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14-01-2010
Mots clés
Social
Chine
Reportage

Vieillir en Chine n’est pas une sinécure

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Vieillir en Chine n'est pas une sinécure
 
Face au vieillissement accéléré de sa population, la Chine a du pain sur la planche : manque criant de structures d’accueil, faiblesse des services à la personne, absence fréquente de filet de sécurité sociale, délitement des structures familiales... Autant d’éléments qui nécessitent des mesures urgentes.
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Le "Centre d’activités pour personnes âgées de la rue de la Paix", au nord de Pékin, a des allures de café du Commerce marseillais, l’aspect sportif en plus, le pittoresque en moins. C’est là que les retraités les plus dynamiques du quartier se rencardent, hommes et femmes, des copains pour la plupart. Situé au sous-sol d’un ensemble résidentiel, on y vient pour danser des danses traditionnelles chinoises, courir sur des tapis roulants, jouer au billard, lire et même regarder des films. Le Centre organise aussi à l’occasion des concours de chant et envoie son équipe - baptisée les "beaux retraités"- rencontrer des équipes de centres voisins. Créé il y a 7 ans, l’endroit accueille 20 000 retraités par an, assure Chen Yan Liang, 53 ans, qui perçoit 150 euros par mois pour s’occuper des activités. Financé entièrement par les autorités du sous-district local, le centre est gratuit pour les plus de 60 ans.

En forme, les retraités

Wei Gang, teint halé, grand gaillard de 64 ans, est un inconditionnel du ping pong. Et pour cause, c’est un ancien professeur de sport. Inscrit depuis 7 ans, il passe en moyenne « 4 heures par jour et 4 jours par semaine au centre ». Le reste du temps, il le consacre à sa femme, ou à ses actions en Bourse, dont il surveille prudemment le cours. L’avenir ne l’inquiète pas. Au pire, confie-t-il, "je paierai 100 ou 200 euros par mois pour aller en maison de retraite".

L’âge moyen des membres du centre tourne autour de 70 ans. Le doyen a 86 ans, et vient jouer au billard tous les matins jusqu’à 11h, heure à laquelle il file cuisiner des plats pour sa femme. Autre figure du centre : Li Shu Yue, 63 ans et l’air pimpant, adore la danse. Très motivée, elle vient s’entraîner tous les jours 5 ou 6 heures. « J’ai été retraitée plusieurs fois, explique-t-elle l’air rieur. La première à 50 ans d’un travail à l’usine, la seconde d’un comité de quartier, et la troisième d’un centre d’art où j’enseignais la calligraphie. Il n’y a qu’aujourd’hui que je peux me consacrer à ma passion, la danse ! » Pour l’instant, la triple retraitée vit dans un appartement avec son mari, mais elle compte fortement sur ses enfants pour ses vieux jours. « Ma fille m’a déjà proposée de venir habiter chez elle », affirme-t-elle.

Quand vieillir devient un problème

Mais la vie des retraités chinois ne ressemble pas, globalement, à celle de ceux de la rue de la Paix. La gérante du centre reconnait d’ailleurs que ses membres sont plutôt des privilégiés. "En cas de problème, leurs enfants sont à proximité, et comme la plupart sont d’anciens fonctionnaires, professeurs ou employés de compagnies publiques, ils n’ont pas de problèmes d’argent. »

Si la loi chinoise oblige les enfants à pourvoir aux besoins de leurs parents vieillissants, beaucoup partent loin du nid familial pour les études ou n’ont pas les moyens d’héberger leurs deux parents à domicile. Effet pervers de la politique de l’enfant unique, un jeune couple né dans les années 1980 doit aujourd’hui aider théoriquement 4 personnes à la retraite. Autre conséquence, liée aussi à l’augmentation de l’espérance de vie : la Chine connait un vieillissement accéléré de sa population. Selon les critères de l’ONU, elle est entrée en 1999 dans la catégorie des nations vieillissantes, les plus de 60 ans dépassant la barre des 10%.

Aujourd’hui, 12 Chinois sur 100 ont plus de 60 ans, soit 160 millions de personnes, et ils seront 24% en 2050, accentuant ainsi la pression sur les services sociaux pour personnes âgées, « fortement insuffisants », selon un récent rapport des médias chinois. Comme le souligne Wang Xiao Yan, qui a fondé en 2006 Community Alliance, une ONG pékinoise indépendante, « il existe seulement 40 000 maisons de retraite en Chine, soit un total de 2,4 millions de lits, ce qui est largement insuffisant au regard des besoins." Sans parler des problèmes des dites maisons de retraite, qui ne possèdent pas encore de standard national. A la clé : des cas de fonctionnement illégal, mauvaises conditions de soin, manque de personnel formé, mais aussi cas de mauvais traitements.

Sans le filet de la sécurité sociale

Par ailleurs en Chine, les deux tiers de la population ne possèdent pas de filet de sécurité sociale. Or les retraités n’ont souvent pas beaucoup d’argent, ce qui pose problème pour les soins. "Les retraites à Pékin ou Shanghai équivalent à 800 ou 1 000 euros par mois et vont jusqu’à 300 euros, commente Dang Jun Wu, directeur adjoint du Comité national chinois sur le vieillissement. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de marché viable dans la mesure où cette catégorie de citoyens n’a pas de valeur commerciale." Malades, les retraités doivent donc la plupart du temps lutter, et souvent ne se soignent pas, comme c’est le cas dans les campagnes. Par ailleurs, le gouvernement ne soutient pas suffisamment les services d’aide aux personnes de plus 90 ans qui n’ont guère d’autre choix que de rester chez elles et de compter sur l’entraide locale des comités de quartier pour leurs soins et leurs repas.

Malgré tout, les choses sont en train de changer. Signe d’une évolution positive, commente Mme Wang, le gouvernement semble avoir pris conscience de l’ampleur du problème depuis l’an dernier et a voté neuf mesures importantes, dont l’une a été de placer le vieillissement au rang de priorité nationale. Il a prévu par exemple de construire un système de soins basé sur les communautés de quartier pour faire en sorte que 90% des seniors reçoivent des soins à domicile. Il a également débloqué 85 millions d’euros en avril pour améliorer le système de santé, dans les villes et les campagnes. En août il a enfin lancé un programme de couverture retraite qui concernera dans un premier temps 10% des comtés ruraux. La solution privilégiée par l’État consiste à développer les services de soins à la personne, plus adaptés au contexte culturel chinois et source d’emplois pour l’avenir.

Sources de cet article

Site de Community Alliance
- Photo : partie de billards dans un centre d’activités pour personnes âgées à Pékin. Crédit : Hélène Duvigneau

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  • Je doute qu’il y ait en Chine beaucoup de retraités à 800 ou 1000 euros, même à Shanghai ou Pékin, la majorité des actifs n’y gagne pas ça. Peut-être l’auteur veut dire 800 ou 1000 yuans (10 fois moins)

    15.04 à 06h54 - Répondre - Alerter
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