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30-11-2011
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Emploi
France
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Un métier vert fait-il un job durable ?

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Un métier vert fait-il un job durable ?
(Crédit photo : Jiri Rezac - Réa)
 
Donner du sens à son boulot : des milliers d’étudiants en rêvent. Ça tombe bien, l’essor du développement durable apporte son lot d’emplois nouveaux. Voici, issu du guide « 100 métiers d’avenir » publié par « Terra eco », comment éviter les pièges.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N°31 - décembre 2011

Made in France : la solution à la crise ?

Un métier vert ? Qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? Entre les nomenclatures officielles et les flopées de propositions disponibles sur le Web, difficile de s’y retrouver. Encore plus pour un jeune en cours de formation cherchant à résoudre l’équation suivante : donner du sens à son futur métier et se donner une chance de trouver un emploi. Disons-le d’emblée, les statistiques sont rares et contradictoires. Pour le ministère du Développement durable, les emplois de la « croissance verte » sont évalués à près de 950 000 équivalent temps plein en 2008, dont 420 000 dans les écoactivités, celles directement liées à la protection de l’environnement.

Bonne nouvelle : entre 1997 et 2009, les offres d’emploi sur ces métiers ont augmenté de 10,5 % par an, bien plus rapidement que la moyenne (+ 1,1 %). Dans la masse, deux groupes cohabitent : les métiers dits « verts » et les métiers dits « verdissants ». Drôle de mot pour signifier que les différents aspects du développement durable devraient diffuser dans toutes les composantes de la société et donc tous les corps de métiers.

Combien d’emplois ?

Tout cela est bien joli, mais dans quelle proportion ? Certes, l’Etat s’est attelé à la question en formant des groupes de travail par filières professionnelles. Les métiers de l’agriculture et la forêt pourraient créer 90 000 emplois d’ici à 2020. Le bâtiment ? On y annonce le maintien ou la création de plus de 300 000 emplois. Dans l’eau, l’assainissement, les déchets et l’air, 220 000 postes seraient à pourvoir. Les énergies renouvelables tablent sur 200 000 créations. Mais les secteurs des activités liés à la mer, à la chimie verte ou au tourisme refusent de s’aventurer sur un chiffrage. « Il ne faut pas attendre de grands bouleversements des métiers dans la plupart des filières étudiées, ni de révolutions en termes de création de nouveaux métiers », souligne un récent rapport sur les métiers de l’économie verte.

Pour le moment, la prudence des études ne semble pas atteindre l’enthousiasme débordant des étudiants pour le sujet. Une note du commissariat général au développement durable le montre : à la rentrée 2008-2009, 42 000 étudiants étaient inscrits en dernière année de formation dans des enseignements spécifiquement environnementaux, soit 4,4 % de l’ensemble des élèves et étudiants.

La progression des effectifs est spectaculaire : + 2,4 % par an depuis 1997, six fois plus que la moyenne. Mais soyons clairs : question job, le bât blesse encore parfois. Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) évoquait récemment une « bulle » des formations environnementales. En clair : trop de candidats formés pour trop peu d’appelés à l’emploi. D’après l’institut, leur chance d’accéder rapidement à l’emploi serait même inférieure de 35 % à celle des sortants de l’ensemble des formations.

Des métiers méconnus

Aïe. Y aurait-il un malentendu entre les jeunes actifs et les métiers du développement durable ? Elise Thetard-Henry a réalisé, fin 2010, au sein du ministère du Développement durable, sa thèse professionnelle de MBA sur cette difficile adéquation. Son constat : d’une part, des emplois en forte croissance ; de l’autre, des métiers méconnus des jeunes diplômés, qui rencontrent pourtant de réelles difficultés à s’insérer sur le marché du travail. Un exemple ? Les déchets et la récupération. Bon, ça ne sonne pas très glamour. Et pourtant ! « Ils concentrent 33 % de l’emploi vert, mais pas un seul jeune que j’ai interrogé ne les cite comme des métiers verts », note Elise Thetard-Henry, devenue chargée de mission auprès de la direction chez le recycleur Paprec.

Se repérer dans cette jungle verte, c’est l’objectif de Jean-Philippe Teboul, expert du cabinet « Orientation durable ». Cet ancien des Amis de la Terre vient de lancer un baromètre des métiers, pour démêler le vrai du faux en matière d’embauches. « Les choix d’orientation des jeunes diplômés ou des jeunes salariés sont soumis à des effets médiatiques », explique-t-il. Combien de fois a-t-il entendu des jeunes vouloir se lancer dans le tourisme durable « parce que c’est l’avenir », ou dans le commerce équitable « parce que les ventes ont une croissance à deux chiffres depuis dix ans » ? « Ce n’est pas faux en soi, reconnaît-il. Mais les postes correspondants n’existent pas encore ! » En auscultant les offres d’emplois sur douze métiers, il espère pouvoir traiter objectivement la situation. Gare aux chausse-trapes des moteurs de recherche, abondamment abreuvés des initiales « DD ».

Gare au greenwashing

Depuis le début des années 2000 en effet, nombre de grandes entreprises ont inscrit le développement durable dans leur communication institutionnelle. Résultat : un groupe automobile expliquera volontiers dans ses annonces qu’il est le pionnier de la mobilité durable. Pour autant, les offres proposées ne correspondent pas toujours à des postes de pionniers, mais à des métiers classiques du secteur automobile. Pour Jean-Philippe Teboul, les emplois salariés qui auront une réelle influence environnementale ou sociale sont avant tout créés par la naissance d’un marché. « Quand une boîte, une ONG ou une collectivité crée des postes directement liés au développement durable, c’est qu’il y a une carotte ! », lance-t-il. Entrée en vigueur d’une législation, comme REACH en matière chimique, nouvelle réglementation thermique pour les bâtiments, pression des investisseurs sur les entreprises... Les enjeux économiques l’emportent sur les considérations philanthropiques.

Débouchés multiples

Les entreprises cherchent alors avant tout des spécialistes de leur domaine. « Le piège, c’est que le poste de généraliste en développement durable n’existe pas ! », souligne Jean-Philippe Teboul. Ainsi, à l’école d’ingénieurs AgroParisTech, on constate bien, depuis plusieurs années, que les étudiants qui terminent leurs études par une spécialisation en développement durable voient les débouchés se multiplier. « Mais les entreprises reconnaissent d’abord nos compétences techniques en matière de sciences du vivant », insiste Marion Saadé, directrice des études. Les dernières enquêtes à la sortie du diplôme montrent que 10 % des étudiants ont trouvé un emploi de chargé de mission développement durable en entreprise. Une quarantaine seulement sur les 180 (la moitié des effectifs de l’école) a suivi un cursus spécifique. « Il y a quelques années, nos étudiants étaient recrutés par des entreprises dont le cœur de métier était lié au développement durable, comme le traitement de déchets ou les eaux usées, explique la directrice des études. Depuis deux ou trois ans, d’autres types d’entreprises, de services, par exemple, viennent recruter dans notre vivier. » L’école a, en conséquence, transformé cette année son programme d’études. Elle propose dès la seconde année deux filières spécifiquement dédiées au développement durable

Hormis ces niches très recherchées, l’avocate Bettina Laville, en permanence au contact des chefs d’entreprises, met en garde contre les illusions. « Les dirigeants recherchent avant tout de bons techniciens, de bons scientifiques ou de bons administrateurs, souligne-t-elle. Ensuite viennent les compétences en développement durable. »

Infuser du vert

Et pour cause. Infuser du vert et du durable dans une entreprise passe par la révision de l’ensemble du travail. Il s’agit de faire admettre à des centaines, voire à des milliers de personnes des manières différentes de produire, d’économiser les ressources, de rechercher des fournisseurs… Avant de gagner le poste convoité de directeur développement durable, il faut connaître les process industriels ou les enjeux commerciaux sur le bout des doigts. « Le développement durable sera à la source de nouvelles formes d’emploi plutôt que de nouveaux emplois, développe Bettina Laville. Pour autant, cette transition est décisive : si les emplois ne basculent pas dans le développement durable, ils seront à terme délocalisés ou disparaîtront purement et simplement. »

Le meilleur est à inventer

Pour certains, malgré tout, le meilleur est à inventer. C’est l’objectif du Collège des hautes études en développement durable. Cette formation continue, sous pavillon de l’Ecole centrale et d’AgroParisTech, accueille chaque année 25 auditeurs venus des entreprises du CAC 40, des ONG, des collectivités territoriales, pour travailler sur des scénarios prospectifs. L’objectif de Mathieu Baudin, le directeur pédagogique : « inventer le monde d’après, qui remplacera le nôtre, devenu obsolète ». Quels seront les enjeux économiques et écologiques dans vingt ou cinquante ans ? Quels seront les outils disponibles pour les affronter ? Les métiers du futur sont dans ces scénarios. « Aujourd’hui, l’avant-garde a ses limites : où caser pour l’instant le comptable de biens immatériels, l’architecte de réseaux ou le cartographe des terrains de pensée ?, interroge Mathieu Baudin. Mais ils auront tous leur place demain ! »
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