les pays ont dit très clairement qu’ils acceptaient un texte qui ne convenait pas complètement à leurs souhaits parce que l’ensemble du document leur paraissait bien équilibré et qu’ils avaient l’impression que chacun avait fait des concessions. Seule la Bolivie, complètement isolée, a persisté à refuser le texte. Mais l’essentiel, alors qu’ils sont si souvent critiqués pour se focaliser sur leur intérêt national, les grands émergents ont montré qu’ils étaient prêts à faire des concessions pour avancer sur la question climatique. C’est sans doute la meilleure nouvelle de Cancún.