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J’ai testé : le coiffeur bio
mercredi, 24 novembre 2010 / Laure Noualhat /

Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

Se faire couper les tifs au naturel, je pensais ça simple comme un coup de ciseaux. Que nenni : il faut supporter les racines gluantes sur la crinière, les infusions et la facture qui hérisse le poil. Vive la boule à zéro !

Cette rubrique est un pur don de soi. Prenez ce test du coiffeur bio. Le coiffeur, c’est pas mon truc. Ça date d’une vague période où, tétanisée par ma grand-mère en bigoudis, je devais subir le caquetage de ses copines qui glosaient sur la femme du boucher. J’y ai subi une collection de franges plus traumatisantes les unes que les autres. Plus grande, j’ai appris à abhorrer la coiffeuse-super-nouvelle-amie qui essaye toujours LA coupe tendance sur vous. Dans 90 % des cas, j’en suis ressortie avec une tronche canine impossible à reconstituer seule dans la salle de bains.

Indigo, betterave, rhubarbe…

 

Mais pour Terra eco, je veux bien tester le coiffeur bio. Je l’imagine déjà avec ses ciseaux de bois, massant mon crâne à l’œuf tout en activant un sèche-cheveux solaire. Confondante naïveté. A Paris, les salons spécialisés se nichent dans des quartiers « biobio » où ils sont légion à faire rimer coiffure et nature. Tous ont privilégié une déco végétale-minérale, une ambiance zenifiée par les bougies, le thé vert et la musique planante. Tous offrent le petit massage crânien ou celui des mains, « aux huiles essentielles bio ». Au hasard, j’opte pour le Jardin des couleurs dans le Marais. Je signe pour la totale – encore le don de soi – : une coupe et une coloration, histoire de booster ma tignasse déshydratée de baroudeuse surhydratée. « Les colorations sont 100 % naturelles », insiste Asna, avenante propriétaire du lieu. « Les pigments sont obtenus par distillat de plantes : henné, camomille, algues, feuille d’indigo, betterave, racine de rhubarbe… » Que du bon. Et de prévenir : tout ce qui est bio n’est pas forcément naturel puisque le label Cosmébio d’Ecocert n’exige pas 100 % d’ingrédients d’origine biologique. « Il peut toujours y avoir 5 % ou 10 % de produits chimiques. » Le truc en plus ne se trouve donc pas dans l’électricité du sèche-cheveux – toujours nucléaire –, mais dans les produits utilisés.

De la glaise qui schmoute

Près de 45 % des Françaises de plus de 40 ans et 10 % des hommes se colorent les cheveux. Mais de là à me sortir ça : « Sur les cheveux blancs, le henné donnera un ton plus cuivré que sur l’ensemble de la chevelure. » Asna, traite-moi de vioque, aussi ! Après une troublante hésitation (« Châtaigne ou noisette, la nuance ? »), j’endure 45 minutes de pose. « Ça peut parfois durer trois ou quatre heures… », croit me rassurer Asna. Faut pas m’en vouloir, mais je dois sauver l’humanité, moi, donc trois heures à siroter une infusion de rooibos en attendant que ça sèche, ça va pas être possible. Et 45 minutes, c’est largement assez pour ce substrat glaiseux qui pèse une tonne et qui schmoute le bouc. Ah l’incomparable odeur de la nature dans la natte : en sortant, mes cheveux fluctuent entre bain de boue et racines fermentées.

A la caisse, l’humeur est à filer des châtaignes : coupe + coloration = 99 euros. Un budget pas super bio, d’autant que les copines les plus dextres officient à la maison avec la crème colorante végétale Logona et les ciseaux… de ma grand-mère. Pour la modique somme d’une bouteille de bon pif. —


Les salons se teignent

Il paraît qu’un million de personnes pénètrent chaque jour dans un des 50 000 salons de coiffure français. Ces derniers ont donc signé, fin 2008, une charte du développement durable pour améliorer leurs pratiques : récupération de l’eau des bacs, usage de produits vraiment naturels, séchage naturel (80 % de l’énergie consommée sert au chauffage et au sèche-cheveux), réduction des emballages, etc.