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24-04-2014
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Biodiversité
Monde

Quand les drones se font montreurs de singes

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Quand les drones se font montreurs de singes
(Crédit photo : conservationdrones.org)
 
Menacés par les braconniers et la disparition de leur habitat naturel, les orangs-outans de Sumatra se sont trouvé des alliés high-tech. Des bestioles bourrées d’électronique qui repèrent leurs nids avec leurs yeux bioniques.
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N° 57 - mai 2014

Tous au jardin !

A Sumatra, de drôles d’oiseaux survolent la canopée. Ils mesurent quelques dizaines de centimètres de long et autant d’envergure, ronronnent comme des coléoptères et prennent des photos avec leurs yeux bioniques. Leur nom scientifique est UAV, pour « Unmanned Aerial Vehicle » (Véhicule aérien sans pilote). On les appelle communément des « drones ». Depuis deux ans, les engins télécommandés de l’ONG Conservation Drones s’ébattent gaiement au-dessus du Parc national de Gunung Leuser, dans le nord de la plus grosse île indonésienne, l’un des derniers refuges mondiaux des orangs-outans. Au sol, les deux hommes qui attendent le retour de leurs mini-avions de haute technologie ne sont pas des millionnaires amateurs de modélisme se payant une petite fantaisie tropicale, mais des scientifiques. Ils ont trouvé un moyen génial de booster l’étude et la défense des derniers grands primates.

Lian Pin Koh, biologiste de l’université d’Adélaïde, en Australie, et Serge Wich, primatologue à l’université John-Moores de Liverpool, en Angleterre, se cassaient la tête sur une équation impossible. Comment assurer la surveillance de plusieurs dizaines de milliers de singes avec de simples, laborieuses et coûteuses patrouilles dans cette jungle indonésienne de près de 10 000 kilomètres carrés, extrêmement dense ? « Nos moyens traditionnels d’études coûtent cher et prennent du temps : c’est un obstacle majeur car la forêt qui abrite ces animaux, elle, est détruite à vive allure », explique le professeur Lian Pin Koh. A Sumatra en effet, les orangs-outans ont du mouron à se faire. De 60 000 grands singes estimés il y a dix ans, il n’en resterait que 40 000. A ce rythme, les scientifiques prévoient leur extinction dans un petit quart de siècle. En cause, au premier chef, la déforestation illégale, généralement suivie de la plantation de palmiers à huile. En vingt ans, les primates ont ainsi perdu 80 % de leur habitat forestier.

Cartographie unique de la zone

Par chance pour les biologistes, l’orang-outan habite au sommet des arbres. Certes, rien n’empêche les bûcherons de vouloir scier leurs troncs. Mais cette position haut perchée permet de repérer les nids depuis le ciel, de compter les animaux et d’établir un plan de bataille précis pour les protéger. Dotés d’une autonomie permettant de parcourir entre 10 et 40 kilomètres et équipés d’un GPS, d’un altimètre, d’un pilote automatique et d’un appareil photo, les drones font des merveilles. A Sumatra, en deux ans, des centaines de passages au-dessus de la forêt ont rapporté des milliers de clichés. Grâce à eux, les scientifiques sont en train de dresser une cartographie unique de la zone. « Les drones apportent des informations inédites par rapport aux satellites, explique Lian Pin Koh. Dans ces régions humides, ils passent sous la couverture nuageuse et photographient les détails, pour un coût bien moins important que l’achat d’images aux agences spatiales. »

A écouter les Géo Trouvetou de la télécommande – qui mettent d’ailleurs à disposition, en ligne, leurs manuels de fabrication maison –, il faut quatre semaines et à peine 1 500 dollars (environ 1 100 euros) pour construire un drone-patrouilleur. Leur recette : des éléments de modèles réduits disponibles dans le commerce, des systèmes de pilotage bon marché issus de start-up américaines et des logiciels open source pour programmer le bazar.

Intérêt des gouvernements

A ce tarif-là, les ONG de protection de l’environnement se bousculent au portillon. Lian Pin Koh et Serge Wich ont d’ailleurs passé une partie de leurs vacances de Noël à construire des engins pour le WWF dans une petite maison de Princeton, aux Etats-Unis, où ils les testaient au-dessus la campagne enneigée. Les gouvernements aussi se montrent intéressés par ces technologies abordables. En moins d’un an à peine, les deux scientifiques viennent de faire le tour du globe – Gabon, Tanzanie, Kenya, Malaisie, Cambodge, Inde, Népal, Etats-Unis et Chili – pour former des gardes-chasses, des gardes forestiers et des rangers à la manipulation des drones. « Avec un entraînement intensif au départ et un peu de pratique, tous les agents de terrain peuvent y arriver », lance Lian Pin Koh.

Quand les ados rêvent du prochain modèle réduit qui agrandira leur collection, lui se plaît à imaginer les améliorations à apporter à ses engins. Elles sont légion : récupération de clichés d’appareils photos disposés dans la jungle par wifi ou de données des colliers émetteurs pour pister les animaux, largage de microphones dans les zones les plus reculées de la planète… Et, surtout, détection des tueurs d’espèces protégées à l’aide de caméras thermiques embarquées. « On pourrait enfin localiser les braconniers la nuit ou repérer leurs feux de camp, ce qui permettrait aux rangers de viser juste quand ils partent à leur poursuite », s’enthousiasme Lian Pin Koh. Au-dessus de la jungle, la guerre est déclarée. —

Impact du projet

Environ 1 100 euros pour un drone

20 000 orangs-outans ont disparu en dix ans à Sumatra

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