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30-03-2009

Les mangas se mettent à la page environnement

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Les Japonais voient dans ce genre qui fait fureur un « must » pour sensibiliser les jeunes à l’écologie.
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Un spray à la main, Yoshio repeint son jouet. « Stop !, s’exclame son copain Manabu. Si ta bombe contient des CFC [un gaz fluoré], tu vas trouer la couche d’ozone qui entoure la terre. » « Et qu’est-ce qu’on risque ? », rétorque l’artiste en herbe. Manubu se concentre. « Heu… on bronze et… » Il ne sait pas. Il a beau chercher à la bibliothèque en compagnie d’Ayame et Asari, non, décidément, il ne trouve pas la réponse. Débarque alors, dans ce volume 4 de la série « Manga science » (Pika édition), un drôle de personnage, un globe terrestre en guise de tête. « Je me présente, Monsieur Bleu, spécialiste de l’écologie et du développement durable ! » Tiens, la bande dessinée japonaise militerait-elle en faveur de l’environnement ? Les mangas, jugés violents et futiles, hisseraient-ils le drapeau vert ?

D’une pierre deux coups

C’est en tout cas le vœu formulé lors du dernier sommet mondial du manga. En septembre, des professionnels de la bande dessinée de 26 pays se sont en effet réunis à Kyoto. Une aubaine pour la capitale culturelle de l’archipel, qui accueille, depuis deux ans, le méconnu Musée international du manga. Mais la ville s’est surtout rendue célèbre pour la signature du protocole sur les gaz à effet de serre portant son nom. Dès lors, pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? Ce 9e sommet a choisi « l’innovation environnementale » pour thème, en mettant l’accent sur la lutte contre le réchauffement climatique, la nutrition et les 3 « R » (réduire, réutiliser, recycler). L’objectif est clair : surfer sur la vague manga pour mieux sensibiliser les jeunes de la planète au développement durable.

Quelques titres n’ont toutefois pas attendu l’appel. On peut ainsi jeter son dévolu sur la série de vulgarisation scientifique de Yoshitoh Asari, « Manga science », qui consacre son volume 4 à la planète bleue, comme son titre l’indique, avec un enseignant dont tout le monde rêve, le professeur Bleu. Tenez, demandez-lui ce qu’est un monde sans effet de serre. Il attrape aussitôt la blonde Ayame et la congèle : « C’est un monde glacé. » Monsieur Bleu s’inquiète pour la planète, comme les intitulés de chapitres en témoignent : « Et si on arrêtait le gaspillage d’énergie ? », « La forêt que l’on tue… », « Plus c’est pratique, plus il y a de déchets » ou « L’avenir de la planète dépend de vous ». Dans le volume 10, le dernier paru, Yoshio, Manabu, Ayame et Asari s’interrogent encore : « Pourquoi la Terre est-elle malade ? »

Si le manga verse dans la pédagogie, il excelle aussi dans le récit. Et ses intrigues s’inspirent parfois des préoccupations environnementales contemporaines. Dans Les Fils de la Terre (trois volumes, chez Delcourt), un jeune fonctionnaire se voit chargé de redresser l’agriculture de son pays. Il rejoint un village perdu au fin fond des montagnes et découvre, auprès d’un agriculteur bourru, la rugosité du milieu rural, le goût des légumes cultivés à l’ancienne et la valeur de la terre. La série a décroché en 2008 le prix Mangawa, décerné par des lecteurs français.

De la veuve à la forêt

Mais quels meilleurs défenseurs de la nature que les grands maîtres du manga ? Dès les années 1950, Astro, le petit robot d’Osamu Tezuka, défend la veuve comme la forêt. Citons encore Hayao Miyazaki et l’odyssée écologiste de Nausicaä ; Gen d’Hiroshima, vibrant témoignage contre la bombe nucléaire de Keiji Nakazawa (dix volumes actuellement réédités en poche par Vertige Graphic) ; ou les promenades contemplatives de Jirô Taniguchi. Ne nous y trompons pas toutefois : si les Japonais ont toujours été très sensibles aux charmes de Dame Nature et aux moindres variations du milieu, l’archipel n’en est pas moins devenu, dans les années 1960, hyperpollué. Car « la tradition japonaise privilégie non pas la nature sauvage, mais la nature construite, artificialisée, reconstruite esthétiquement », souligne Philippe Pelletier dans son livre Le Japon (1).

Vert pomme ou vert d’eau, le manga constitue ainsi avant tout un support permettant d’aborder au Japon une panoplie de sujets bien plus vaste qu’en France. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) français l’a bien compris. En janvier, il a distribué gratuitement un court album de 8 pages, Destination Monju (2), rappelant l’intérêt du nucléaire, « énergie concentrée qui produit très peu de gaz à effet de serre ». Qu’importe la couleur du message pourvu qu’il y ait des bulles.

(1) Collection Idées reçues (sept. 2008), Le Cavalier bleu.

(2) Accessible sur le site du CEA

Image : Editions Glénat

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