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25-04-2010
Mots clés
Biodiversité
France

L’homme qui remue miel et terre

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L'homme qui remue miel et terre
 
Le matériau privilégié d’Olivier Darné ? L’abeille. Depuis quinze ans, l’artiste installe des ruches dans les villes. Pour sauver les insectes et la biodiversité. Mais surtout pour aiguillonner ses contemporains.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Le projet Banque de Reines d’Olivier Darné a reçu le Prix COAL Art & Environnement ce mercredi 14 mars . Il a été désigné, parmi dix projets nommés, par un jury de personnalités du monde de l’art contemporain, de l’environnement et du développement durable.

Une scène digne d’un film de braquage. C’est ce que va connaître Genève dans quelques jours. Il y aura une banque, un camion blindé, un butin. Des propriétaires anxieux. Sauf que l’établissement s’appelle la Banque du miel. Et que le trésor consiste en quelques rayons d’une ruche. Seuls les sociétaires, titulaires d’un « compte épargne abeilles », sont réellement inquiets… pour la biodiversité. C’est pour cela qu’ils ont rejoint le plasticien français Olivier Darné dans son projet fou [1]. Celui de « poser des abeilles et des questions dans l’espace public », histoire de créer de nouveaux flux de richesse, biologique et intellectuelle.

Depuis 1996, l’artiste utilise la ruche comme principal vecteur de ses installations. La culture apicole de ce natif de Seine-Saint-Denis est pourtant tardive. Formé aux arts appliqués à l’école Estienne à Paris, passionné par la ville et les relations qu’entretiennent les hommes avec elle, il s’est un jour lassé de la prolifération de signes visuels. « La ville en dégueule, c’est un vacarme, pourquoi en rajouter ? », s’interroge-t-il.

« Les gens se pollinisaient eux-mêmes »

Radicalement, le plasticien jette alors son dévolu sur un médium bien vivant mais quasi-invisible dans le micmac du macadam, presque silencieux dans le brouhaha ambiant : l’abeille. « J’ai installé une ruche sur le toit pour voir ce que cela faisait de vivre avec 80 000 abeilles », explique-t-il dans la cour de son atelier de Saint-Denis. A deux pas, le périphérique vrombit. Difficile d’imaginer les insectes épanouis. Et pourtant, elles ont été jusqu’à 400 000 juchées en haut de ce bâtiment, butinant dans un rayon de 3 km. En 2009, Olivier Darné a récolté 12 crus de son bien-nommé « Miel béton ». « Les abeilles collectent le territoire, raconte-t-il. Leur miel offre la possibilité de manger la ville. Saint-Denis n’a pas le même goût selon les saisons ! » En partageant ses premiers pots avec ses voisins ébahis, le plasticien a compris le parti qu’il y avait à tirer de la ruche en milieu urbain. « A priori, la ville a mauvais goût. Le miel propose une perception du territoire différente. »

Depuis, 40 ruches bourdonnent sur le toit de la mairie, au pied de la basilique de banlieue parisienne. Ailleurs, dans des lieux incongrus, Olivier Darné installe ses abeilles et ses nouveaux concepts au goût sucré : ici, une « Lune de miel » et sa chambre-ruche, là un château d’eau qui devient château de miel et délivre le nectar au robinet. Et au musée la Piscine à Roubaix, des panaches d’abeilles sortent des « Usiruches »…

En 2006, il a posé sur le parvis du Centre Georges-Pompidou, à Paris un « Pollinisateur urbain » : il s’agissait d’un container au plafond percé et habité par une ruche. Chaque soir, les portes s’ouvraient pour laisser pénétrer les curieux et se refermaient sur eux. « Sous l’effet de la fascination, les gens s’y racontaient des histoires de miel : ils se pollinisaient eux-mêmes en se frottant les uns aux autres ! », se remémore Yves Clerget, responsable de la pédagogie de la ville au Centre Georges-Pompidou.

Un message politique

Le « Miel béton », fier de ses 4 médailles au concours agricole, fait bouger les antennes des scientifiques. Un protocole, mené par le CNRS durant trois années, a prouvé que sa production était quatre fois plus abondante que celle de ruches installées en milieu péri-urbain, proches des champs, et qu’on y trouvait jusqu’à dix fois plus de types de pollens. « C’est une mauvaise nouvelle pour la campagne, assène pourtant Olivier Darné. Car l’abeille est un indicateur de richesses biologiques. »

Retour à la Banque du miel. Après la phase d’émerveillement, le plasticien a pris conscience que l’abeille transportait du pollen, mais aussi un message politique. Pour le disséminer, le dispositif artistique prend cette fois la forme d’une banque itinérante : l’investir et y investir vont de pair. Il est ainsi possible d’y ouvrir un – vrai – compte épargne destiné à financer des essaimages et soutenir un – vrai – apiculteur subissant un « crack écologique ». « La banque transforme alors un flux d’argent en flux d’abeilles. Leur fonction est la pollinisation qui est un service public invisible et primordial », explique Olivier Darné. Mais il est aussi possible d’entrer juste pour palabrer dans ce caisson de 8,5 m de long. « La banque est un prétexte à l’échange particulièrement intéressant : elle pose avec humour la question politique de la répartition et de la nature même de la richesse », analyse Stéphane Juguet, anthropologue et compagnon de longue date.

La ruche humaine bourdonne déjà de 500 sociétaires qui devraient être prochainement réunis en assemblée générale extraordinaire pour débattre de l’utilisation du butin. De quoi réveiller les consciences endormies. Mieux vaut dard que jamais. 

[1] La Banque du miel jusqu’au 19 mai au théâtre Saint-Gervais, à Genève (www.saintgervais.ch). A Rouen en juin et à Londres en juillet..

Sources de cet article

- Pour ouvrir un Compte épargne abeilles
- Photo : DR

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