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18-06-2014
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Océans
Recyclage, Déchets
Monde

Vider le plastique des océans : un projet réalisable ?

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Vider le plastique des océans : un projet réalisable ?
(Crédit photo : Ocean Cleanup)
 
Le jeune Boyan Slat est un phénomène. Nouveau visage de la lutte contre les océans de plastique, il mobilise et collecte de grosses sommes autour d'un projet pourtant controversé.
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Sa tignasse bouclée et ses yeux bleu clair ne doivent pas vous tromper : Boyan Slat n’est pas la dernière pop star en vue, bien qu’il soit la coqueluche des médias. Car ce Néerlandais de 19 ans a une jolie histoire à raconter : il affirme avoir trouvé une solution simple, réaliste, rapide et peu coûteuse pour débarrasser les océans de leurs déchets. Mieux, il en fait la démonstration. Son idée ? Se servir des courants marins pour nettoyer les océans des déchets de plastique qui les polluent.

D’abord seul à la défendre, cet étudiant en aérospatiale et fondateur de l’ONG The Ocean Cleanup est, en deux ans, parvenu à mobiliser autour de lui une centaine de personnes, parmi lesquelles une dizaine de scientifiques chevronnés. Elles viennent de présenter une copieuse étude de faisabilité de 530 pages sur ce projet. Rendu public au début du mois de juin, le document affirme que la vision du jeune homme serait non seulement réalisable, mais aussi rentable. Vraiment ?

100 km de barrières flottantes en pleine mer

L’idée est la suivante : des cylindres flottants ancrés dans les fonds marins (à - 3900 mètres) forment un immense V dans la mer, sur une longueur de 100 kilomètres. Sous l’eau, des écrans verticaux de trois mètres de profondeur bloquent les déchets plastiques tout en laissant le plancton et les poissons poursuivre leur chemin. Grâce aux courants tournoyants des zones de convergence océanique (ou gyres), où se concentrent une large partie des déchets plastiques, ces détritus de toutes tailles viennent s’engouffrer dans la pointe du V. Ils sont alors pompés et stockés par une énorme colonne d’acier de 2 800 tonnes qui flotte et fonctionne aux énergies solaire et hydraulique.

Les cylindres collés les uns aux autres s’étendraient sur 100 km. Crédit : Ocean Cleanup

A raison de 65 m3 de déchets plastiques collectés par jour, il faudrait venir vider la colonne, par bateau, tous les quarante-cinq jours. Un test mené à petite échelle au large des Açores, au large du Portugal, aurait démontré l’efficacité du dispositif. Les ingénieurs d’Ocean Cleanup ont prévu que le plastique récupéré soit nettoyé pour être ensuite transformé en huile ou en un nouveau matériau, assurant une source de revenu au projet.

Un projet qui suscite enthousiasme... et méfiance

Voilà comment Boyan Slat compte extraire 70 000 tonnes de déchets (soit 42% de la masse totale) du gyre du Pacifique Nord – le plus grand des cinq gyres océaniques de la Terre – en l’espace de dix ans et pour la somme totale de 317 millions d’euros. Depuis la mi-juin, Ocean Cleanup a lancé une campagne de financement participatif visant à collecter deux millions de dollars (1,475 million d’euros) pour mettre sur pied, d’ici trois à quatre ans, un premier projet pilote, qu’il compte installer entre Hawaï et la Californie, la région océanique la plus polluée par le plastique. En trois jours, plus de 600 000 dollars (soit 442 000 euros) ont déjà été collectés. Quant à la vidéo de présentation de l’étude de faisabilité, elle a déjà été vue plus d’un million de fois depuis le début du mois de juin.

Mais dans ce raz-de-marée d’enthousiasme, certaines voix à contre-courant se font entendre : c’est le cas notamment de Stiv Wilson, directeur de l’ONG américaine de protection des océans 5Gyres.org. Dans une tribune publiée mi-juillet, avant la parution de l’étude de faisabilité, il harponne le projet d’Ocean Cleanup sur un certain nombre de points raillant notamment la profondeur prévue des écrans – selon lui la plupart des déchets circulent sous les trois mètres –, l’ancrage des cylindres dans les fonds marins, le tri des différentes sortes de plastiques de différentes tailles, etc. Le jeune Boyan Slat lui a répondu point par point. Pour autant, son projet ne parvient pas à convaincre tout à fait.

Concentrer ses efforts sur la terre ferme

Selon l’océanographe de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) François Galgani, des problèmes techniques ne vont pas manquer de se poser : densité des plastiques, collecteurs vite bouchés, etc. : « Autant de questions qui vont obliger ce jeune ingénieur à envisager un projet plus raisonnable de collecte dans des zones côtières plus touchées, ce qui se fait déjà avec des moyens classiques. » Il ajoute que, « d’un point de vue économique, on ne va pas ramasser des nodules polymétalliques (concrétions rocheuses reposant sur le lit océanique et riches en métaux rares, ndlr) de très grande valeur pour des raisons de coût. Pourquoi vouloir ramasser des plastiques sans aucune valeur ? »

Les réticences de Nicolas Fournier, chargé d’affaires européennes pour Oceana, ONG de protection des océans, se situent davantage sur le plan « idéologique » : « Cette proposition pose un problème idéologique car elle renforce l’idée selon laquelle notre salut viendra de la technologie. Or, pour les déchets marins, il faut s’attaquer au problème à la source, sur terre : réduire nos déchets, recycler, réutiliser, imposer des règles contraignantes sur les sacs plastique, etc. » De plus, les barrages flottants en mer peuvent « poser des problèmes de collision ou nuisances pour la faune/flore, sans parler de la navigation ». Sans classer l’initiative de Boyan Slat parmi le « tas de projets farfelus pour récupérer le plastique des océans, comme la création d’îles de plastique », il lui semble « simplement irréalisable à grande échelle, et n’ayant qu’une portée avant tout symbolique ».

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  • En même temps so personne ne se soucie de faire diminuer la création de sac en plastique , d’emballage et le reste, il va en avoir à ramasser des trucs pour très longtemps.
    La réponse à trop de plastique n’est pas le recyclage, mais bien le non suremballage...

    19.06 à 19h57 - Répondre - Alerter
  • Discuter du pourquoi et du comment alors qu’il y a enfin quelqu’un qui met la main à la pâte, c’est fondamentalement honteux.

    19.06 à 19h55 - Répondre - Alerter
  • "A quoi ça sert de récupérer ce plastique sans valeur marchande"

    Un type qui dit ça en omettant les dégâts du plastique océanique mérite le mépris universel de ses contemporains.

    Cependant il ne reflète que la position des décideurs, nos vrais dirigeants.

    Il y a un "petit" malaise de civilisation qui se résoudra dans les pleurs la douleur et la mort.

    19.06 à 13h03 - Répondre - Alerter
  • j’espère que ce projet va fonctionner, et surtout que chaque individu sur la planète va prendre conscience de son impact de par son mode de consommation. Je veux y croire, parce que j’ai honte quand je vois ce que nous faisons de cette belle terre.. qui ne nous appartient pas ,mais qui nous est prêtée pour un temps , afin d’y évoluer le plus harmonieusement possible , ensuite, de la laisser indemne de toutes souillures à nos enfants , petits enfants, etc... Nous sommes juste de passage, notre but est d’observer, d’apprendre, de grandir, d’aimer , ensuite nous rentrons a la maison...

    19.06 à 08h06 - Répondre - Alerter
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