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Quinoa : la graine du chaos

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Le produit fait fureur dans les rayons bio européens. Mais la Bolivie cultive si intensivement cet « or blanc » qu’elle y sacrifie ses terres et ses traditions ancestrales.
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Il est riche en protéines, bourré de minéraux et sans gluten. Il est bio et équitable. On adore sa légèreté, son croquant et son petit goût de noisette. Le quinoa fait un tabac en Europe et surtout en France, premier importateur mondial. La précieuse graine de la plante herbacée originaire de l’Altiplano est devenue un must dans la panoplie du consommateur écoresponsable. Mais pour combien de temps ?

L’engouement pour le quinoa représente bien sûr une aubaine pour les paysans des plateaux de l’Intersalar, dans le sud de la Bolivie, premier producteur mondial. Sur ces terres arides, son succès a permis de limiter l’exode rural. Aujourd’hui, 40 000 familles vivent de sa culture ou de sa transformation. Et le cours de ce nouvel « or blanc » n’en finit plus de grimper sur les marchés mondiaux. Pourtant, la nouvelle star des rayons bio chagrine bien des experts. Car en misant sur l’exportation, sa culture ancestrale s’est intensifiée au point de bouleverser les structures sociale et environnementale de la région. Elle menace même la fertilité des sols.

A la conquête des plaines

Le premier virage s’opère dans les années 1960 avec l’arrivée des tracteurs, en réponse à la demande du très gourmand Pérou. Mais c’est l’appétit des Européens pour le bio dans les années 1980, puis plus récemment pour le commerce équitable, qui est à l’origine du boom. Autrefois cultivé à flancs de collines, sur un mode alterné et en petites parcelles, le quinoa glisse alors vers les plaines, plus propices à la culture intensive. C’est le début des problèmes. « Ces terres sont fragiles car plus exposées au vent et au gel. Surtout, c’est là que depuis des millénaires, on élevait les lamas, dont le fumier fertilisait naturellement les sols », explique Thierry Winkel, coordinateur du programme Emergence du quinoa sur le marché mondial (Equeco).

Sur le plan commercial, la mutation constitue un succès. Les exportations représentent aujourd’hui 60 % de la production de quinoa. Et leur volume a quintuplé entre 2003 et 2008. Mais la contrepartie est sévère : abandon de l’élevage de lamas, appauvrissement des sols, érosion des terres et apparition de nouveaux ravageurs… D’année en année, la productivité baisse et la désertification est en marche. L’idée d’une juste rétribution des producteurs et la garantie « bio » constituent les clés du succès, mais elles ne suffisent pas à assurer la durabilité des cultures. « Les labels réfléchissent à étoffer leur cahier des charges mais, à l’heure actuelle, ils certifient parcelle par parcelle, sans toujours tenir compte des critères collectifs de gestion globale du territoire, comme la rotation des sols, par exemple », remarque Sarah Métais, coordinatrice nationale d’Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF) en Bolivie.

Traditionnellement, ce rôle de gestionnaire revenait aux chefs des communautés indigènes, très puissants dans la culture des Indiens Aymaras. Mais la manne économique du quinoa a suscité de nombreuses vocations, y compris chez ceux qui avaient déserté depuis longtemps les hauteurs de l’Altiplano pour la ville. En vertu d’accords ancestraux, le droit d’accès de ces migrants aux terres de leurs ancêtres est maintenu. Les conflits sur l’attribution des parcelles se multiplient, et le pouvoir des autorités en ressort affaibli.

Un refuge au Pérou ?

Conscients du danger qui les guette, les producteurs s’organisent pour sauver leur poule aux œufs d’or. « La crainte d’une désaffection des consommateurs européens, dont les exigences ne cessent d’augmenter, est devenue très présente dans les conversations », assure Manuela Viera Pak, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Si nous venions à bouder la graine sacrée des Incas, les conséquences s’avéreraient désastreuses. Notamment sur le plan environnemental. Car les producteurs devraient alors se diriger vers les marchés péruvien et local, qui n’exigent, eux, aucune norme en terme de production. Ni bio. Ni équitable. Et encore moins durable. —

La riposte s’organise

Les producteurs travaillent, depuis 2001, à la mise en place de nouvelles normes plus durables, avec le soutien d’ONG, de chercheurs et des autorités locales. Au programme : le rachat de lamas, la clôture des zones de pâture, le retour de la jachère, des cueillettes plus délicates, etc. La prochaine étape consiste à faire reconnaître ces initiatives par les certificateurs de commerce équitable. Un grand rassemblement des acteurs de la filière est prévu à l’automne.

Photo : Philippe Rocher

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