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29-10-2012
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Développement Durable
France

Ungersheim trottine vers le monde d’après

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Ungersheim trottine vers le monde d'après
(Richelieu le cheval aide dans les champs du Trèfle rouge, le jardin d’insertion du village. Crédit photo : thierry gachon - l’alsace - maxppp)
 
Le pétrole, c’est déjà fini. Alors le maire de cette petite ville alsacienne a lancé ses concitoyens sur les chemins de la transition : maraîchage bio, circuits courts, centrale solaire… Le but ? Atteindre, pas à pas, l’autonomie.
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N° 41 - novembre 2012

Métro, boulot, allegro

A Ungersheim, dans le Haut-Rhin, quand on parle de « transition » aux passants, ceux-ci font souvent des yeux ronds. « La fête du cochon ? Oui, cela fait quarante-cinq ans que ça dure, animée par 400 bénévoles », répond la gérante du restaurant Au Chasseur. Nous lui précisons alors que, même compris de travers, il ne s’agit pas de porc, mais d’adaptation à un monde sans pétrole par l’autonomie énergétique et alimentaire. « Notre maire a toujours des idées super, il est très bio ! », se reprend alors en rigolant la dame… tout en avouant ne pas en savoir beaucoup plus.

Les quelques personnes croisées dans le bourg de 2 050 habitants, à quelques kilomètres au nord de Mulhouse, sont à l’unisson. Elles soutiennent leur maire Europe Ecologie - Les Verts (EELV), Jean-Claude Mensch, mais de sa politique, elles connaissent surtout Richelieu. Ce cheval de trait conduit tous les jours, grâce à sa calèche, 20 enfants à l’école. Et quand il n’assure pas le transport scolaire, le canasson s’occupe des labours au Trèfle rouge, le jardin d’insertion communal qui fournit des paniers bios aux habitants. « Richelieu est devenu notre mascotte », sourit Jean-Claude Mensch, lorsqu’il fait visiter son village. « Un cheval humanise les relations, et c’est excellent pour la sensibilisation à l’environnement », poursuit l’édile, en quête de figures de proue pour mettre toute sa population en selle vers l’après-pétrole.

Car Ungersheim, l’une des rares communes membres du réseau français des Territoires en transition (Lire l’encadré au bas de cet article), voit grand et décline « 21 actions pour le XXIe siècle » déjà réalisées ou en projet. La plus spectaculaire sera l’inauguration, à la fin de l’année, de la plus grande centrale solaire d’Alsace, sur les friches d’une ancienne mine de potasse. « L’électricité photovoltaïque produite correspondra à la consommation des 3 000 habitants d’Ungersheim et de Feldkirch, la commune voisine partenaire. Elle sera complétée par une centrale biomasse », précise le maire. La société mulhousienne Helios, qui a investi 17 millions d’euros dans le projet, emploiera 50 à 70 personnes pour son fonctionnement.

Un ovni sur des terres de droite

Un sacré symbole que ce lieu : Jean-Claude Mensch est fier de remettre en pleine lumière le carreau minier Marie-Louise, lui, l’ancien mineur et ex-leader syndical. Lui, l’ovni sur des terres ouvrières qui penchent aujourd’hui très à droite. A Ungersheim, village sans histoire de la vallée du Rhin, Marine Le Pen (Front national) est arrivée en tête du premier tour de la présidentielle (34,31 % des voix) et Nicolas Sarkozy (UMP) a rassemblé plus de 68 % des suffrages au second. Tandis qu’Eva Joly (EELV) a plafonné à moins de 2 %, le maire écologiste retrouve, lui, son fauteuil depuis 1989… dans un fauteuil.

En avril 2011, il a fait voter par le conseil municipal une motion demandant la fermeture de la centrale voisine de Fessenheim. Et il montre désormais comment les Alsaciens peuvent se passer du nucléaire : avec des énergies renouvelables – chaufferie bois et réseau de chaleur pour les équipements sportifs et l’école – et des économies d’énergie : réduction de 40 % de la consommation pour l’éclairage public.

Bien sûr, le bassin potassique peine toujours à se relever de son glorieux passé industriel. Aujourd’hui, les Ungersheimois travaillent pour la plupart en Suisse, en Allemagne ou chez PSA Peugeot Citroën, à Mulhouse, où ils se rendent d’ailleurs souvent en voiture. Dans la commune, il reste une zone d’activité, mais le Bioscope, parc d’attractions sur l’environnement, a fermé le 1er octobre, et Jean-Claude Mensch s’est opposé au projet de village-vacances qui y devait y être adossé. C’est que l’homme croit moins au tourisme qu’à l’économie sociale et solidaire, qui « pour un euro investi, génère 3,75 euros dans l’économie locale ». Son village veut ainsi faire fleurir une filière agricole en circuit court, « de la graine à l’assiette ». La production maraîchère bio du Trèfle rouge va prochainement alimenter une conserverie et une cuisine collective pour la restauration scolaire. De quoi servir 200 repas par jour. Sur le carreau minier va également s’édifier une ferme à l’ancienne, à colombages, dédiée à la formation des personnels en insertion et au maraîchage. Soit en tout 50 emplois à la clé, attribués pour la plupart à des personnes précarisées. Là, des riverains ont tiqué, glisse le maire : « L’opposition s’est demandée si c’était la vocation d’une commune de dépenser autant – 8 millions d’euros – pour l’économie locale. » La mairie ne ménage pourtant pas ses efforts pour faire entrer les citoyens dans la danse : le conseil participatif – qui mène la transition – réunit ainsi élus et représentants des habitants. Ceux-ci peuvent également participer au festival Eco-équitable qui se tient chaque année à l’automne, et les moins avertis se sont rendus en septembre dernier à la Fête de la transition, où les toutes dernières réalisations locales ont été présentées.

« Racines ouvrières et rurales »

Le document présentant le conseil participatif est limpide : « Le développement durable est souvent pensé par des experts, repris par les institutions, et arrive sur le terrain sous forme de commandements. Ce schéma du haut vers le bas n’est pas le nôtre, car nos 21 actions pour le XXIe siècle sont fondées sur l’autonomie intellectuelle et la démocratie participative. » Vaste programme, soupire l’édile écolo : « Nous nous nous sommes rendu compte que la démarche participative du “ plan climat ” dans l’agglomération mulhousienne n’était ni à la bonne échelle, ni proche des préoccupations quotidiennes des habitants. Nous pensions que la ‘‘ transition ’’ leur parlerait davantage, que la raréfaction et la cherté du pétrole permettraient plus facilement d’expliquer combien toute notre économie en est dépendante. Sans pétrole, on n’aurait plus de camion, donc plus de grande distribution, etc. Mais pour notre village, qui a des racines ouvrières et rurales, c’est peut-être trop abstrait. »

Jean-Claude Mensch en veut pour preuve l’enquête menée à Ungersheim par 18 étudiants en économie sociale et solidaire de l’université de Haute-Alsace. Ils ont interviewé 50 habitants sur le thème de la nature. « Cela leur a permis de constater la réticence soulevée par le terme ‘‘ bio ’’, commente Marc Grodwohl, le professeur d’anthropologie qui a dirigé les travaux. Alors que le concept d’agriculture bio paraît évident aux élus et aux techniciens, pour une population ancrée là depuis plusieurs générations, qui pratique le jardinage à l’économie et au naturel, ce discours est perçu comme la dépossession d’un savoir familial. » Conclusion de Marc Grodwohl : « Peu importe que le bio atteigne 20 % des surfaces agricoles, l’enjeu est que le projet soit porté par tous les habitants, sinon il sera jugé ‘‘ bobo ’’ et ne durera que le temps des élus. »

Schmilblick et monnaie locale

Alors, pour faire avancer le schmilblick, Ungersheim a fait appel à Sandrine Debenath, formatrice et militante écolo. « Même les gens qui participent ne sont pas forcément au clair avec ce qu’est la transition ; l’important est qu’ils acquièrent les outils leur permettant de s’autogérer », avance-t-elle. C’est-à-dire ? « Cinq familles sont, par exemple, impliquées dans l’éco-hameau du Champré, qui doit être construit en autogestion. Mais elles ne progressent plus depuis un an, car elles attendent d’être davantage pour démarrer. Elles perdent du temps à expliquer à chaque réunion leur projet aux nouveaux. Je leur ai donc conseillé de rédiger un projet écrit, auquel d’autres pourront plus facilement se rallier. »

La bataille des mentalités est un front essentiel pour Ungersheim, qui va créer un « Institut d’écologie citoyenne, sociale et culturelle ». Pour le reste, Jean-Claude Mensch juge possible que son village atteigne l’autonomie alimentaire, pense qu’une monnaie locale va redynamiser les activités, et se dit persuadé que les prix des carburants finiront par pousser tout le monde, même les travailleurs transfrontaliers, vers le covoiturage et les transports en commun. « Je suis optimiste de nature, reconnaît-il. Ça joue parfois des tours. » —


Une transition d’abord psychologique

Ungersheim est, avec Grande-Synthe (Nord), la seule municipalité française ayant officiellement adhéré au réseau français des « Territoires en transition ». Ailleurs, soit dans plus de 70 villes de France, selon un recensement non exhaustif du site Transitionfrance.fr, ce sont plutôt des associations qui la portent. « Les actions d’Ungersheim sont exemplaires, mais ce sont des choix politiques, donc précaires car dépendants des élus », estime Kitty de Bruin, animatrice du site. « La transition est un mouvement citoyen et apolitique. Si elle imposée, cela peut être contre-productif, même si ce n’est pas le cas à Ungersheim. » Créée en Angleterre par Rob Hopkins, la transition veut « inciter les citoyens d’un territoire (ville, quartier, forêt…) à prendre conscience du pic pétrolier et du changement climatique, et de leurs conséquences profondes ». Ses adeptes ont adapté un concept psychologique, la « résilience », c’est-à-dire la « capacité d’un système à réagir aux crises et à être autonome ». L’accent est donc mis sur l’autonomie alimentaire, avec notamment la défense de l’agriculture paysanne ou des semences libres, et sur l’autonomie énergétique. « Sur ce plan, à cause du quasi-monopole d’EDF, le mouvement français est en retard par rapport aux Pays-Bas et à l’Allemagne, où des groupes ont créé plus de 800 centrales locales d’énergie renouvelable, et s’échangent ensuite l’électricité via des réseaux intelligents », témoigne Kitty de Bruin. —

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