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Pourquoi le bio met le paquet sur l’emballage

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Les fruits et légumes bio vendus en grandes surfaces sont systématiquement mis sous plastique. Enquête sur un paradoxe écologique.
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n°8 - novembre 2009

Maison toxique : comment s’en sortir

C’est un crève-cœur pour les tenants du bio : au rayon fruits et légumes frais du supermarché, les produits estampillés AB sont mis au supplice dans une barquette généreusement bardée de film plastique. Pour le consommateur qui espérait réduire son empreinte écologique, c’est râpé. Prêt à payer plus cher pour un produit respectueux de l’environnement, celui-ci se voit contraint de faire gonfler son volume de déchets ménagers en se débarrassant de l’emballage. Pas sûr qu’il soit… emballé par cette perspective.

Mais les supermarchés n’ont pas vraiment le choix : ils obéissent à une contrainte réglementaire basée sur le principe de différenciation. « Il s’agit d’assurer la traçabilité jusqu’au consommateur : une prune bio ressemble à une prune conventionnelle. Sans emballage, le risque de confusion existe lors de la mise en rayon par exemple », résume Nathalie Rison, de l’Agence bio. Seule autre possibilité : consacrer un stand spécialement au bio et dédier un vendeur au travail de pesée. Chez Auchan, on avoue avoir testé cette solution dans l’hypermarché de Vélizy (Yvelines).

« Mais le bilan économique de l’opération penche en faveur du pré-emballé », explique Marc-Henri Blarel, responsable fruits et légumes dans le groupe. Le surcoût de l’emballage est estimé entre 15 et 30 centimes d’euro selon les produits. Et comme le bio ne représente que 3 % des ventes de fruits et légumes chez Auchan, ce surcoût restera de toute façon moindre que le salaire du vendeur dédié. Reste une piste, qui relève du fantasme écolo : ne vendre un fruit ou un légume que dans sa version bio, pour éviter tout risque de confusion. Auchan dit y réfléchir sur « la courge et les herbes aromatiques », qui seraient ainsi les premières à essuyer les plâtres du vrac en supermarché.

Sus au tripotage !

En attendant, le plastique reste de mise. Pour Jean-Michel Pointet, responsable de l’emballage chez Système U, c’est un moindre mal. « Ces fruits et légumes ne sont pas traités : si tout le monde les tripote, ça pourrit. Or, la vraie pollution, ce sont les invendus jetés », fait-il remarquer. Le groupe a lancé en octobre une quinzaine de références sous le nom U Bio, dans une barquette en carton 100 % biodégradable, entourée d’un film en PLA, un polymère à base d’amidon de maïs.

Pro Natura, leader de la commercialisation de fruits et légumes bio en Europe – 50 000 tonnes de produits vendus annuellement dont 25 % en grandes surfaces –, est allé plus loin dans son analyse. « Nous faisons du bio depuis vingt-neuf ans, et cette obligation d’emballer nous gêne beaucoup », confie le président Henri de Pazzis. L’entreprise a en effet commandé un audit sur l’impact de l’emballage au cabinet Bio Intelligence Service. L’objet ausculté : une barquette contenant quatre fruits, entourée d’un film en polypropylène. « Nous avons découvert que 80 % de l’impact environnemental était dû au carton de transport, ce dernier servant à livrer les barquettes aux grandes surfaces ou le vrac aux magasins spécialisés », relève Henri de Pazzis.

Caisses réutilisables

L’analyse a ensuite démontré qu’en remplaçant ces cartons de transport à usage unique par des caisses en plastique réutilisables 100 fois sur une distance de 500 km, l’impact diminuait. A hauteur de 2 % pour la consommation d’eau, de 70 % pour la production de déchets et de 45 % pour les émissions de gaz à effet de serre. Pro Natura s’apprête donc à mettre en place ce système logistique en France avec certains clients de la grande distribution. « On peut le tenter car les rotations et les quantités livrées sont importantes. C’est là que la grande distribution a un rôle à jouer », analyse Henri de Pazzis. Dans son rayon, en revanche, pas certain que le quidam s’en aperçoive. 

Photo : Pascal Sittler / Rea


PLASTIQUE AU MAÏS OU CARTON RECYCLÉ ?

Bien obligées d’emballer, les grandes surfaces cogitent pour trouver des matériaux alternatifs. Pour envelopper les barquettes, un polymère à base d’amidon de maïs (le PLA) a la cote, même s’il reste insatisfaisant. « Les gros fournisseurs ne garantissent pas que ce maïs soit sans OGM, et c’est une culture en concurrence avec les cultures vivrières. Mais pour l’instant, on doit s’en contenter », explique Jean-Michel Pointet, de Système U. Du côté de chez Auchan, on a préféré y renoncer. « Produire ce maïs en bio fait bondir son coût, ce qui rendrait le PLA inaccessible et, par conséquent, le légume emballé inabordable », justifie Marc-Henri Blarel. Pour sa marque Mieux vivre bio, le groupe se concentre donc sur une barquette en carton issue de matières recyclées entourée d’un film en polypropylène le plus léger possible, entre un et trois grammes.
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1 commentaire
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  • Anonyme : CQFD

    D’où l’importance de privilégier les circuits courts "dans la mesure du possible" ( je dis ça pour anticiper les "oui mais alors comment on fait quand... ?") comme les marchés de producteurs, les AMAP etc... Qui demandent bien sur de l’organisation mais c’est le minimum quand on veut limiter son impact écologique. En plus ça limite le gaspillage. Elle est pas belle la vie ?

    31.08 à 00h00 - Répondre - Alerter
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