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19-04-2012
Mots clés
Société
Immigration
Solidarité
France

Zebda, illusions retrouvées

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Zebda, illusions retrouvées
(Crédit photo : Bernard Benant)
 
Près de vingt ans après l’album « Le Bruit et l’Odeur », les Toulousains reviennent pour un « Second Tour » indécis mais combatif. En plein retour de flamme, ils peignent la France d’aujourd’hui, celle qui a abandonné les quartiers, celle qui promet puis oublie.
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N° 36 - mai 2012

40 projets pour changer d’ère

Un bout de Zebda. Mouss Amokrane et Magyd Cherfi, les deux chanteurs. Mais une totale énergie, une pleine chaleur. Le groupe toulousain (1) se présente pour un Second Tour, le nom de son nouvel album. Il y parle identité, école, voile. Des paroles plutôt que des promesses, des utopies en place d’un programme. Portrait choral et politique d’un collectif, avec bribes de chansons pour bande son.


« T’as pas envie d’apprendre les départements les villes / Pour nous l’Alsace-Lorraine, c’était la rue du centre-ville. » (Un je ne sais quoi, 2012)

On est en 2012. Zebda a fait une pause de sept ans. Un septennat, une traversée du désert fertile : livres et albums pour Magyd, hommage aux chansons de l’émigration algérienne pour Mouss et son frère, Hakim. Puis ils se sont retrouvés, c’est leur « fatalité collective », comme l’appelle Magyd. « Celle qui fait les bandes : issus de quartiers d’immigrés, on était individuellement défaillants », condamnés à faire corps ensemble. « Un je ne sais quoi », chantent-ils, mais ils savent bien ce qu’on tait dans cette campagne présidentielle : « Tout se passe comme si l’abandon des quartiers était entériné, parce qu’ils renvoient à une identité nationale qu’on préfère manipuler, fantasmer, ou bien ne pas traiter du tout. » Leur pays rêvé, c’est celui qui accepterait enfin que « le berbère ou le wolof fassent autant l’identité française que le basque et le breton ».


« J’étais croisé, je me suis pris pour un pedigree / Je dessoudais la fracture sociale / Mais c’était que des tournures grammaticales. » (Troisième Degré, 2002)

On est en 2002. L’année précédente, avec la liste des « Motivé-e-s », ils ont décroché quatre sièges à la mairie de Toulouse. Il y a encore aujourd’hui l’émerveillement d’une aventure. Une spontanéité, une force, une bigarrure : syndicalistes, féministes, écolos, militants des droits homosexuels… « Pour la première fois, les gens des quartiers n’étaient pas là pour rendre service », lance Mouss. Il y a aussi de la désillusion. Magyd : « On voulait universaliser notre rêve, mais on a été condamnés au programme : “ Toi, maçon, tu auras un appartement en centre-ville ”, “ Toi, Noir, tu pourras entrer en boîte de nuit ”… La confrontation au réel nous a tués. »

En 2008, Magyd soutiendra la liste socialiste, qui remporte la mairie de Toulouse. Il apporte son nom, mais l’équipe victorieuse oublie son numéro. « Encore une fois, le discours sur la banlieue est devenu indicible, invisible. » Les Zebda continuent à labourer le terrain : association Vitécri pour les jeunes des quartiers de la ville rose, projet Tactikollectif pour diffuser la culture des migrations, mobilisation de soutien aux chibanis – ces vieux migrants maghrébins privés de retraite quand ils rentrent au pays… Auteurs d’une chanson de manif (Motivés, Motivés…) reprise par tous les mégaphones hexagonaux du 1er mai, les Zebda ont la tentation de l’expérimentation locale, remède à un système politique national « qui a perdu sa puissance face à l’économique ».


«  Le bruit et l’odeur / Le bruit du marteau-piqueur / Qui a construit cette route  ? / Qui a bâti cette ville  ? Et qui ne l’habite pas  ?  » (Le Bruit et l’odeur, 1995)

On est en 1995, les Zebda, proches du mouvement altermondialiste et de la Ligue communiste révolutionnaire, détournent les propos de Jacques Chirac sur les immigrés, expliquent que chanter leur identité, « c’est une manière de ne jamais parler d’intégration ». Dix-sept ans plus tard, Chirac souffre d’anosognosie et la France a changé. « Passée du fantasme multiculturel de la Coupe du monde à la totale décomplexion du discours politique », estime Mouss. Magyd : « Entre les deux, il y a eu l’émergence de trois femmes, Fadela Amara, Rachida Dati et Rama Yade, qui viennent cautionner le non-dit, anesthésier la lutte des quartiers. » « Avec elles, la droite a entériné la trahison de la gauche », renchérit Mouss.


« C’est vraiment bien dommage, le racisme et le chômage / Heureusement qu’il y a des sages, c’est le prestige de la France. » (La Carte de résidence, Slimane Azem)

On est dans les années 1970. Dans la barre des quartiers nord de Toulouse, Mouss, son frère Hakim et Magyd écoutent les 45 tours de leurs pères. Ceux de Slimane Azem ou de Mohamed Mazouni. Des années plus tard, après la déception des Motivé-e-s, les frères Amokrane ressortent les disques familiaux. Avec leur barnum « Origines Contrôlées » – des concerts, des débats, des apéros festifs… –, ils transmettent la musique et la parole jamais entendue de cette première génération de l’immigration.

«  J’suis tombé par terre / C’est pas la faute à Voltaire / Le nez dans le ruisseau / Y avait pas Dolto.  » (Le Bruit et l’odeur, 1995)

Magyd Cherfi a publié deux livres à pans autobiographiques. Dans Livret de famille, il écrit : « On n’aimait pas nos mères, elles étaient laides et incultes. » Il dit aujourd’hui : « Dans ce souci de transmettre une mémoire, il y a une forme de thérapie. » Mouss : « L’appropriation de ce passé, c’est nettoyer le traumatisme, assumer d’avoir eu honte du tatouage (traditionnel des femmes berbères, ndlr) sur le menton de nos mères. »


«  La vie, comment on la savoure  ?  » (Les deux écoles, 2012)

On est en 2012. Mouss et Magyd habitent toujours Toulouse. Mais plus le quartier. De l’itinéraire Zebda, l’album Second Tour a tiré une patine désillusionnée : « La République est un discours. Entre la République et les exclus, on choisit les exclus. » Mais de ce désenchantement, il garde le chant. La lucidité et la fête. —

(1) Zebda n’a pas souhaité commenter « à chaud » le drame de Toulouse, qui s’est déroulé quelques jours après la rencontre avec « Terra eco ».

En dates



Début des années 1990 Naissance de Zebda

1995 Sortie de l’album Le Bruit et l’Odeur

1999 Sortie du single Tomber la chemise

2001 Liste des Motivé-e-s aux municipales de Toulouse

2002 Sortie d’Utopie d’occase

2004 Magyd Cherfi publie Livret de famille

2011 Le groupe se reforme. Il est aujourd’hui composé de Magyd Cherfi, Mustapha et Hakim Amokrane, Joël Saurin et Rémi Sanchez

2012 Sortie de l’album Second Tour

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