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16-12-2011
Mots clés
Social
Logement
France
Chronique

Rénovation de l’habitat : vers une précarité énergétique durable ?

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Rénovation de l'habitat : vers une précarité énergétique durable ?
(Crédit photo : DR)
 
Mieux vaut privilégier des petites rénovations dans des millions de logements que de concentrer des actions lourdes dans quelques milliers de bâtiments, défend Jean Bergougnoux, président de l'association Equilibre des énergies.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Cette année encore, avec le Projet de loi de finances 2012 et la table ronde sur l’efficacité énergétique initiée par le ministère du Développement durable, les pouvoirs publics tablent sur la rénovation lourde des bâtiments résidentiels et tertiaires pour réduire les consommations d’énergie du secteur. Ces opérations peu nombreuses, coûteuses et peu rentables sont économiquement irréalistes, surtout en période de crise, et socialement inéquitables. Il devient urgent de revenir à des solutions plus pragmatiques et efficientes pour atteindre les objectifs du Grenelle de l’environnement !

Car si le logement neuf répond dès aujourd’hui aux objectifs posés, le bâti existant, lui, présente un véritable défi en matière d’amélioration de la performance énergétique.

Rappelons trois réalités économiques incontournables :

- Les investissements d’économie d’énergie dans un logement présentent des « rendements décroissants » : à montant égal investi, plusieurs opérations légères présenteront une meilleure rentabilité énergétique qu’une rénovation lourde.

- Les particuliers (ou gestionnaires d’immeubles) raisonnent souvent en temps de retour sur investissement, compte tenu des économies de facture énergétique escomptées et bien sûr des aides éventuelles de lactate. Or, la rénovation « lourde » d’un bâtiment existant, presque aussi chère que la construction d’un logement neuf, n’est souvent rentable qu’au bout de trente ans : elle demande donc des aides de l’Etat plus importantes par kWh économisé pour déclencher l’investissement. De plus, la réussite de l’opération est souvent aléatoire, car la logistique est considérable et la coordination d’une multitude d’intervenants et de parties prenantes incertaine (propriétaires, bailleurs, locataires, autorités administratives…).

- Enfin, 3,8 millions de ménages sont aujourd’hui en situation de précarité énergétique, dans des logements mal isolés et mal équipés. Alors qu’ils devraient être les premiers bénéficiaires des aides permettant la réalisation d’améliorations à fort impact sur leur facture énergétique, ils n’ont pas la capacité d’investissement nécessaire à une rénovation lourde.

Ce constat pose ainsi la question de la bonne allocation des fonds publics. L’efficacité et l’équité incitent à privilégier des opérations de rénovation légères, valorisant au maximum l’euro investi et l’utilisation des fonds publics, à l’inverse donc des tendances actuelles ! Il s’agit là de bon sens et de solidarité sociale.

Revoir la philosophie des politiques publiques

Cibler la rénovation légère d’un nombre important de logements présente en effet un double avantage. D’une part, induire des investissements à temps de retour attractif pour les particuliers tout en optimisant l’utilisation des fonds publics. D’autre part, engendrer l’adhésion d’un plus grand nombre d’acteurs - particuliers ou professionnels - à sa mise en œuvre. Cela favorise ainsi une large prise de conscience des responsabilités de chacun en matière de maîtrise des consommations d’énergie, et donc de rénovations, nécessaires aux objectifs visés par le Grenelle de l’environnement. La différence de recours entre le Crédit d’impôt développement durable (CIDD) et l’éco-prêt à taux zéro confirme cette analyse : tandis que le CIDD a permis les rénovations intermédiaires de plus de 6 millions de logements sur six ans, l’éco-prêt à taux zéro n’a financé la rénovation lourde que de 150 000 logements en deux ans.

Certes, le groupe de travail « ménages » de la table ronde sur l’efficacité énergétique, qui poursuit ses travaux sous l’égide de Nathalie Kosciusko-Morizet, a pris conscience de ce dilemme. Il propose ainsi de « trouver un équilibre entre une aide massive à un petit nombre de logements pour réaliser des rénovations thermiques très ambitieuses, et des aides concernant un plus grand nombre de logements, mais ne permettant de réaliser que des rénovations thermiques d’ampleur et d’efficacité limitées. »

Force est cependant de constater que les mesures préconisées jusqu’à présent privilégient essentiellement la rénovation lourde du bâti, alors que les logiques économique et sociale - surtout en période de forte contrainte budgétaire - militent fortement pour la seconde alternative !

Il devient donc urgent de revoir totalement la philosophie des politiques publiques en matière d’économies d’énergie, faute de quoi nous n’atteindrons pas les objectifs ambitieux du Grenelle de l’environnement.

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Président de l’association Équilibre des énergies, qui s’occupe de performance énergétique et de rénovation de l’habitat.

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  • Le vrai problême est que les aides actuelles ne profitent qu’aux classes moyennes supérieures !La rénovation thermique d’une maison des années 60-70 coûte environ 40000€ !
    Pour bénéficier d’un PTZ,encore faut-il que la banque vous l’accorde et que vous puissiez le rembourser !Et le PTZ nécessite un bouquet de travaux.Il y aurait été plus judicieux de l’accorder pour un seul poste.
    Quant au crédit d’impôt,il faut passer par une entreprise pour en bénéficier.Le smicard bricoleur n’a droit à rien !
    Personnellement,avec 3000€/mois et une maison payée,j’ai pu bénéficier d’un PTZ,mais sinon j’aurais changé mes fenêtres une par une et l’insert de plus de 20 ans aurait attendu !Pourtant j’habite une maison du XVIIIème siècle avec des murs de 1,20m d’épaisseur à la toiture parfaitement isolée,les travaux effectués relèvent plus de mes convictions écolo.
    Il faudrait quand même penser à tous les petits retraités et les travailleurs pauvres qui ne pourront jamais améliorer l’efficacité énergétique de leur logement !C’est eux qui subiront le plus l’augmentation du coût de l’énergie.Alors un peu de décence dans vos commentaires !

    12.01 à 22h08 - Répondre - Alerter
  • Je conteste aussi,l’application de la loi de l’efficacité des investissements décroissante sur le cas précis de l’efficacité énergétique. Tout ce que j’ai pu lire sur le sujet va en sens contraire. On ne fera rien de bon en changeant une fenêtre par ci ou en posant un bout d’isolant par là, tout en laissant des ponts thermiques énormes ou un système de chauffage électrique à "grille-pain".

    De plus récemment un proposition sénatoriale supprime le bénéfice du PTZ aux rénovations, le réservant au neuf. Bien sur il est stupide de nos jours de construire mal car on le fait pour au moins 50 ans. Mais le gisement de Negawatt est bien plus dans l’ancien avec les bâtiments des dernières décénnies du XX° qui sont des passoires à calories.

    20.12 à 08h56 - Répondre - Alerter
  • Comment pouvez-vous publier des choses pareilles ?!
    Une "petite" rénovation c’est une "petite" ambition en terme d’économie d’énergie et au final un coût prohibitif si on veut aboutir à des batiments "passifs". Combien de "petites" rénovations successives seraient nécessaires et quel serait le coût final ?

    19.12 à 21h38 - Répondre - Alerter
  • Peut être parce que l’association n’a pas été créée par EDF.....

    et quant aux performances et aux coûts, il serait judicieux de mieux vous documenter dans les deux cas....il faut croire que l’effet de serre vs. l’effet joule ne soit pas de mise...

    16.12 à 22h46 - Répondre - Alerter
  • pourquoi laisser une tribune à une association créée par EDF pour empêcher les rénovations performantes afin de laisser tranquille le chauffage électrique, très couteux et cause principale de la précarité énergétique !

    16.12 à 14h32 - Répondre - Alerter
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