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4-11-2011
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Economie
Europe

« Pour la Grèce, sortir de l’euro n’aurait pas de sens »

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« Pour la Grèce, sortir de l'euro n'aurait pas de sens »
(Crédit photo : Présidence de la République - P. Segrette)
 
Sortira, sortira pas ? Au détour de son référendum annoncé, puis annulé, la question de l'appartenance de la Grèce à la zone euro a été posée. Et l'Europe s'en est trouvé fragilisée, explique Fabio Liberti de l'Iris.
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Fabio Liberti est directeur de recherches, spécialiste des questions européennes à l’institution de relations internationales et stratégiques (Iris)

Terra eco : Lundi dernier, le Premier ministre grec avait annoncé la tenue d’un référendum sur le plan d’aide européen. Il a finalement renoncé. Qu’est ce que cela signifie pour l’Europe ?

Fabio Liberti : De mon point de vue, le référendum était un coup de bluff de monsieur Papandréou. La Grèce a de l’argent dans ses caisses jusqu’à mi-décembre. Sans le plan d’aide européen, elle se serait retrouvée en cessation de paiement et aurait risqué l’insurrection populaire. Elle n’a pas le choix. L’idée de ce référendum était complètement stupide. C’est comme si vous achetiez un appartement, qu’on vous octroyait un crédit et que soudainement vous ne vouliez plus payer.

Mais l’annulation du référendum pose la question de la dichotomie entre les marchés et la démocratie. Les bourses mondiales se sont écroulées après l’annonce du référendum. Et M. Papandréou a prétexté la pression des marchés pour annuler sa tenue. C’est un peu limite du point de vue démocratique. Et ça risque d’affaiblir l’image de l’Europe. Les citoyens lambdas se disent : la Grèce voulait consulter son peuple. Les marchés le lui ont interdit.

La position de l’euro semble aussi affaiblie. On l’accuse de tous les maux…

Le problème c’est qu’on a une monnaie commune sans avoir d’autorité budgétaire commune. Cela vient de la volonté allemande de lutter absolument contre l’inflation. Aujourd’hui, si la Banque centrale américaine a pour mission de lutter contre l’inflation mais aussi de soutenir la croissance, la Banque centrale européenne, elle, n’a pour mission que de lutter contre l’inflation. En cas de crise, la première va augmenter la masse monétaire, ce que ne fera pas la BCE. Car c’est interdit par les traités européens. Or, si la Banque centrale avait pu faire tourner la planche à billets et prêter aux Etats, elle aurait pu résorber la crise. Ainsi, ce qui aurait pu n’être qu’une petite crise – la Grèce ne pèse après tout que 2% du PIB européen – est devenue une crise systémique, bancaire. Parce que les titres grecs, italiens sont détenus par les établissements bancaires de tous les autres pays européens.

La Grèce doit-elle donc sortir de l’euro pour sauver sa peau ?

Non. Aujourd’hui, la Grèce ne peut pas se refinancer sur les marchés parce qu’elle est soumise à des taux d’intérêt astronomique : de 25%. Vous n’achèteriez pas un appartement à des taux pareils ! Elle avait une alternative : celle de se déclarer en faillite. Mais elle s’interdisait alors de se refinancer sur les marchés, elle revenait au Moyen âge, plongeait sa population dans la pauvreté… L’autre option, c’était que les Etats européens remettent un peu ses comptes en ordre.

En revanche, une sortie de la zone euro n’aurait pas de sens. Si la Grèce revenait à la drachme, ce serait à une drachme dévaluée de 55% selon les économistes. Certes, ça permettrait à la Grèce de regagner en compétitivité, de retrouver de la croissance économique et de quitter sa situation de récession. Mais elle garderait sa dette. Or sa dette est libellée en euro. Avec une monnaie dévaluée, la dette serait automatiquement plus forte. Sur le plan économique, quitter la zone euro est un non sens. Ce qu’ont fait les chefs d’Etat comme Nicolas Sarkozy c’est de formuler une menace. On vous prête 220 milliards d’euros, si vous n’êtes pas content, vous vous débrouillez tout seul.

Sortir de l’euro serait un mauvais plan stratégique pour la Grèce mais est-ce que ça pourrait soulager les autres pays de la zone euro ?

Non. Si les marchés voient que, sous la pression, la Grèce est sortie de la zone euro, on risque une surenchère avec l’Espagne ou l’Italie. Selon moi, la solution ce n’est pas ça. Il faudrait une démission des chefs de gouvernement qui ne sont plus considérés comme crédibles par l’opinion publique. C’est notamment le cas de Papandréou et de Berlusconi. Le problème c’est qu’ils demeurent des personnalités démocratiquement élues. Alors s’ils démissionnent, on pourra se demander : « Est-ce normal que des gouvernements changent sous la pression des marchés ? » De toute façon, les gouvernements qui appliquent ces plans de rigueur seront forcément impopulaires. On risque d’avoir dans pas mal de pays d’Europe des gouvernements de transition, technocratiques dont les devoirs seront d’appliquer les règles dictées par la Commission européenne et le FMI.

Pour sortir de la crise, il faut aussi laisser la BCE jouer un rôle de prêteur donc aller à l’encontre de la volonté allemande. On aura alors les fonds nécessaires, on pourra réformer les traités européens et construire un véritable fédéralisme budgétaire. Aujourd’hui, tout le monde fait un peu ce qu’il veut dans son coin. L’Allemagne a engagé des réformes mais la France n’a rien fait alors qu’elle affiche un déficit public énorme, à 6% du PIB.

Le problème c’est que l’Europe et a fortiori l’euro ont aujourd’hui mauvaise presse…

Ce qui est ennuyeux, c’est qu’on continue à voir la monnaie commune comme un bâton et jamais comme une carotte. On ne voit pas ce que l’euro fait pour la stabilité, le bien être. La France par exemple bénéficie du marché commun. Et pourtant, les sondages montrent qu’à 80% les Français ne veulent pas aider la Grèce. Mais c’est parce qu’ils sont mal informés.

Et n’oublions pas non plus qu’il y a des actifs grecs à l’intérieur des banques françaises. Avec le plan européen, il ne s’agit pas de seulement de sauver la Grèce mais également de sauver les banques françaises !

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