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24-02-2014
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Pourquoi la France ne recycle-t-elle pas plus ?

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Pourquoi la France ne recycle-t-elle pas plus ?
(Crédit photo : YannGarPhoto - flickr)
 
La France se classe au 10e rang européen en termes de recyclage de ses déchets. Un score moyen qui reflète mal la diversité des filières de recyclage. Focus sur les ordures ménagères, le papier et les déchets électroniques.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Ouvrir un sac poubelle et le décortiquer, sans mettre de gants : déchets organiques, papier graisseux, emballage plastique, petit électroménager forment un mélange peu ragoûtant. Pourtant, en faisant un effort de tri, de réemploi et de recyclage, 91% de ces déchets pourraient être soit évités, soit recyclés, soit réemployés, selon une estimation de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid) relève qu’en 2010, le taux de recyclage – tous déchets confondus – a atteint 44%. Pourquoi si peu ? Tentatives de réponse avec un passage en revue de trois filières, sur lesquelles les citoyens ont quelques moyens d’agir.

- Ordures ménagères : peut mieux faire

Les ménages ont produit pas loin de 32 millions de tonnes de déchets domestiques en 2009, soit 373 kilos par habitant. La même année, tous secteurs confondus, 770 millions de tonnes de déchets ont été produits. Dans nos poubelles domestiques, on trouve un tiers de déchets putrescibles, un quart d’emballages ménagers (métaux, verre et plastique), 20% de papiers et cartons et environ 10% de déchets textiles sanitaires (couches, serviettes hygiéniques, etc.). 37% de l’ensemble de ces déchets collectés sont orientés vers le recyclage.

Si on s’intéresse uniquement aux emballages ménagers, on a atteint en 2012 un taux de collecte de 50 kg de ces rebuts par an et par habitant (dont 30 kg de verre) et un taux de recyclage de 67%, selon les relevés de l’Ademe. Un pourcentage en-deçà de l’objectif fixé à trois quarts d’emballages ménagers recyclés à l’horizon 2012, fixé par la loi Grenelle I.

Delphine Lévi Alvarès, chargée de mission au Cniid, avance plusieurs explications : « Aujourd’hui, tout ce qui n’est pas trié par les ménages et placé dans les poubelles classiques part directement à l’incinération ou à l’enfouissement. Les derniers points à gagner pour atteindre l’objectif de 75% peuvent l’être sur les pots de yaourt, les barquettes et les sachets en plastique que l’on met avec les autres détritus alors qu’on devrait les glisser dans les poubelles de tri, car ils sont recyclables. » Mais il faudrait aussi que les centres de tri s’équipent pour recycler ces petits déchets, dont le coût de recyclage est, par ailleurs, plombé par leur légèreté : « Il est plus rentable de remplir un camion de verre ou de papier plutôt que de pots de yaourts, car vous transportez au final de l’air », précise la spécialiste du Cniid. Au final, seuls 45% des emballages en plastique des ménages sont recyclés. Dans les entreprises, c’est même pire, puisque ce taux chute à 25%...

- L’épineuse question du papier

Les chiffres liés au recyclage du papier-carton peuvent vite induire en erreur. En 2010, le taux de recyclage pour ce secteur a atteint 92%. Mais si l’on se concentre sur le seul papier, ce taux chute à 49% en 2013 (soit 2 points de plus qu’en 2012), pour un poids total de papier recyclé de 1,4 million de tonnes, sur les 2,8 millions utilisés par les ménages et les PME (chiffres de l’éco-organisme Ecofolio, chargé de la collecte). Un pourcentage bien maigre quand on sait que tous les papiers se recyclent et que l’on est censé atteindre 55% de papiers recyclés à l’horizon 2016.

Dans ce secteur, la France est clairement à la traîne des pays européens, notamment par rapport à l’Allemagne (75%), au Royaume-Uni (69%) et à l’Espagne (64%).

La raison ? Allez savoir pourquoi, la France a fait le choix d’une collecte où les papiers et les emballages plastique sont mélangés. Il faut donc ensuite séparer ces éléments, ce qui est coûteux, et il n’est pas rare que du papier imbibé de gras ou de jus de viande finisse en bout de course à l’incinérateur... Résultat, le coût de gestion du papier supporté par les collectivités est beaucoup plus élevé en France qu’ailleurs : ils atteignent 3,45 euros par an et par habitant, contre de 0,35 euro à 1,84 euro ailleurs en Europe.

Une partie du papier à recycler est exportée en Allemagne. « Il est difficile de connaître la vraie raison à cela : certains disent que c’est parce que la France n’a pas assez de papeteries pour ce faire. D’autres, à l’inverse, mettent en avant le fait que le déchet collecté est simplement une marchandise qu’on file au plus offrant... », explique Delphine Lévi Alvarès. Quant au carton, il est pour l’essentiel envoyé en Chine. « Il est logique de recycler la matière là où elle est utilisée, même si ça alourdit le bilan environnemental de l’opération. »

Des déchets électroniques mal captés

Consoles, tablettes, portables, écrans plats, etc. Les achats d’équipements électriques et électroniques (3E) ont été multipliés par plus de six en vingt ans. Obsolescence programmée ou pas, ils deviennent fatalement, un jour, des déchets. Une fois ce statut acquis, on les appelle les D3E (déchets d’équipements électriques et électroniques). Et même pas un quart d’entre eux (23%) sont recyclés.

Un mauvais score qu’on avait presque failli louper. En effet, la filière avance de préférence un autre chiffre, bien plus satisfaisant, de 77%. Il s’agit en réalité du taux de recyclage des D3E par rapport au tonnage collecté par les éco-organismes dédiés (Ecosystèmes, Ecologic et Recyclum, etc.) soit dans des points de collecte spécifiques, soit par les encombrants.

Autrement dit : quand on trie ces D3E, qu’on les amène dans les points de collecte dédiés (comme c’est le cas d’un gros appareil électroménager par exemple), ils sont effectivement largement recyclés. Mais si l’on prend l’ensemble des D3E jetés, on s’aperçoit que la plupart des ménages et entreprises jettent leurs déchets de petite taille (téléphone, sèche-cheveux, cafetière, etc.) en vrac dans les poubelles... Déchets qui filent tout droit à l’incinération ou à l’enfouissement. Ce qui fait chuter le taux de recyclage global, alors que l’on est censé atteindre les 50% à 80% de recyclage, selon les catégories d’équipement.

Et pourtant, la France remplit les objectifs de collecte de 6kg de D3E par habitant et par an fixés dans le cadre de la directive européenne déchets DEEE 2012/19/UE . En 2011, ce sont 6,9kg/hab qui ont été gérés par la filière dédiée. Cela dit, la partie n’est pas encore gagnée : la directive stipule qu’à partir de 2016, les États Membres devront atteindre un objectif de collecte de 45 % des équipements électriques et électroniques. En 2012, on a atteint les 36%.

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  • Une chose simple a faire. Les allemands eux sont payés pour recycler (ex : les bouteilles en plastiques). Ça inciterait les français à recyler.

    5.02 à 20h24 - Répondre - Alerter
  • AU BUREAU AUSSI, RECYCLONS TOUS NOS DECHETS !

    Depuis 1997, ELISE crée des emplois durables pour des personnes en difficulté ou handicapées dans la collecte et le recyclage des papiers et déchets de bureau.
    Numéro 1 en France de la valorisation des papiers des corbeilles de bureau, ELISE (Entreprise Locale d’Initiatives au Service de l’Environnement) met en place dans les bureaux le tri, collecte, pèse et sur trie les papiers pour optimiser les bénéfices du recyclage.
    A l’occasion des collectes de papier, ELISE peut aussi enlever, pour les recycler, d’autres déchets de bureau : cartouches d’encre, piles, bouteilles et gobelets plastiques, canettes de boisson, lampes, tubes néon, déchets d’équipement électrique et électronique (DEEE).
    ELISE assure la sensibilisation en interne et rend compte des poids collectés et des bénéfices engendrés.
    ELISE peut aussi effectuer les désarchivages et la destruction confidentielle.

    Des Economies pour les Entreprises
    La réduction des déchets est une source d’économie qui assure le financement de la collecte effectuée par ELISE. De plus les Entreprises Adaptées du réseau ELISE permettent à leurs clients de réduire leur Taxe AGEFIPH.

    Un environnement préservé.
    En 2013, ELISE collectera dans plus de 5.000 entreprises ou établissements publics, de Région Parisienne, du Nord-Pas de Calais, Saint Etienne, Lyon, Marseille, Bordeaux, Savoie, Tours, Châteauroux… 14.000 tonnes de papier, permettant d’économiser :
    - 60 millions de KWH d’énergie,
    - 420.000 m3 d’eau,
    et d’éviter le rejet de près de
    - 7.500 tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

    Des emplois solidaires.
    150 personnes travaillent chez ELISE, parmi lesquelles 10% de personnes issues de l’insertion et 60% de personnes handicapées.

    Plus d’informations sur www.elise.com.fr

    3.03 à 10h49 - Répondre - Alerter
  • Le procédé qui permet de re-trier les molécules des divers plastiques (des petits emballages au mobilier) existe et n’est pourtant pas exploité. La volonté politique et économique pour diminuer efficacement les déchets, manque cruellement. Comment expliquez vous que le prix des denrées (fraîches, comestibles ou pas) vendues en vrac soit plus cher au kg que ceux qui sont sur-emballés ? Faisant partie des bas revenus, je suis obligée de racheter des bidons de lessive, plutôt que de les remplir à la Biocoop.

    Les difficultés du tri viennent essentiellement des adeptes du tout jetable et de la bénédiction gouvernementale pour le redressement productif et industriel. Il n’y a jamais été évoqué le redressement du niveau intellectuel des consommateurs.

    Vive la France en copié/collé des USA !

    25.02 à 09h56 - Répondre - Alerter
  • Je m’étonne que vous n’abordiez pas, au moins brièvement, le réemploi, notamment dans le cas des DEEE. Au moins 1/3 des déchets électroniques fonctionnement parfaitement et un autre tiers peut être réparé. Par exemple, 85 % des ordinateurs mis au rebut fonctionnement parfaitement ou peuvent facilement être réparés ! Dans ces conditions, le recyclage n’est pas une bonne solution. On devrait d’abord privilégier le reconditionnement pour réemploi. C’est d’ailleurs l’un des points clés de la mise à jour de la directive européenne WEEE/DEEE. C’est navrant de constater que même "le magazine qui change le monde" ne change rien au discours dominant des lobbies...

    Pour en savoir plus sur les DEEE : http://www.greenit.fr/tag/deee

    24.02 à 15h24 - Répondre - Alerter
  • Wahou on est à la limite de la désinformation avec la citation de la chargée de mission : "les barquettes et les sachets en plastique que l’on met avec les autres détritus alors qu’on devrait les glisser dans les poubelles de tri, car ils sont recyclables »
    => C’est complétement faux dans la plupart des villes !
    Ils sont en théorie recyclables mais il ne faut pas les jeter avec les autres détritus car pas encore de technologies pour les traiter.
    Même si la phrase de l’auteur juste après la citation exprime à peu près la même idée que moi ce n’est pas forcément très clair et peut être sujet à confusion...
    Dommage pour un article évoquant à juste titre les difficultés du tri en France... :(

    24.02 à 13h52 - Répondre - Alerter
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